Chargement...
Chargement...

Le sexe de la sollicitude

Auteur : Fabienne Brugère

Paru le : 02/10/2008
Éditeur(s) : Seuil
Série(s) : Non précisé.
Collection(s) : Non conforme
Contributeur(s) : Non précisé.

Un coup de coeur de Mollat

Comment traduire la notion de "care" : la traduire pour la penser dans notre langue, pour qu'elle fasse sens, mais aussi pour la rendre active, pour la traduire dans les faits, dans une éthique, et un usage politique.
Pourquoi choisir de traduire le "care" par le terme sollicitude ?

La sollicitude traduit le ou les soins attentifs prodigués à une personne : inquiétude, soucis des autres, attention, soin avec lequel on s'applique. Témoigner de la sollicitude, c'est se préoccuper de quelqu'un. S'occuper de celles et ceux qui en ont besoin à un moment donné, dans un contexte particulier.

Se comporter avec sollicitude c'est exercer une activité à la limite de l'activité. La sollicitude s'exerce mais elle n'est pas une pratique comme les autres. Elle est réactive face à un autre singulier, face à la détresse, au besoin. Elle répond en réparant, en aidant ou en protégeant car elle s'exerce toujours en répondant à la dépendance, dépendance liée aux situations extrêmes de la vie, la vieillesse, la maladie, la dépression, la pauvreté, et aussi au début de la vie, quand la vie a besoin de se développer.

La sollicitude peut prendre la forme d'une délicatesse dans le soin : c'est alors la capacité à faire les bons gestes pour maintenir un corps qui entre dans la vie, pour l'aider à se développer. Plus généralement, la sollicitude peut-être comprise comme un talent à prendre en charge une vie dépendante, un corps fragile ou diminué ; la sollicitude exprime une intelligence sensible au service de la conduite d'un autre dans le besoin.

Fabienne Brugère utilise la parabole du bon samaritain pour décrire deux attitudes : l'absence et la présence de sollicitude dans le comportement humain. La parabole vaut comme une leçon de comportement à l'égard de quiconque puisqu'elle se termine par une recommandation du Christ qui vaut pour toute vie : "Va et agit de cette façon", c'est à dire comme le samaritain qui s'est ému de l'homme blessé et a répondu à la blessure.

L'intitulé de son essai ne manque pas de nous interpeller : "Le sexe de la sollicitude". La sollicitude aurait-elle un sexe ? Est-elle assignée à un genre déterminé? Il existe dans l'imaginaire social une figure paradigmatique de la sollicitude : c'est la mère. La sollicitude maternelle manifeste à la fois le soin et le souci porté par la mère à l'égard de ces enfants. Culturellement la sollicitude est associée au maternage, aux femmes ou a des catégories sociales, raciales, dévalorisées et méprisées, et en ce sens la sollicitude semble le lieu de l'aliénation et de la domination. L'enjeu social de la question de la sollicitude est-il conservateur ou émancipateur ? Il est conservateur s'il conduit à une naturalisation renforcée de la sollicitude : laissons cela aux femmes ! De rien, c'est tout naturel ! Pour Fabienne Brugère on peut sauver la sollicitude, cette bienveillance sans héroïsme indispensable à la vie ordinaire à deux niveaux distincts : sur le plan éthique, la sollicitude doit être revendiquée comme une éthique féministe à condition de passer d'une sollicitude subie à une sollicitude choisie, étendue au delà des assignations de genre. Les hommes pourraient également participer à la sollicitude. Sur le plan politique, la sollicitude doit coexister avec la justice. La justice repose sur des principes universels, abstraits, impartiaux. La sollicitude lui donnerait alors une chair sensible, une attention à la vulnérabilité concrète. La question de la sollicitude s'oppose en cela au mythe de l'individu libéral autonome et performant, en remettant au premier plan la référence au sujet relationnel.
16,20 €
Article indisponible
Livraison à partir de 0,01 €
-5 % Retrait en magasin avec la carte Mollat
en savoir plus

Résumé

Entre tradition philosophique française et discours féministe, cet essai présente la sollicitude des femmes comme le lieu même de leur aliénation, mais également comme un moyen de promouvoir davantage de justice sociale. ©Electre 2017

Quatrième de couverture

Qui prend soin des nouveau-nés, s'occupe des enfants et des personnes âgées, opte pour les métiers de service à la personne ? Des femmes. Qui, entre une activité professionnelle et des tâches domestiques et familiales, accomplit une double journée de travail ? Encore des femmes. Qui entreprend des démarches de réinsertion sociale, fait des courses, accompagne ? Toujours des femmes... Dès l'enfance, on nous enseigne que les femmes ont à faire avec le soin, la sollicitude : tout ce qui compose un imaginaire de mère bien-veillante et d'épouse attentive. La sollicitude aurait un sexe : toujours le même. Comment sortir de cette aliénation sans mettre en péril la démarche éthique du souci des autres ? Conjuguant les approches de la philosophie morale, des gender studies féministes américaines et les problèmes d'actualité, Fabienne Brugère montre ici, dans cet essai audacieux et généreux, comment penser à nouveaux frais la sollicitude : valeur aujourd'hui désertée, elle peut nous amener à davantage de justice sociale. Changer la vie, tout simplement !

Contenus Mollat en relation

Dossiers

T.S.M. saison 2008-2009

La librairie Mollat vous propose un nouveau cycle de conférences de TSM (Travail, Sexualités, Migrations) en partenariat avec le pôle société de l'équipe de recherche INS de l'UFR de philosophie de Bordeaux 3.

Fiche Technique

Paru le : 02/10/2008

Thématique : Textes des Philosophes

Auteur(s) : Auteur : Fabienne Brugère

Éditeur(s) : Seuil

Collection(s) : Non conforme

Série(s) : Non précisé.

ISBN : 2-02-091251-1

EAN13 : 9782020912518

Format : Non précisé.

Reliure : Broché

Pages : 183

Hauteur : 19 cm / Largeur : 13 cm

Épaisseur : 1,5 cm

Poids : 170 g