Dossier : Rentrée littéraire : la vague de septembre écumée par vos libraires. (7)

Rentrée littéraire : la vague de septembre écumée par vos libraires. (7)Cette période que le monde entier nous envie avec une pointe d'étonnement a commencé. Petit à petit dès la mi-août nous sont parvenus ces romans français et étrangers qui embelliront votre automne après avoir charmés notre été. Un été consacré à chercher avec fébrilité quelques perles parmi les 723 nouveautés (tout au moins celles dont nous disposions avant leur sortie). En voici donc quelques unes...

Jonathan Franzen, La zone d’inconfort, L’Olivier
C’est une évidence, Jonathan Franzen n’a pas usurpé sa réputation de brillant écrivain, l’un des plus doués de sa génération, intello décomplexé, il use de références exigeantes, maîtrise les sujets les plus divers qui vont de Schulz( le père de Charlie Brown), à la littérature allemande, en passant par l’écologie, l’économie américaine, pour finir par une trentaine de pages sur l’ornithologie, prétexte fallacieux pour nous parler de notre espèce. Et il faut reconnaître que le garçon est drôle, ses formules claquent, on rit souvent, récompensé après quelques passages ardus qui exigent parfois une relecture. Malgré tout, autant de brio peut nuire, la prolixité de Franzen fatigue, et arriver à bout de cette autobiographie qui se défend de l’être, est un petit exploit dont vous serez fiers. Persistez, il vous en restera le goût d’une lecture intelligente, puis relisez Snoopy et ses amis (vous ignoriez sûrement que ces adorables petits personnages avaient tant d’épaisseur), vous l’aurez bien mérité !

Gilles Leroy, Alabama song, Mercure de France
On pensait tout savoir ou presque sur Zelda et Scott Fitzgerald, ces icônes d’une génération perdue, couple mythique des lettres américaines tour à tour adulé et abhorré jusqu’à la chute fatale.
Ici l’auteur a choisi de faire parler Zelda, de sa jeunesse dans une petite ville du sud des Etats-Unis à sa fin tragique dans l’incendie de l’hôpital psychiatrique où elle dépérissait depuis des mois.
Et entre les deux c’est l’histoire d’une femme libre et douée, vampirisée par un mari génial, mais dont l’ambition et le désarroi étaient sans fond, un couple infernal, tombé dans les pièges d’un succès arrivé trop vite et trop tôt.
Gilles Leroy d’une écriture délicate mêle avec virtuosité des éléments biographiques et imaginaires, et à travers la voix de Zelda, nous offre un magnifique roman sur cette génération perdue par ses excès mais tellement romanesque, celle des enfants du jazz .

Alan Warner, Le dernier paradis de Manolo, Bourgois
A.Warner, un des plus prometteurs écrivains de la jeune génération britannique, a choisi de se mettre dans la peau d’un espagnol de quarante ans pour son dernier gros livre, un roman tel qu’on les attend, entraînant et impossible à lâcher, ironique et désespéré, solaire et traversé d’ombres inquiètes. Manolo Follana est un designer bien installé dans la vie, il est atteint d’une étrange maladie de peau chronique qui échappe à la science et le distingue de la masse des peaux mates environnantes. L’histoire qui va être déroulé devant nous a tous les atours de la confession, car Manolo vient d’apprendre qu’il a contracté le Sida et qu’il va devoir accepter d’affronter son passé, ses maîtresses anciennes, ses secrets refoulés. Mélancolique mais jamais à court d’un jugement péremptoire où perce une vanité agaçante (il raille l’euro, est spécialiste du design défectueux dont il a fait sa thèse), il se lance à cœur perdu dans l’introspection la plus cruelle, donnant lieu à des scènes très drôles, des salves de jugements imparables sur la vie de province ou l’héritage du franquisme mais assombris par ce qu’il découvre de lui-même, engagé sur cette fameuse pente gidienne qu’il faut veiller à gravir et dont il sent qu’elle se dérobe sous ses pas. Un immigré clandestin va surgir dans cette chronique d’un marasme annoncé et sa présence va bouleverser définitivement le paradis craquelé de Manolo.
Profond et intense sous son vernis glacé, ce roman d’Alan Warner, outre qu’il est sa plus belle oeuvre, représente une des plus belles réussites de cette rentrée.


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Livres à lire
La zone d'inconfort / une histoire personnelle
Jonathan Franzen
Editions de L'Olivier
Prix : 21,00
Alabama song / roman
Gilles Leroy
Mercure de France
Prix : 15,00
Le dernier paradis de Manolo
Alan Warner
Bourgois (Christian)
Prix : 28,00