Résumé
Ce séminaire de l'année de 1971 constitue un livre sur l'écriture, le discours, sur les relations sexuelles entre l'homme et la femme. Des caractères chinois parsèment les différents chapitres et correspondent au voyage que J. Lacan projetait d'effectuer en Chine et qui fut annulé pour un voyage au Japon, dont cet opus constitue le journal conceptuel.
Quatrième de couverture
Titre de prime abord énigmatique. Donnons le mot : il s'agit
de l'homme et de la femme - de leurs relations les plus
concrètes, amoureuses et sexuelles, dans leur vie de tous les
jours, oui, comme dans leurs rêves et leurs fantasmes. Cela
n'a rien à faire, bien entendu, avec ce que la biologie étudie
sous le nom de sexualité. Faut-il pour autant laisser ce
domaine à la poésie, au roman, aux idéologies ? On tente ici
d'en donner une logique. C'est retors.
Dans l'ordre sexuel, il ne suffit pas d'être, il faut encore
paraître. Cela est vrai des animaux. L'éthologie a détaillé la
parade qui précède et conditionne l'accouplement : c'est,
dans la règle, le mâle qui fait signe à sa partenaire de ses
bonnes dispositions, par l'exhibition de formes, couleurs,
postures. Ces signifiants imaginaires constituent ce que
nous appelons des semblants. On a pu aussi bien les mettre
en valeur dans l'espèce humaine, et y trouver matière à satire.
Pour y trouver matière à science, il convient de les bien distinguer
du réel qu'ils voilent et manifestent à la fois, celui de
la jouissance.
Celle-ci n'est pas la même pour l'un et l'autre sexes.
Difficilement localisable du côté femme, et à vrai dire diffus
et insituable, le réel en jeu est, du côté homme, coordonné
à un semblant majeur, le phallus. D'où il ressort : que,
contrairement au sens commun, l'homme est l'esclave du
semblant qu'il supporte, tandis que, plus libre à cet endroit,
la femme est aussi plus proche du réel ; que rencontrer
sexuellement la femme est toujours pour l'homme mettre le
semblant à l'épreuve du réel, et vaut comme «heure de vérité» ;
que, si le phallus est apte à signifier l'homme comme tel,
«tout homme», la jouissance féminine, pour n'être «pas-toute»
prise dans ce semblant, fait objection à l'universel.
Dès lors, une logique est possible en effet, si l'on a le nerf
d'écrire ainsi la fonction phallique, (...) (x), et de formaliser les
deux modes distincts, pour un sujet, de se sexualiser, en s'y
inscrivant comme argument. Cette élaboration demande : de
passer outre les mythes inventés par Freud, l'OEdipe et le
Père de la horde (Totem et tabou) ; de mobiliser Aristote,
Pierce, la théorie de la quantification ; d'élucider la vraie
nature de l'écrit, en passant par le chinois et le japonais.
Au terme du parcours, on saura donner sa valeur exacte à
l'aphorisme lacanien : «Il n'y a pas de rapport sexuel.»
Jacques-Alain Miller