Fête des Pères, la sélection (2)
Bien sûr qu'ils ont des rêves et des envies. Bien sûr qu'ils sont puériles et agaçants, c'est aussi pour cela que vous les aimez, les papas. Chez Mollat, on pense à eux...

Mémoires
Mémoires d'une fripouille
de Georges Sanders, .
George Sanders, c'est le mari du Voyage en Italie de
Roberto Rossellini, ce bloc de granit qui fait paraître fragile et désemparée
l'imposante Ingrid Bergman. Mais c'est aussi un des grands méchants du cinéma
Hollywoodien. Un délicat salopard prêt à tout mais avec style. « J'étais
le type de traître qui détestait tâcher de sang ses vêtements ; pas tellement
parce que je redoutais d'être découvert, mais parce que je tenais à demeurer
propre sur moi ». Un parfait manuel de cynisme et d'art de vivre
traduit par Romain Slocombe, qui s'y connaît.
Styles
So British , d'Eric Deschodt et Sacha Van
Dorssen.
En 300 pages, tout sur le style anglais tel que
nous l'aimons. Subtil mélange de tradition, d'excentricité calculée et de folie
furieuse, le vrai chic anglais se dissimule dans le passepoil d'une poche de
veste de chasse, la désinvolture d'un dandy triste ou le choix mûrement réfléchi
d'une paire de chaussettes. En Angleterre, même les plus crasseux des bikers ont
du style.
Roman
L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon
Un roman
d 'apprentissage qui commence par une transmission. Un rite de passage qui
scellera la rencontre d'un enfant et d'un livre. Un labyrinthe d'aventure et de
secret qui va changer sa vie. Avec un père pour initiateur.
Jeux de langues
Des Papous dans la tête, Les Décraqués :
l'anthologie.
La littérature d'avant-garde, c'est rasoir. La littérature à
contraintes, ça craint. Mais des papous dans la tête, c'est marrant. Et bien les
Papous, c'est de l'avant garde. Les Décraqués, c'est l'Oulipo dans le poste,
c'est la poésie à table et l'humour français dans ses habits du dimanche. Voici
donc l'anthologie de ces deux émissions qui depuis vingt ans font aimer les jeux
de mots aux auditeurs de la radio. Et pour restituer l'ambiance que l'on devine
studieuse comme une classe quand le prof est absent, le livre s'accompagne d'un
CD. Et c'est bien.
Nouvelles
J'ai beaucoup souffert de
ne pas avoir de mobylette
, de Jackie Berroyer.
Si un jour on invente un prix Nobel du titre
on le décernera à Jackie Berroyer parce que Jackie Berroyer a écrit La femme
de Berroyer est plus belle que toi, conasse. Ce qui ne fut pas une mince
affaire. Et parce que derrière un nouveau titre fleuve (voir plus haut), JB
vient de pondre ce recueil de nouvelles qui réinventent les années soixante
banlieusardes de son enfance. On s'y croit.
Roman
Eau sauvage , de Valérie Mrejen.
Un petit chef
d'oeuvre d'amour et de cruauté mêlés. Mille petits frangements de la parole d'un
père à sa fille. Radotages d'un papa attentif (un peu trop) et présent (un peu
trop), mais aimant (jamais assez). Jeunes pères, c'est l'exemple à ne pas
suivre, mais c'est le livre à lire.
Roman
Le Nageur , de Zsuzsa Bank
Kata et Isti sont les
enfants de Kalman. Abandonnés par leur mère, ils vivent hors du temps, dans un
univers étrange. Itsi, enfant de l'eau, en a fait son milieu naturel. L'eau
rassurante, protectrice, mais attirante et dangereuse aussi. Un coup de coeur de
François Boyer.
Roman
La déménagerie , de Jean-Loup Trassard.
Un roman
construit comme une conversation d'après dîner, à la ferme. Entre récits du jour
et histoires d'autrefois. Rires et phrases amères. Par jean-Loup Trassard, qui
est un des plus fins spécialistes du monde rural, loin des clichés de
feuilletons, près des humains.
Encres noires
Los Angeles
River , de Michael Connelly
Harry
bosch est de retour, le Poète aussi. Deux des personnages emblématiques de
Connelly, le flic triste et le tueur implacable se retrouvent dans un grand
polar crépusculaire comme seuls savent en inventer Los Angeles et ses
écrivains.
Prières pour la pluie , de Dennis Lehane.
Encore un couple
célèbre du polar, Kenzie et Gennaro reprennent du service. Avec le même humour
noir, la même colère devant l'injustice et la même droiture. Un Chandler
moderne.
Guerres froides
Un amitié
absolue, de John Le Carré.
On le
disait fini avec la guerre froide ; en retraite comme ces vieux espions, soldats
oubliés de guerres inconnues, qu'il anima dans une époustouflante série de
romans gris. Sa grande lucidité lui a montré que la guerre n'avait en fait
jamais cessé, elle s'était simplement déplacée. Les pouvoirs sont plus cyniques
que jamais et les espions à principes n'ont plus leur place sur l'échiquier
d'une partie dont les joueurs ne sont que de pantins animés par des
ombres.
NB. L'illustration de ces pages provient de L'amour d'un père, recueil de photographies sur le thème de la paternité, publié aux éditions Hors Collection. L'image est l'oeuvre de Gordon Trice.


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