Portrait : Jef Bonifacino (2)
La suite...
La
Transversale
Au mois d'aout 2004, Jef Bonifacino est parti de
Nice pour rejoindre Roscoff, en Bretagne, à pied, en ligne droite. De cette
Transversale il a conservé, outre quelques ampoules, un reportage photo qui fera
très bientôt l'objet d'une publication.
" Ainsi le spectateur voyagera en ligne droite et ces images, prisent au rythme de la marche, lui donneront matière à réfléchir à sa propre vision de la France, à sa propre transversale. "
De Nice à
Roscoff
Il me fallait tracer
une ligne droite et la suivre pour ne pas emprunter des itinéraires déjà
existants, déjà réfléchis en fonction de tel ou tel critère. Donc deux points
très écartés.
Ca tombe bien, je suis né à Nice et j’ai des origines
bretonnes. Il y a une part symbolique dans ce reportage, mais c’est partir de
soi pour mieux se dépasser, la liberté ne s’exprime que si on lui donne un
cadre.
De plus c’est un chemin arbitraire pour ne pas être soumis à
l’arbitraire d’un seul thème ( les plus belles forêts de France, les plus beaux
villages de France, les plus…), c’est un chemin subjectif pour ne pas tomber
dans une fausse objectivité photographique. Ce qui n’empêche pas la rigueur...
A pied
La marche permet une liberté de
mouvement bien plus précise que n’importe quel autre moyen de déplacement. Les
voitures roulent sur des routes, le marcheur s’en passe. Et il fallait parfois
que je m’en passe pour continuer à suivre ma ligne ! Dans les basses-Alpes ou la
Drôme ou l’Ardèche, il n’y avait souvent que des routes contournant les
montagnes 40 km trop au sud ou trop au nord…
La marche aussi pour s’ancrer dans la durée (deux mois et
demi de marche). Je traverse mon sujet et je lui donne le temps de me traverser
en retour. Je m’accorde un rythme sans à coup, sans échéance, pour découvrir
telle région de France, voir ce qui change avec la précédente, la suivante,
sentir quand ça change,
comment…
Seule la marche, permet de créer cette disposition d’esprit où le regard
n’est pas nourri que d’une réflexion, d’un sentiment, mais aussi des sensations
du corps.
Pour capter quoi ?
Au début, je m’étais
imposé une sorte de cahier des charges, très lourd, pour n’oublier aucun thème,
aucune des réalités qui me seraient proposées : architecture, population,
géographie,… Je n’y arrivais pas, j’étais malheureux. J’ai tout allégé, vite
retrouvé le plaisir et me suis concentré à capter, comment dire, la vie en
mouvement.
Ce mouvement qu’effectuent toutes les choses à la surface de la
France, donc au bout du compte, une sorte de mouvement de la surface de la
France elle-même.
Que recherchais-tu ?
Dans les limites de ma ligne
droite, une vision globale de la France où le choix des images témoigne de ce
qui se présente librement.
Une vision de la France vécue, quand on se la crée
par sa propre expérience.
Une vision de la France en continu, non morcelée
par un découpage administratif, sans parti pris touristique, où chaque
image présente le lieu photographié en même temps qu’elle appelle un lieu
suivant , plus loin.
J’espère proposer au spectateur une vision différente,
complémentaire de toutes celles déjà existantes, et qu’il s’interroge sur son
pays, le vécu qu’il a de son territoire et ainsi, peut-être lui donner envie
d’établir à son tour d’autres passerelles.
Des
découvertes
Il va
falloir attendre de voir les photos… Ceci dit, à part des lieux et des gens
admirables que l’on découvre chaque fois que l’on décide de se perdre, je n’ai
rien découvert d’extraordinaire. La France est bien mieux connu que la
Bouriatie. Nous savons tous à quoi elle ressemble. Le but de mon travail est de
la montrer d’une manière différente, non-ordinaire et ainsi d’interroger notre
façon de regarder le monde.
Des belles rencontres
?
Tous les jours,
quelque chose ou quelqu’un. Je préfère laisser parler les photos.
De moins belles ?
Rares, beaucoup de campagne dans mon périple. Au pire, j’ai
croisé des familles d’araignées, des orages et on m’a refusé de l’eau. C’est
souvent dans les villes que ça se corse car quel sédentaire ne se pose pas des
questions quand il voit un nomade traverser son monde ?

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