Rentrée littéraire : les romans français
A ceux qui seraient tentés de se plaindre de l'abondance des romans qui paraissent en cette nouvelle rentrée nous répondons, forts de nos lectures estivales, que dans ce grand nombre il y a largement de quoi trouver matière à plaisir. Les preuves...
Olivier Rolin, Un chasseur de lions, Seuil(cf notre blog du 11 août)
A tout seigneur, tout honneur, Olivier Rolin nous a ravis avec ce récit fourmillant et digressif à la poursuite de Pertuiset, le chasseur de lions immortalisé par Manet, hableur phénoménal d'une époque qui avait encore des territoires à conquérir. Inégalable dans son art du détour érudit, Rolin a un véritable pouvoir d'attraction. Il sera notre invité dans le courant du mois de septembre, ce qui nous enchante véritablement.
Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Zulma
Le roman français le plus fou de la rentrée : baroque, excessif, foisonnant comme la jungle qui sert de toile de fond à une grand part de l'intrigue et surtout réjouissant. Entre les aventures d'un jésuite du XVII° génialement doué pour les théories fumeuses et celles de son biographe contemporain, on est emporté par son aspect picaresque et par la virtuosité de sa construction.
Jean- Paul Dubois, Les accomodements raisonnables, L'Olivier
Rassurons-nous, Jean-Paul Dubois ne fait pas dans le politiquement correct malgré son énorme succès qui pourrait l'inciter à ménager ses lecteurs. Ses accomodements raisonnables, terme juridique d'outre-atlantique qui ne dit que trop de quoi il est question, nous font voyager à Hollywood, à la suite du mélancolique Paul Stern dont l'étoile ne brille plus guère. Très drôle quand il observe les américains, touchant lorsqu'il évoque son quinquagénaire sans solution, Dubois nous rallie à la cause de son héros qui sait bien que les voyages ne forment rien du tout.
L'auteur sera à la librairie le 25 septembre, réjouissons-nous !
Régis Jauffret, Lacrimosa, Gallimard
Inconditionnels de Régis Jauffret que nous tenons pour l'une des voix les plus originales du roman de ces vingt dernières années, nous voici, une fois encore, mais stupéfait par le changement, subjugués par son dernier roman, sorte de mise à mort intime d'une certaine écriture au contact du drame aboslu : la mort de l'aimée. Alternance de deux courriers, celui du narrateur qui s'adresse à la disparue et réponse de celle-ci à celui qui est resté, Lacrimosa élève devant nous le tombeau d'une femme et d'un amour sans jamais renoncer à une virulence qui condamne le pathos, sans jamais cesser, surtout, d'être un écrivain.
Christian Oster, Trois hommes seuls, Minuit
Le style extrêmement économe de Christain Oster a des adeptes qui guettent ses romans construits au cordeau. Le trio qu'il nous propose cette rentrée se compose de trois hommes embarqués dans une voiture, unis sans préparation pour accompagner l'un d'entre eux vers une femme qui a quitté sa vie mais qui exige une chaise oubliée. Equipée sans grandeur, cette descente vers le sud agit comme un révélateur subtil pour le héros qui, à force d'aller et venir, va trouver le seul chemin qui importe. Comme toujours avec Oster, la fin du roman, totalement réussie, justifie tous les écarts de route et les créneaux délicats.
Hélène Lenoir, La folie Silaz, Minuit
La voix d'Hélène Lenoir, cruelle et légère, a le don de nous immerger dans des histoires obscures qu'elle illumine de son style impeccable. Tout se joue ici autour d'un enterrement, celui d'Odette Silaz, et des conséquences impévues ou trop attendues de ce dernier. Folie, absence, remords se conjuguent dans ce concerto où se découvrent toutes les nuances du gris. Une vraie réussite.
Bruno de Cessole, L'heure de la fermeture dans les jardins d'occident, La Différence
Erudit, ce récit d'initiation renoue avec les romans philosophiques : digressif, passionnant, il présente la figure d'un prophète oublié des hommes de son temps, Frédéric Stauff, qui annonce avec désabusement et du fond d'une solitude sans affectation la fin du règne des idées et de la beauté au profit d'une culture du divertissement. Une belle entreprise romanesque et intelligente
Jean Mattern, Les bains de Kiraly, Wespieser
(cf notre blog du 19 août)
Editeur, Jean Mattern devient écrivain par la grâce d'un court premier roman sur le remords et l'absence, fuite d'un homme qui s'éloigne au moment de devenir père et cherche dans ses origines hongroises et juives le remède à sa douleur et ses silences. Construit avec sensibilité, couronné par une solution inattendue, Les bains de Kiraly possède un vrai charme.
Philippe de la Genardière, L'année de l'éclipse, Wespieser
Parce que Basile, le héros de ce gros roman, ne comprend plus le monde et ne l'aime plus, parce qu'il peut passer pour dépressif alors qu'il est avant tout étranger au monde insupportable qui l'entoure, nous voilà entraînés dans les méandres d'un roman qui croit aux joies de la pensée. Bloqué dans l'écriture de la somme philosophique qui justifie son parcours, il cherche la voie qui lui redonnera goût à l'aventure humaine. Cherchez la femme, elle sera là pour réaffirmer le primat de la beauté sur le sordide. Vaste, ambiteux, ce roman a du coffre et attend les lecteurs avides d'en découdre.
Julie Wolkenstein, L'excuse, POL
Entre Alice Ferney qui réécrit Chaînes conjugales (le film) et Julie Wolkenstein qui s'approche d'un chef d'oeuvre d'Henry James, notre choix est fait : la brillante Julie bâtit son intrigue à partir de Portrait de femme que ses personnages vont rejouer l'un dans un étrange dessein l'autre à son corps défendant. Histoire d'amour avant d'être un stupéfiant exercice littéraire, les amoureux de roman seront comblés par cette réflexion qui a pris les atours d'une romance.
Catherine Cusset, Un brillant avenir, Gallimard
Deux femmes se partagent ce roman kaléidoscopique où l'on retrouve toute l'intelligence qui a fait le succès de Catherine Cusset : une française naturalisée américaine et sa belle-mère, une roumaine naturalisée elle aussi qui sent sa bru comme une menace car cette dernière veut convaincre son fils de quitter l'eldorado d'outre-Atlantique. Opposées et résolues à ne pas se laisser imposer un choix qui les condamnerait au reniement, les deux femmes vont se livrer jusqu'au plus intime.
Tristan Garcia, La meilleure part des hommes, Gallimard
La rumeur nous y préparait : un jeune romancier de 27 ans allait marquer cette rentrée avec son carré magique et inquiétant. La meilleure part des hommes tient ses promesses et s'impose comme un des premiers romans français sur les années 80-90 à travers les chassés-croisés de quatre personnages, trois hommes et une femme, au coeur d'une époque qui a vu arriver le spectre du SIDA. C'est brillant et impressionnant.


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