Résumé
Sept montagnards et leurs 3.000 porteurs yogistanais se lancent avec bravoure et témérité dans l'ascension du plus haut sommet du monde, le méconnu Khili-Khili qui culmine à 13.000 mètres d'altitude. Un roman d'aventure satirique sur l'alpinisme.
Quatrième de couverture
«Quand vous vous balancez désespérément au bout d'une
corde de trente mètres, il est important de savoir que l'homme
qui se trouve à l'autre bout est un ami.»
On connaît l'Everest et l'Annapurna, mais qui sait que le plus
haut sommet du monde est en fait le Khili-Khili ? Découvert
pendant la Seconde Guerre mondiale par des aviateurs alliés qui
estimèrent son altitude à plus de 13 000 mètres, il fut l'objet
d'une première mission de reconnaissance britannique en 1947
emmenée par le valeureux Totter. Son rapport d'expédition
décrivait le Khili-Khili comme un sommet extrêmement
difficile, voire périlleux, mais dont l'ascension n'était pas
totalement impossible.
C'est une équipe de sept hommes, sept montagnards aguerris,
qui se lance alors dans l'aventure : outre le chef de l'expédition,
qui nous narrera cette épopée, on y trouve un guide
(perpétuellement perdu), un médecin (perpétuellement malade),
un interprète (perpétuellement incompris des autochtones),
tous grands amateurs de spiritueux, ainsi que trois mille porteurs
yogistanais fortement portés sur la renégociation de leurs
prestations.
À l'assaut du Khili-Khili, on l'aura compris, passe à la
moulinette de l'absurde tous les poncifs héroïques du récit
d'expédition en montagne, avec une efficacité rarement égalée
dans l'art de la parodie. Un chef-d'oeuvre méconnu de l'humour
anglais.
A l'assaut du Khili-Khili
La montagne, ça vous gagne !
Ivresse de l'altitude ou délire des plaines ? Impossible de contenir mon hilarité dans le bus qui me ramenait dans les contrées sauvages de Bordeaux Nord et d'échapper aux regards envieux ou inquiets des compagnons quotidiens de cette expédition qui me ramène loin de la ville. Qu'avais-je ainsi à glousser, penchée sur mon bouquin, moi qui me suis fait la réputation d'une voyageuse sérieuse qui ne mégote pas sur sa mine concentrée ? C'est qu'imprudemment j'avais emmené dans mon sac A l'assaut du Khili-Khili de W.E. Bowman (W.E .ne veut pas dire week-end, soyons clairs d'entrée) qui est au récit de montagne ce que le jokari est au tennis, une imparable manière de se fatiguer les zygomatiques.
On le sait, pour en avoir croisé sur les sentiers fleuris des Pyrénées, les montagnards sont gens rudes à qui on ne la fait pas, ils grimpent sans relâche, redescendent sans trêve, montent, descendent, mon Dieu, c'est fatigant. Bowman est un anglais, à ce titre il est « très distingué » et lorsqu'il croise lui aussi, aïa, aïa, aïa, des montagnards, il ne peut s'empêcher de rire et sans jamais se fatiguer. C'est pourquoi son inénarrable roman qui est la plus jouissive des parodies sur cette caste est un enchaînement par la face ouest et nord de toutes les situations les plus grotesques que l'on peut trouver au cours d'une expédition d'alpinisme. Son équipe a un but inouï, conquérir le fameux Khili-Khili, ce fameux sommet de 13000 mètres qui nargue l'humanité. Pour le vaincre une brochette hors classe : un chef qui est obsédé par le récit que pourraient lui faire ses compagnons de leurs tracas amoureux, un guide capable de se perdre dès son entrée dans le métro, un médecin tout le temps malade, un interprète adepte du contre-sens, un savant obsédé par les températures, un intendant paresseux comme une huitre, une bande de bras cassés portés sur la bouteille au-delà du raisonnable et qui adoptera le Champagne comme remède universel. On n'aura garde d'oublier le cuisinier recruté sur place et qui se fait un devoir de mélanger tous les aliments qui lui tombent sous la main pour en faire une potée infâme. Après des avanies sans nombre, des cuites sans fin, des montées et des descentes, notre expédition va réussir son entreprise : nous faire rigoler comme des perdus et nous perdre comme ces rigolos. Alors amis des plaines, camarades de bus, courageux auditeurs des veillées de montagne, marcheurs invétérés ou paresseux patentés, lisez cet A l'assaut du Khili-Khili, c'est un remède souverain contre l'ennui et le sérieux.