Portrait : Jean-Claude Lasserre
Conservateur général du Patrimoine
Jean-Claude Lasserre nous a quittés dans la nuit du 19 décembre 2002. Nombreux sont ceux parmi les libraires à qui manqueront sa présence amicale, ses conseils avisés et son humour élégant. L'ensemble du personnel de la librairie Mollat s'associe à la peine de sa famille, de ses proches et de ceux qui l'aimaient.
A l'occasion du lancement du site mollat.com, il nous était apparu comme une évidence que c'était lui et pas un autre qui devait inaugurer cette rubrique "Portraits". Nous republions donc ce texte aujourd'hui...
U
n jour, il faudra écrire sur les liens étranges qui semblent unir les
conservateurs du patrimoine et les écharpes de cachemire. Pas de conservateur
sans son écharpe, cela semble être une règle. C'est donc nanti de cet
innamovible accessoire (en hiver, du moins), que Jean-Claude Lasserre arpente en
connaisseur les rues de Bordeaux.
Les libraires le connaissent bien, lui dont la
bibliothèque quasi légendaire pour sa profusion et son apparent désordre regorge
de trésors acquis au cours des ans dans des librairies dont la carte pourrait
recouvrir le globe.
C'est un drôle de professionnel. Compagnon d'aventure de l'Inventaire du Patrimoine Artistique, qu'il vit naître et qu'il accompagna dans ses mutations, certains le connaissent comme un scientifique rigoureux, méthodique et obstiné, qui des années durant s'acharna par exemple à inscrire au classement les trésors mobiliers et bâtis du XIXe et XXe siècles qu'alors le patrimoine ignorait. Capable de passer des heures à inventorier, décrire, coter un tas de cailloux en quoi seul le spécialiste saurait reconnaître une ferme XVIIIe typique de l'Agenais, ce bonhomme sait aussi quitter son bureau encombré pour fréquenter les salles plus obscures des cinémas, ou celles, amples et éclairées des musées et galeries d'art contemporain.
Partout (sauf au cinéma, bien sûr), il se promène. Ce faux passant et vrai curieux attache une valeur toute particulière à la déambulation qu'il pratique au propre et au figuré dans tout ce qui l'intéresse : Les villes, les musées, les foules, les livres, les arts, les cultures...
Et il en parle de ses voyages, de ses livres, de ses coups de coeur. Avec cette voix teintée d'un peu d'accent d'Orthez (est-ce par snobisme ou par fidélité ? Mais à l'académie de Bordeaux il préfèrera celle du Béarn), il passionne ses auditoires érudits ou profanes tout au long des nombreuses conférences qu'il donne régulièrement.
Chez Mollat, il reconnaît Paul, Corinne, François ou bien Sylvie. Se laisse taquiner par l'un, conseiller par l'autre sur un essai historique pour, enfin, faire part d'une de ses découvertes, une rareté enfin rééditée dont il possède une édition originale, un polar sanglant qui l'aura terrifié un week end durant, une BD, une page d'Aragon, un vers de Cocteau, qu'il connaît si bien...
On dit souvent des habitués qu'ils font partie des meubles, ce serait l'insulter que de le qualifier ainsi, lui si mobile et fureteur. Si vous en avez l'occasion, venez nous voir. Avec un peu de chance vous le reconnaîtrez.








