Rentrée littéraire : Les romans étrangers (2)
La suite de notre sélection de romans étrangers...
Gonçalo M. Tavares, Monsieur Valéry
& Jérusalem, V.Hamy
(cf notre blog du juillet)
Affublé d'un titre énigmatique à connotation biblique, Jérusalem est un court
roman où évoluent une demi-douzaine de personnages dont l'équilibre mental est
relativement contestable. Sa construction narrative présente un intérêt indéniable
de par ses jeux sur la succession chronologique des événements. Dès lors, le
lecteur n'a de cesse de comprendre ce qui s'est passé au cours d'une
mystérieuse nuit bien précise, et comment les personnages ont pu arriver
à se croiser et à influencer de la sorte le destin des uns et des autres.
Quant à Monsieur Valéry, il s'agit d'un court récit illustré autour du thème de
l'absurde. Notons que c'est le premier d'une petite série : suivront entre
autres Monsieur Brecht, Monsieur Calvino, etc.
David Lodge, La vie en sourdine, Rivages
Que les amateurs de l'humour so British de Lodge se réjouissent ! Voici un
nouvel opus dans la droite lignée de Thérapie. Sensiblement autobiographique,
son dernier roman met en scène un professeur de linguistique anglaise qui a
pris sa retraite anticipée à cause d'un problème de surdité croissante. Suite à
une rencontre qui frise le burlesque, il doit cependant reprendre ses fonctions
et faire office une dernière fois de directeur de thèse.
Richard Russo, Le pont des soupirs, Quai Voltaire
Russo a un don certain pour les sagas familiales qu'il débarrase de leurs
gangues poussiéreuses pour en faire des récits éclatants sur les
imprévisibilités du destin. Il renoue avec le succès pour ce Pont qui nous fait
soupirer d'aise. Livre sur l'amitié et son vieillissement, il comblera ceux qui
aiment ne pas lâcher un livre et s'attacher à des personnages.
Rawi Hage, De Niro's game, Denoël
La dévastation du Liban est au coeur de ce premier roman traduit de l'anglais,
un livre explosif qui vous fera valser dans un univers en ruine d'où seule peut
sourdre une littérature de la renaissance. Une des meilleures nouvelles
littéraires en provenance de cette région.
Felipe Hernandez, La partition, Verdier
Felipe Hernandez nous avait déjà épaté avec ses deux précédents romans traduits
chez Verdier. Nous espérions beaucoup de son nouvel opus, La partition, et il
tient toutes ses promesses, renouant avec cette ambiance mi-fantastique
mi-naturaliste qui nous fait flotter dans un entre-deux délicieux.Compositeur
de musique qui vivote indignement, le jeune José se voit offrir une opportunité
par un être étrange qui possède fortune et pouvoir. C'est le début d'une
descente infernale pour cet être raffiné qui ne comprend plus où la vie le mène
et se retrouve impliqué dans des aventures qui le dépassent. L'heure de la
consécration a peut-être sonné pour l'auteur qui viendra, peut-être, dans nos
murs à l'automne.
Katja Lange-Müller, Vilains moutons, Laurence Teper
Vous aimez un homme, le soutenez pendant sa terrible maladie fière d'être son
dernier amour, vous l'accompagnez jusqu'au bout et vous découvrez, une fois
seule, à la lecture de son journal intime que vous paraissez n'avoir jamais
existé pour lui. A partir de cette épreuve terrible et sans jamais sombrer dans
le pathos, cette étonnante auteur allemande nous embarque dans une quête
fondamentale, celle d'une vérité difficile à accepter. Très beau moment
littéraire.
Thomas Wharton, Un jardin de papier, Panama
Si l'on n'a gardé aucun souvenir de la précédente traduction de cet auteur
canadien, c'est pour mieux savourer ce roman imaginatif en diable qui comblera
les fous d'histoires. Le héros, éditeur de livres excentriques, reçoit d'un
baron amateur d'énigmes, la commande d'un ouvrage fou qui l'obligera à un
périple délirant dans l'Europe du XVIII°. Un côté très Münchhausen pour quitter
la grisaille.
Dag Solstad, Honte et dignité, Les Allusifs
Ah les monologues intérieurs ! On en écrit donc encore, comme le prouve ce
surprenant roman d'un norvégien révéré chez lui mais encore inconnu sous nos
climats. Professeur (agrégé voyons) de lycée, le narrateur ne nous entraîne
guère plus loin que son estrade d'où il débite à des rangées d'élèves ennuyés,
année après année, des considérations sur les canards sauvages, non qu'il
exerce dans le domaine de la biologie animale mais son programme lui impose la
célèbre pièce d'Ibsen. En plein cours une épiphanie littéraire lui est offerte
: le voilà qui se met à comprendre le rôle de l'un des personnages clef du drame
ibsénien...Thomas Bernhard a donc un héritier scandinave.
Nick Mc Donell, Guerre à Harvard, Flammarion
(cf notre blog du 2 juillet)
Dans un style percutant, parfois au vitriol, ce jeune américain issu de la
promotion 2006 de Harvard nous livre le récit des aventures et des déboires
d'une poignée de jeunes personnages emblématiques de notre époque au sein de ce
milieu plutôt aisé sur les plans financier et intellectuel, le tout sur fond de
guerre en Irak. Pour amateur de Bret Easton Ellis.
Uzodinma Iweala, Bêtes sans patrie
L'auteur, un Américain d'origine nigérienne, nous plonge tout droit dans les profondeurs d'un conflit africain vu par les yeux chaque jour un peu moins naïfs d'un jeune soldat. Voici Agu, small soldier d'une dizaine d'années sous les ordres d'un Commandant impitoyable dans un pays non identifié d'Afrique occidentale anglophone, qui nous raconte ce qu'il vit dans une écriture émouvante et sans concessions, qui se veut aussi authentique et proche de l'oralité que possible. La lecture de ce témoignage, bien que fictionnel, n'est pas prête de laisser indemne tous ceux qui s'y aventureront.
Nami Mun, Miles from nowhere
Un roman poignant écrit dans un style frais et poétique qui vient contraster avec cette relation d'une descente aux enfers vécue par une adolescente coréenne suite à son immigration dans le Bronx. Au lieu de soutenir sa mère, qui sombre dans la dépression à cause des absences répétitives, puis du départ définitif de son père, elle s'enfuit dans la rue. Face à cet échec de l'American dream, elle déambule dans un New York des plus glauques et sombre dans la spirale de la drogue, la prostitution, le squat, sans pour autant perdre de la force vitale et de la volonté extraordinaires qui font son charme. On se laisse alors prendre au piège de cette lecture qui s'avère surprenante.


10,92 €
