Portrait : Xavier Rosan
Editeur
A l'occasion des quinze ans du Festin et de la prochaine parution du cinquante-et-unième numéro de la revue, retour sur l'un des ses fondateurs, Xavier Rosan.
Quand on a vingt ans, on rêve...
C'est l'âge auquel, souvent, on n'a pas encore compris la différence entre rêver et vouloir. Le soir, dans les bars, entre amis, on s'invente des désirs de carrière. On projette, on imagine. Tout est permis. Et puis ensuite, on déchante, on s'assagit, on n'y croit plus et on rentre dans le rang. Certains parmi nous ont échappé à cette fatalité, c'est le cas de celui que nous vous présentons aujourd'hui.
En 1989, alors étudiant en histoire de l'art, Xavier Rosan (c'est lui) a eu une idée simple : un "désir de revue". Il s'est mis en tête, de créer avec l'aide d'un poignée d'amis, une revue. Avec ce projet (un rêve !) : mettre à la disposition du grand public les résultats de travaux menés dans des domaines aussi variés que le patrimoine, l'histoire de l'art, les arts plastiques ou encore la littérature, le tout dans une langue vulgarisée pour davantage d'accessibilité. N'imaginant pas les difficultés qu'il va rencontrer sur son chemin d'éditeur débutant, il se lance.
Et c'est ainsi que naquît Le Festin, "Revue des
patrimoines, des paysages et de la création en Aquitaine".
En effet qui, à part quelques initiés, sait ce qui se cache derrière
telle porte cochère du vieux Bordeaux ? Quel Girondin peut
prétendre connaître l'art contemporain tel qu'il se pratique au pays Basque et
combien de Basques savent les beautés de la campagne
agenaise ?
Permettre aux aquitains de découvrir leur région loin des
circuits touristiques obligés, d'Histoire en histoires, de
retables en installations d'art contemporain, de stars littéraires en écrivains
oubliés ; c'est ce beau pari que tente chaque
trimestre Le Festin qui cet automne fera paraître son 51ème numéro
.
En 1992, La revue a enfanté une structure d'édition. Loin d'être un caprice, les éditions Le Festin continuent le travail de la revue. Monographies thématiques, catalogues d'artistes, guides touristiques érudits se sont succédés jusqu'à aujourd'hui, où paraît Le Livre du Frac-Collection Aquitaine , magistral catalogue des collections du Fonds Régional d'Art Contemporain, beau bébé de 800 pages à la fois érudites et ludiques.
Le Festin a grandi, ce sont aujourd'hui 8 salariés qui s'apprêtent à emménager dans de nouveaux locaux, 200 m² au Hangar G2, près des bassins à flots. Un nouveau lieu, pépinière de ce qui se fait de mieux à Bordeaux en termes de création, d'arts graphiques et d'architecture. Un lieu ouvert sur l'avenir. Cet avenir, le festin le prépare depuis 1997, avec la création d'un comité de pilotage qui associe à la direction éditoriale, ses principaux bailleurs de fonds que sont le Conseil régional, La Drac Aquitaine ainsi que les 5 conseils généraux de la région. Des débuts artisanaux et maladroits au professionnalisme d'aujourd'hui, ces collectivités ont aidé le festin dans sa croissance, l'épaulant dans les moments de crise, l'aidant à trouver sa voie entre revue de recherche et magazine touristique, l'aidant également à trouver son public : les rares fidèles des débuts sont devenus 4000 lecteurs chaque trimestre, chiffre en augmentation constante qui devrait atteindre les 10 000 avec la parution d'un numéro spécial à l'automne.
Bel avenir que celui qui se dessine au Festin, avec ou sans Xavier Rosan qui aimerait risquer d'autres aventures. Lesquelles ? Il reste muet sur ce point. Faisons lui confiance, il a l'art et le talent d'inventer de belles choses.
Nous avons également demandé à Xavier Rosan de nous dire ses livres favoris. Il nous livre ici quelques uns de ses récents coups de coeur...
Denton Welch : "Soleils brillants de la jeunesse",
préface : William
Burroughs, trad : Michel Bulteau, Viviane Hamy,
1997.
Étrange roman de formation d'un jeune garçon
anglais : la fantaisie comme un puits secret où l'on se
ressource quand menacent l'indifférence et la médiocrité
des autres, et comme élan à l'aventure, aux premières esquisses du plaisir. Un récit qui reste, un demi-siècle après sa première
publication, inattendu.
Patricia
Highsmith : "Le Talentueux Mr Ripley", trad : Jean Rosenthal, Le Livre de Poche, 2000
De loin le meilleur des Ripley inventés par Patricia Highsmith :
toutes les contradictions du personnage y sont
observées, tirant le récit au-delà du genre policier :
un roman psychologique (le crime comme alibi) moderne.
Patrick Espagnet : "La Gueuze", Cultures sud, 2002
Patrick Espagnet, ancien journaliste à "Sud Ouest",
manie l'argot et le bordeluche avec autant d'adresse que
les diverses boissons alcoolisées qui titrent ces dix
nouvelles. L'alccol n'y est, comme souvent, qu'un prétexte pour mettre à nu la solitude de personnages en attente. C'est un
Bordeaux comme emprunté à Raymond Guérin qui semble
perdurer dans les troquets et les brasseries de "La
Gueuze", sous une plume lucide et humaine.
Robert Hugues :
"Lucian Freud", trad : Jeanne Bouniort, Thames & Hudson,
2002
Le grand peintre anglais Lucian Freud a franchi, avec ses inclassables
portraits, la toile d'un XXème siècle qui, d'abstraction
en conceptualisation de l'art, destabilisa la peinture.
Ami de Francis Bacon, il fixe, comme lui, des chairs en
explosion. Mais c'est ici à l'intérieur même de la
chair, des regards immobiles et perdus, des corps lascifs, offerts, faussement monstrueux, que se joue le
trauma.







