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Portrait : Claire Cayron

Claire CayronTraductrice

Claire est morte.
Ca tombe comme ça, sèchement, de la bouche d’un libraire, un matin à l’embauche. Toute la journée, se croisant dans les coursives du navire Mollat, on se dit : " t’es au courant pour Claire ? ".

Mais oui, tout le monde le sait, Claire Cayron nous a quitté.


A la librairie

C’est cette incroyable présence - grande femme, grande voix, grand sourire et grands rires (et grosses colères, parfois) qu'on n'avait pourtant jamais ressentie comme indispensable (je n'étais pas de ses intimes) - qui nous fait dire : "elle me manquera".

Passeuse, elle était.
A l'IUT Métiers du Livre de Bordeaux où elle enseigna les lettres jusqu'à sa retraite. Elle s'était fixé pour but de faire comprendre quelque chose de la littérature aux étudiants dont elle avait la charge. Elle faisait lire, elle faisait écrire et contribua par là à des générations de libraires plus amoureux de la littérature que des livres ; ce qui est, en soi, une belle carrière.

Passeuse elle était aussi, et grandement reconnue pour cela, dans son métier de traductrice. C'est elle qui a fait découvrir aux Français un trésor tel que l'oeuvre complet de Miguel Torga, ce médecin-écrivain portugais de Tras-os-Montes auteur du célèbre "L'Universel, c'est le local moins les murs", (formule qu'illustrent à merveille tous ses livres dont l'indispensable Contes et nouveaux contes de la montagne publié aux éditions José Corti). Elle aussi qui traduisit le secret brésilien Harry Laus. Elle enfin qui nous fit découvrir la modernité urbaine de Caio Fernando Abreu. Elle qui sans cesse cherchait, lisait, partageait coups de foudres et détestations, échangeait, parlait, écoutait ceux qui savaient quels trésors de connaissance elle renfermait et venait entendre de sa bouche les dernières nouvelles de ses découvertes.

C'est donc cette passeuse qui manquera à la littérature, au livres, aux libraires, aux lecteurs, à nous tous donc.

Quand à ses amis, l'un d'entre eux nous offre ce témoignage.

"Les amateurs de langue de bois l'auraient facilement affublé du qualificatif de "forte personnalité", sous-entendant sa manifeste capacité à dire ce qu'elle pensait avec un aplomb doctoral impressionnant. Sincère jusqu'à l'excés et pourtant secrète, d'apparence dogmatique et pourtant sans cesse curieuse, expéditive mais souvent attentive, rebelle mais inquiète de sa tranquillité, en un mot paradoxale donc passionnante. Elle n'avait pas le culte des livres mais celui de la vraie littérature dont elle possédait une vision idéale quoique changeante : elle se débarrassait des siens pour ne plus conserver que les moins suspects de complaisance, elle avait un goût pour l'authentique et du dégoût pour les manières, elle s'emballait puis s'emportait. Plus que l'enseignement, c'est ses élèves qu'elle aimait, contente de les voir réapparaître, de les voir ressembler à ce qu'elle se souvenait avoir prédit, car elle aimait rire avec eux de ce grand rire tonitruant qui devait gêner les tristes sires imbus, elle aimait raconter et adopter, traduire et inventer.

C'était une amie, pas commode, pas pratique, mais une sacrée amie.

PS : elle cuisinait fichtrement bien le poulet."


Claire Cayron et Caio Fernando Abreu

Claire Cayron, traductrice de littérature portugaise et brésilienne,
est morte à Paris mardi 2 juillet, à l'âge de 67 ans.

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Livres à lire
Contes et nouveaux contes de la montagne
Miguel Torga
Editions José Corti
Prix : 21,34
Qu'est devenue Dulce Veiga?
Caio Fernando Abreu
Autrement
Prix : 13,95
Bis
Harry Laus
Editions José Corti
Prix : 16,77
Vendange
Miguel Torga
Editions José Corti
Prix : 21,34
La création du monde
Miguel Torga
FLAMMARION
Prix : 11,30