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Rentrée littéraire, ce qui v(n)ous attend en septembre

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Publié le 18/08/2003
Inflation éditoriale contenue et littératures étrangères sont au programme de la rentrée ; avec, bien entendu, la course aux prix d'automne...

Le raz-de-marée redouté n'aura pas lieu : les éditeurs ont su contenir une production dont l'augmentation quantitative des dernières années cachait mal une baisse de qualité.

La sanction du public peut-être… La saison 2002-2003 fut une saison de vaches maigres : un Goncourt confidentiel dépassant à peine les 70 000 exemplaires, peu de locomotives et une littérature française en perte de repères ont amené le public à bouder les best-sellers au grand dam des éditeurs. Ceux-ci en effet ont besoin de gros volumes de ventes pour rembourser des investissements toujours plus élevés (à valoirs versés aux auteurs, frais de publicité, frais de fabrication). Autant dire que la rentrée qui s'annonce et les prix d'automne ont été envisagés avec d'avantage de prudence que d'habitude. En outre, à force de parler de crise de l'édition romanesque, il a fallu envisager des solutions pour contenir une production qui atteignait les limites de ce qui est acceptable par les libraires en termes de quantités sans toutefois révéler de talents particuliers. Force était donc de tirer les conclusions de cette course à la production – " plus j'édite de livres plus j'ai de chance de sortir un chef d'œuvre " - et place à une politique d'édition centrée sur la qualité. Si augmentation il y a toutefois, elle est due à l'arrivée dans la cour des grands d'éditeurs qui n'avaient pas coutume de participer à la rentrée littéraire.

691 romans seront donc sur les tables de la librairie Mollat en septembre. Antoine Audouard, Frédéric Beigbeder, Renaud Camus, Iegor Gran, Eric Holder, Alix de Saint-André, Marc Trillard et Marie Darrieussecq, entre autres, tenteront de séduire critiques, libraires et lecteurs pour se faire une petite place au soleil de l'été indien. Si la part du roman français reste stable, les écrivains étrangers voient leur représentation augmenter. En revanche, les premiers romans et les essais littéraires sont les premières victimes du recentrage éditorial qui s'annonce. On publie en effet 13 premiers romans de moins cette année qu'en 2002.

Livres Hebdo, l'hebdomadaire professionnel des métiers du Livre, discerne plusieurs tendances lourdes dans le cru 2003. Littérature étrangère donc, mais aussi retour du roman populaire et des raconteurs d'histoires, tel Max Gallo qui publie une trilogie sur la Grande Guerre. A l'inverse, nombreux sont les textes brefs, dépassant à peine la centaine de pages. C'est une des tendances majeures de ces derniers mois, le lectorat français de ce début de siècle aime la littérature zapping : de courts textes, forts et denses, tels ces Effroyables jardins qui ont fait connaître Michel Quint ou, bien sûr, le Matin brun de Franck Pavloff qui reste la meilleure vente de l'année 2003. Sagas ou longues nouvelles se partageront les thèmes à la monde de l'automne. Après le "11 septembre", auto-fiction, romans à scandales, thèmes de société sont de retour dans les libraires, la littérature aurait, semble-t-il, envie de se colleter avec le monde réel. Renouer avec la réalité, c'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Du côté des étrangers, Plon attend beaucoup de Donna Tartt, la très remarquée auteure du Maître des illusions , énorme premier roman paru en 1993, revient après dix ans de silence avec Le petit copain qui fait beaucoup parler de lui outre-atlantique. Don DeLillo, fera aussi là une puisque Actes Sud publie son dernier opus, Cosmopolis. On pourra aussi lire le très ambitieux La Foire aux atrocités de J.G. Ballard qui paraît après trente ans d'écriture et de réécritures. Cette habituelle forte présence anglo-saxonne ne doit pas faire oublier toutes ces littératures que les français découvrent peu à peu. Les hispaniques, les italiens, quelques japonais, russes, allemands et israéliens espèrent aussi rencontrer leur public en France.

Une rentrée littéraire en France ne serait pas ce qu'elle est sans l'habituelle course aux récompenses dont l'arrivée se joue début Novembre. Cette année, l'enjeu est particulier puisque le Prix Goncourt fête son centenaire. Etre le Goncourt du centenaire est bien entendu une perspective alléchante pour de nombreux auteurs et éditeurs, les pointures sont donc au rendez-vous : Patrick Modiano, Daniel Boulanger, Michel Rio, Philippe Besson, Marc Trillard ou Lydie Salvayre porteront les espoirs de leurs éditeurs dans une lutte qui épuise d'ores et déjà les pronostiqueurs. En effet, à coté des traditionnels AlGalliGrasSeuil de saison, d'aucuns verraient bien l'Académie Goncourt se racheter une crédibilité en couronnant un éditeur indépendant. A suivre…

De l'habituel, du nouveau, du surprenant, de l'étonnant, des scandales annoncés, des surprises, des déceptions et, heureusement des découvertes feront de ces quelques jours de septembre un moment privilégié de l'année littéraire, pour notre plus grand plaisir et, bien sûr, pour le vôtre. Rendez-vous à l'automne…

Hugues de Domingo