Michel Pétuaud-Létang
Architecte, urbaniste, auteur, éditeur...
Simultanées ou successives, on peut avoir plusieurs vies. Les uns décident un jour de rompre avec la monotonie d'un quotidien trop exploré et partent à l'aventure, d'autres, Janus bifrons, changent d'habit et de visage selon les heures du jour. Mais bien peu arrivent à la cheville de Michel Pétuaud-Létang pour la quantité et la variété des activités qui emplissent ses journées.
C'est de Mirande qu'il est arrivé, dans l'immédiat après-guerre, à la suite de parents mutés à Bordeaux. C 'est à Bordeaux qu'il grandira et étudiera à l'Ecole d'Architecture. Pas encore diplômé mais déjà installé, il s'offre un tour du monde comme un Compagnon son tour de France : afin de découvrir la véritable architecture contemporaine. A Bordeaux, on étudiait encore la taille de la pierre, il se faisait tant de choses ailleurs dont les moins curieux ne savaient rien qu'il se devait d'aller apprendre avec les maîtres du moment. L'air du temps lui sera d'ailleurs profitable puisque sa passion des architectures répétitives, fort en vogue à l'époque, lui fera convaincre un industriel et construire son premier bâtiment important. Nous sommes en 1965. Le suite se présente plutôt bien. Découvrant, étudiant, innovant, il se construit (c'est son métier) une réputation que beaucoup lui envient. Si bien qu'il fait partie de la dizaine d'architectes représentant la France à la Triennale de Milan 1968.
La réussite aussi est un train-train, et celle de « Pétuaud » suit sa voie, sûre et tranquille. Découvrant l'Afrique, il y construit dès la fin des années soixante, au Maroc, au Sénégal… C'est à cette époque également qu'il rencontre Séville, un coup de foudre qui se transformera en longue histoire d'amour puis en livre. Celui qui se revendique « architecte de province » ouvrira même une antenne parisienne.
Unaccident automobile, en 1985, fera basculer sa vie. Les longs mois d'immobilisation et de convalescence amèneront ce frénétique de la construction à remettre sur le tapis sa vie et ses motivations, ses projets et désirs. De là naît une double vocation d'urbaniste et d'auteur. Car pour penser les pieds sur terre, c'est dans les vielles lises de Bordeaux qu'il va ancrer sa réflexion, traduite en textes, images et pages dans Bordeaux 2005, son maître ouvrage d'auteur et d'éditeur, tout en calques et croquis, dans lequel il dessine les futurs possibles de sa ville. Suivront un ouvrage prospectif sur sa chère Séville, puis un « Echoppe bordelaise » qui connaîtra le succès et, enfin, « Mériadeck : défense et illustration des quartiers de peu ». Ces derniers ouvrages le verront également débuter dans le métier d'éditeur car, complexes et difficiles à fabriquer, ces livres effraient les éditeurs. Et le voici donc, notre homme aux mille vies : architecte, urbaniste, enseignant-chercheur, auteur, éditeur, qui bâtit toujours (un cinéma à Talence, la rénovation du Lycée Montaigne, un programme de logements à Bordeaux ; il se passionne aussi pour l'avenir de cette institution qu'est le Grand Hôtel de Bordeaux) et qui publie aujourd'hui un bel hommage au sculpteur Hugues Maurin, son premier « bébé » à ne pas traiter d'architecture. Preuve qu'il lui est encore possible d'aller plus loin dans la multiplication des centres d'intérêt.
Enfant, Michel Pétuaud-Létang était un « fou d'Amérique ». Fasciné par les soldats américains qui fréquentaient, comme lui, les alentours de la base de Mérignac ; amoureux du jazz et des longues automobiles, il découvrit un jour, au sortir de l'école, un « Station Wagon » , long break automobile aux flancs recouverts de bois, puis le conducteur et son épouse, frais débarqués des Etats-Unis qui, pour le jeune Michel incarnèrent alors le couple idéal. « Beaux comme dans les films » se souvient-il aujourd'hui… Ce bel acteur, c'était en réalité un sculpteur, Hugues Maurin, dont l'architecte admirera l'œuvre au point d'acquérir plusieurs de ses sculptures. 50 ans plus tard, Pétuaud s'est souvenu et a écrit cet ouvrage, hommage d'un enfant des « fifties » à ce maître des formes et des matières.
Un façon de payer ses dettes, peut-être…


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