Le Lundi 5 Novembre 2007
Gilles Leroy est le lauréat du prix Goncourt 2007 avec Alabama Song, qui retrace la vie de Zelda Fitzgerald. Le prix Renaudot va à l’infatigable Daniel Pennac pour Chagrin d’école.
Alabama Song se voit donc inscrit au tableau d’honneur des lettres françaises. C’est ce beau roman de Gilles Leroy qui, entre toutes les parutions – près de 700, rappelons-le, est distingué cet automne.
Le jury du plus prestigieux des prix littéraires français voulait rénover le Goncourt, faire du neuf avec de jeunes auteurs et des éditeurs peu habitués au devant de la scène. C’est chose faite. La dernière sélection de cinq romans au lieu des quatre habituels – une révolution ! - pointait déjà un renouveau : on y trouvait un petit éditeur, la talentueuse Sabine Wespieser et quelques auteurs moins « installés » qu’à l’accoutumée mais d’un talent considérable, au rang desquels figuraient Olivier Adam avec A l'abri de rien (L'Olivier), Philippe Claudel pour Le rapport de Brodeck (Stock), Clara Dupont-Monod avec La passion selon Juette (Grasset), Michèle Lesbre avec Le canapé rouge (Sabine Wespieser) et Gilles Leroy pour Alabama song (Mercure de France). C’est ce dernier qui l’a emporté, ayant séduit le jury de chez Drouant avec cette « autobiographie » de Zelda Sayre, devenue Zelda Fitzgerald par la grâce d’un mariage avec l’étoile montante des lettres américaines de années folles, Francis Scott Fitzgerald. Aussi peu armés l’un que l’autre pour affronter le tourbillon de la célébrité, les deux amants connaîtront chacun à leur tout un destin pathétique. Francis, génial mythomane se rêvant démiurge, tuant leur couple impossible en faisant interner sa femme dans une institution psychiatrique, finira tristement aussi improductif que misérable et imbibé, à Hollywood en 1940. Zelda, elle, comptera parmi les huit victimes de l’incendie de l’hôpital psychiatrique de Hashville en Caroline du Nord. Zelda a longtemps fasciné les biographes de son époux, les uns voyant en elle celle qui dans sa soif d’ors, de mouvement et de lumières étouffa le lyrisme lucide de l’écrivain ; les autres la victime consentante du miroir aux alouettes des « Roaring Twenties ». C’est donc un bel hommage que lui rend là Gilles Leroy, peignant enfin l’éclat de ce feu follet, qui fut longtemps trop aveuglant pour qu’on la considérât sans ciller.
Alabama Song aura tout de même dû attendre le quatorzième tour de scrutin pour recueillir les quatre voix nécessaires à son élection, au détriment de A l’abri de rien, d’Olivier Adam, qui n’a reçu que deux suffrages.
Autre lauréat du jour, Daniel Pennac reçoit le prix Renaudot pour Chagrin d'école. Il s’agit là, gageons-le, d’avantage d’une consécration que d’un encouragement, l’auteur des aventures de Benjamin Malaussène connaissant depuis longtemps les faveurs d’un public fidèle et affectueux. Christophe Donner, trublion assagi et son Roi sans lendemain font malheureusement les frais de ce couronnement mérité. Ce sera pour la prochaine fois.
- H. D.
Gilles Leroy à la librairie Mollat