Le Vendredi 10 Novembre 2006
Jonathan Littell obtient le prix Goncourt 2006. Le prix Renaudot va au surprenant Alain Mabanckou.
Goncourt
On le lui promettait tant que même les plus pessimistes y croyaient. C’est chose faite, le jury du Goncourt, faisant mentir les cassandre de la statistique littéraire, a décerné son prix 2006 à Jonathan Littell pour Les Bienveillantes, au premier tour, par 7 voix contre 3. Pourtant, le Grand Prix du roman de l'Académie française qui lui avait été décerné il y a peu, apparaissait aux yeux de certains comme un "solde de tout compte".
Fils de Robert Littell, excellent auteur de romans d’espionnage, le jeune écrivain, né en 1967, a publié en cette rentrée un livre événement. Les Bienveillantes fut d’emblée salué par la critique comme une réussite. Le public n’a pas tardé à suivre, s’emparant avec frénésie des quelques neuf cents pages du roman, on parle à ce jour de près de 280 000 exemplaires vendus ! Quelques voix se sont certes élevées ici ou là pour critiquer le traitement de l’histoire, un style froid et parfois maladroit ou une certaine surcharge romanesque du personnage principal et narrateur de l’histoire, mais elles ont connu peu d’écho auprès des lecteurs.
Récit à la première personne, Les Bienveillantes conte le parcours exemplaire d’un jeune officier de la SS, cultivé et érudit, juriste émérite qui, d’affectation en affectation, s’emploie en exécutant consciencieux et sans états d’âme à rationnaliser la destruction des juifs d’Europe. Des exécutions collectives aux camps de la mort, des tourments intimes du narrateur aux justifications philosophico-morales c’est toute l’histoire de la Shoah et de ses rouages qui est ici restitué avec un rare talent romanesque.
Prix Renaudot
Alain Mabanckou qui avait rencontré un vrai succès critique et public avec son Verre cassé connaît désormais la reconnaissance des jurys littéraires. C’est son dernier roman, Mémoires de porc-épic qui s’est vu décerner le Prix Renaudot 2006. Récit drolatique et noir inspiré d’une légende africaine qui attribue à chaque homme un double animal, le livre raconte les aventures d’un porc-épic chargé par son maître d’une série de meurtres vengeurs. Il ne fait pas bon se trouver sur le chemin de l’animal si l’on a, un jour, contrarié son maître…
Dernières nouvelles :
Le Flore va a Angot
Christine Angot s’est vue décerner le prix de Flore pour son dernier « roman », Rendez-vous. Ce prix, créé en 1994 et parrainé par un célèbre café pour intellectuels parisiens et touristes japonais, est doté de 6000 euros. Spécialiste incontestée de la littérature autofictionnelle à la française, Christine Angot incarne à ce point ses livres que l’on ne sait plus qui du livre ou de son auteur le jury a voulu couronner.
Décembre à Guyotat
C’est à Pierre Guyotat que va le prix Décembre, ex-Novembre, pour Coma. Le sulfureux auteur de Tombeaux pour cinq cent mille soldats y conte sa propre dépression. Auteur paradoxal d’une œuvre inclassable, Pierre Guyotat a peu écrit - une dizaine de livres – mais compte aussi bien des adorateurs fanatiques que des contempteurs tout aussi zélés. Intéressant, donc.