Le siècle de l’objet
De la décharge publique à l'hypermarché universel
« Le 20e siècle aura été le siècle du grand nombre : foules, massacres, objets. Ces trois dimensions s’y nouent souvent ensemble, de façons diverses. La Guerre de 14, première guerre technologique, inaugure la mort de masse, anonyme et silencieuse. Dans les années 30 en Allemagne, des objets, la radio et la voix sont les opérateurs privilégiés par quoi la foule se convainc d’être le nouvel agent de l’histoire. En Union soviétique, ce sont plus l’image et le cinéma qui joueront ce rôle. En sens inverse, les foules nazies chercheront à réduire un peuple entier à l’état d’objet. Encore d’une autre façon : la reproductibilité technique élève les objets à la dimension de la foule. Ce qui les voue à la destruction. Walter Benjamin du coup s’alarmera, dans les années 30, de ce que la reproductibilité affecte les ¦œuvres d’art d’un coefficient de foule. La foule des objets s’est encore considérablement enflée, surtout depuis les années 60. Nous voici aujourd’hui au temps du marché universel, quand les objets sont devenus les maîtres des foules et des guerres. On regardera quelques uns de ces nœuds, en se disant que c’est peut-être ainsi que se noue le monde. On aura aussi forcément en tête d’autres questions, pour ne pas s’attrister : peut-être tout n’est-il pas voué au grand nombre ? Par exemple, pour Lacan, les femmes ne font pas foules. Et James Cameron, dans Titanic, paraît dire que ce ne sont pas les objets mais les femmes qui pourraient être aujourd'hui les agents de l’histoire. Et aussi les artistes. On essayera de penser à des trucs comme ça. » GW
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