Mercredi 29 Novembre 2006 à 18h00 : Figures de l'art
Débat avec la participation d'Etna Corbal,Cédric Moullier, Edwige Muller, Aline Ribière et Hélène Sorbé
Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, l'Occident a sensiblement basculé dans une culture de l'éphémère, dont la gamme de vaisselle « Éphémère de Lux by Starck » délivre la plus belle effigie. Il s'agit d'une révolution profonde et empreinte de toutes sortes de confusions tragiques et de perspectives hétérotopiques remarquablement fécondes. En quelques décennies, l' « image-flux » est devenue la chose du monde la mieux partagée.Ce nouveau régime d'« images-flux » favorise un goût pour le fugace, le jetable et le transparent, qui transforme le sujet cartésien en un « homo bulla », volage et nomade ; un éphémère sans arrière-monde de rattrapage.
Comment interpréter une telle révolution ? Faut-il penser avec les Cassandre du « No Future » que le monde occidental flotte sur les flux monétaires des actionnaires anonymes d'un Tao de pacotille, et sombre dans le nihilisme du « dernier homme » du Zarathoustra, que mettent en scène des écrivains à succès comme Houellebecq ou Easton Ellis sous la figure d'un pitoyable psychopathe ? Ou bien avec les optimistes d'un mondialisme postcolonialiste et multiculturaliste que le chemin des églantines de Méséglise passe, le temps des murailles écoulé, par le chemin des cerisiers de Kyoto, dans un détour propre à concilier la sagesse du kairos à celle du satori ?
Des Nymphéas fluentes de Monet aux nymphes de pétales de Paul-Armand Gette, en passant par les sculptures de glace de Pier Paolo Calzolari ou d'Andy Goldsworthy, la Harpe à nuages de Nicolas Reeves, les lumières mouvantes de Turrel, les installations lacustres de Sadaharu Horio, les fourreaux d'algues d'Aline Ribière, les boustrophédons de sève d'Etna Corbal, et., les meilleurs artistes ont remis en question le désir d'éternité qui a inspiré durant des siècles de monothéisme les principales créations artistiques, tout en mettant en abyme la culture du kleenex et du zapping de la société de consommation, pour renouer avec un art de l'éphémère qui s'inspire des pratiques artistiques de l'Asie et de l'Afrique.
C'est à ce nouvel art, hétérotopique, de l'éphémère, que se consacre ce douzième numéro de Figures de l'art.
