Compte-rendu de trois années d'étude de terrain dans la région d'Andapa, à Madagascar. Met en évidence le délitement d'une certaine société traditionnelle. Etudie notamment l'émergence des rapports de sorcellerie à travers le rôle joué par les moasy guérisseurs, devins et médiums qui pratiquent le rituel de possession tromba.
L'étude porte sur une région du nord-est de Madagascar où
l'ancienne société traditionnelle s'est délitée. Les rapports
interindividuels y montrent une tendance à l'anomie dans la
mesure où le rôle régulateur de l'Etat, par trop limité, ne
compense pas la désagrégation progressive de l'ethos ancestral
et des règles coutumières. Pourtant la vie sociale semble
largement pacifique alors que les nombreuses dissensions sont
exacerbées par une relative pauvreté qui durcit les rapports.
Comment rendre compte du quasi-paradoxe ? C'est qu'un
nouveau dispositif socioculturel modérateur s'est engendré
dans le mouvement de déshérence des traditions ancestrales de
bonne entente sociale. Aujourd'hui, la consommation des
rapports tendus prend massivement le tour d'un jeu entre la
sorcellerie et la contre-sorcellerie. Cette mise en forme est
conduite par des moasy guérisseurs, devins et médiums. Ils
pratiquent le rituel de possession tromba. Comment
comprendrait-on que l'interprétation sorcellaire du malheur -
qui envisage systématiquement autrui comme ennemi actuel ou
potentiel - puisse être socialement modératrice dans les
conflits ? C'est que ceux-ci, d'abord réels et concrets, sont
déportés dans un univers d'interactions indirectes et
symboliques.