Fil RSS 

Portrait : Daniel Arasse

Daniel ArasseL'homme-image

Rencontrer Daniel Arasse c’était d’abord être en compagnie d’un homme pour lequel le savoir était une expérience vitale et festive, réjouissante et nourricière. Rien ne semblait être plus haut pour lui que le fait d’apprendre toujours et sans cesse, que le besoin, jamais totalement assouvi, d’y voir plus clair et d’inventer les outils de cette . Rien ne semblait être plus nécessaire que de toujours se donner moyens de décrypter les énigmes et leurs images, d’imaginer une réponse à la hauteur de l’étonnement qui la suscite. Le sentiment - rare et frappant – d’avoir affaire à une personnalité qui vous élevait, dans les différents sens que l’on peut donner à ce terme, s’imposait à celui qui, toute distance générationnelle et protocolaire écartée sans affectation, devenait pour Daniel Arasse et de toute façon, réellement, un interlocuteur. Cette avidité de savoir, ce besoin vital de goûter la saveur propre des choses, donnait à son verbe un débit singulier. Sa réflexion était plus rapide que les mots qui l’exprimaient si bien que l’on avait le sentiment qu’il pouvait y avoir à moment donné une précipitation de la parole sous la pression de l’intelligence, un verbal. Mais, par une sorte de danse de la pensée, d’élégance du savoir qui s’imposait naturellement, le rythme de ses propos se calait sur une vitesse limite qui permettait une clarté magnifique de l’expression et patientait jusqu’à l’idée suivante. Avidité, urgence, , précision, vitesse, autant de mots qui accompagnaient son besoin de voir, son besoin des images, lesquelles étaient bien plus qu’un objet à contempler, plutôt une nourriture essentielle qui permettait à Daniel Arasse d’être l’exemple, absolument vivant, d’une culture incarnée – c’est-à-dire qui passe par le corps - et foisonnante. C’est aussi le partage de la connaissance, son besoin simple et généreux d’échanger, de converser non seulement sur l’objet de ses propres recherches mais aussi, et peut-être même surtout, sur le travail des autres, qui frappaient. Sa des individus et du monde se donnaient alors à plein, avec une humilité non feinte, et pour cela saisissante, qui n’abdiquait jamais la rigueur et la précision des arguments. Le rythme de sa production s’était considérablement accéléré durant ces dernières années qui avaient vu la publication de sommes majeures sur l’art italien mais aussi l’élaboration d’études résultant d’un intérêt profond pour l’art récent, celui d’Anselm Kliefer en particulier. Parmi les projets qui ne verront jamais le jour, et qui animaient cette personnalité multiple, figurait la rédaction d’un ouvrage plus théorique que les autres dans lequel Daniel Arasse aurait probablement approfondi les tenants et les aboutissants historiques de ce qu’il appelait une iconographie analytique, proche et bien différente en même temps de l’iconologie analytique d’Hubert Damisch, une de ses références fréquentes. Mais la mort a fermé le regard de l’homme-image.

Thierry Davila

Imprimer


Livres à lire
L'Annonciation italienne : une histoire de...
Daniel Arasse
Hazan
Prix : 75,00
Les visions de Raphaël
Daniel Arasse
L. Levi
Prix : 15,00
Léonard de Vinci : le rythme du monde
Daniel Arasse
Hazan
Prix : 49,00
On n'y voit rien ! : descriptions
Daniel Arasse
Gallimard
Prix : 6,80
L'Apparition à Marie-Madeleine : noli me...
Marianne Alphant / Guy Lafon / Daniel Arasse
Desclée De Brouwer
Prix : 19,00
Anselm Kiefer
Daniel Arasse
Regard
Prix : 90,00
La Renaissance maniériste
Daniel Arasse / Andreas Tönnesmann
Gallimard
Prix : 114,34
L'ambition de Vermeer
Daniel Arasse
A. Biro
Prix : 23,00