Habiter poétiquement la terre, c'est déployer une capacité à inventer des lieux, avec des bribes de souvenirs, des traces de sensation. Les mondes fictionnels donnent forme à ces lieux et sont omniprésents dans la littérature de Gracq, qui mêle espace et temps.
En lisant Julien Gracq
La littérature habitable
Habiter poétiquement la terre, c'est, comme les livres de Julien Gracq y invitent, se montrer attentif au courant d'échanges qui rattachent l'un à l'autre l'organisme et son habitat ; mieux, si le poète est celui qui fait, c'est réactiver ce courant. Ce qui, pour l'écrivain, se pratique avec les moyens dont il dispose, dans cette activité particulière qui a nom « littérature ».
Littérature habitable ? Ce serait d'abord une littérature où le lecteur trouve à se loger, un peu comme ces organismes qui colonisent une coque qu'ils n'ont pas formée, mais qui, s'y glissant, s'aperçoivent que, oui, elle leur va comme un gant. Le lecteur peut alors se dire qu'il y a là une forme qu'il pourrait habiter, comme s'il l'avait de lui-même formée.
