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L'autobiographie aujourd'hui

Publié le 17/06/2004
Une appréciation toute personnelle d'un genre littéraire quasi immémorial.

L'autobiographie. Avez-vous un rayon autobiographie ? Cette demande surgit parfois dans la vie d'un libraire, il faut savoir que l'intérêt pour le genre n'est pas, le plus souvent, d'ordre littéraire. Tout le monde (hélas ?) a le droit d'écrire sa vie et, fort heureusement, il demeure des auteurs qui s'interrogent formellement sur la pratique de cet exercice banalisé à outrance.

L'exemplaire Michel Leiris
Cette année encore quelques auteurs se sont distingués en offrant audacieusement une lecture de leur vie à autrui. Nous pourrions placer ces écrivains sous le patronage de Michel Leiris pour la raison que l'on vient de lui ouvrir les portes de la Pléiade avec La règle du jeu, quatre livres réunis pour la première fois (Biffures, Fourbis, Fibrilles et Frêle bruit) qui représentent le grand oeuvre de l'écrivain. Cette entreprise échelonnée sur une trentaine d'année révéla un homme, certes fort connu et connaissant bien du monde, mais habité par un souci de vérité et d'exactitude exemplaire.Cette composition sinueuse, digressive et complexe renouvela pour longtemps cet art si difficile de bien parler de soi.

L'irrésistible Raymond Federman
Raymond Federman dont on avait déjà reconnu la formidable énergie délivrée dans La fourrure de ma tante Rachel est à nouveau, avec Quitte ou double, l'irrésistible chroniqueur de sa vie qu'il a maintes fois racontée, réinventée, poétisée et qui aboutit aujourd'hui à une fiction où se mêle le faux et le vrai, les rires et les larmes, le doux et l'amer, tout cela servi avec réjouissance. La verve de Ferderman qu'une destinée hors norme a poussé vers les chemins de l'avant garde, il fut le premier commentateur de Beckett aux Etats-Unis et Charlie Parker lui emprunta son saxophone, est une bouffée salvatrice pour la littérature, un précieux antidote aux témoignages misérabilistes de notre temps. L'homme, à quatre vingt ans passés, reste une découverte majeure pour la littérature dont il est encore temps de profiter.

L'errant Jean-Christophe Bailly
Intimiste et tenu par une pudeur sentimentale et intellectuelle, Jean-Christophe Bailly s'est plié à la demande de Colette Fellous comme l'ont fait J.M.G.Le Clézio, Claude Pontalis et Pierre Alechinsky avec des réussites diverses. Il s'est montré à l'image du titre donné à son livre, Tuiles détachées prônant alors des souvenirs errants dans l'espace et le temps, à la recherche d'une émotion perdue et d'une évolution soudaine logées dans les méandres de sa mémoire. Ainsi, l'Asie devint, au fil du livre, un indéniable aveu de fascination et d'influence pour cet homme doté d'une culture que l'on sent raisonnée et puissante.

Le tourbillonnant Alain Satgé
Homme de culture également, Alain Satgé n'avait rien écrit de littéraire jusque là. Son livre intitulé Tu n'écriras point, longtemps refoulé semble t-il, paraît de prime abord, volubile et généreux, tel un fleuve libéré s'élançant vers des chutes Niagaresques. Mais ce romancier débutant et tourbillonnant s'est néanmoins apaisé au fil de son récit et l'impétuosité de ses mémoires s'est ordonnée au fil des cartes postales de son village audois qui ornent l'entame de chacun de ses chapitres. Elles finiront, ces cartes, par déterminer la destinée d'Alain Satgé et de son livre où Marcel Proust se taille une place prépondérante comme s'il était devenu peu à peu un frère d'arme de l'auteur ou un frère de coeur à qui l'amour aurait joué des tours.

Mais faut-il avoir beaucoup vécu pour s'adonner à cette prétention autobiographique ? Non ! ont répondu certains. Et ils en ont détourné le sens et l'on redéfini. Dorénavant, nous aurions droit à de l'autofiction. Mais, outre les descendants de Serge Doubrovsky, l'initiateur du genre, on rencontre des jeunes gens très habiles pour parler d'eux même.

Grégoire Bouillier, le cavaleur, et la malicieuse Valérie Mréjen
De cette génération Grégoire Bouillier s'impose avec Rapport sur moi . Porté par un style souvent éblouissant, il circonscrit sa vie en cent soixante (petites) pages, une cavale en quelque sorte, une fuite en avant mais dont on reconnaît un évident talent.

Valérie Mréjen pourrait bien être la fiancée littéraire du jeune homme précité, son dernier (petit) livre finement nommé Eau sauvage poursuit son travail décapant d'analyste familiale avec l'idée, cette fois malicieuse, de consigner les paroles de son père et d'en constituer une forme de florilège où l'humour grince bien souvent.

Christophe Nicolas l'enquêteur
Parallèlement Christophe Nicolas, en écrivant Nom, prénom préconise une double lecture où la première partie nommée document donnerait le ton du récit fortement ébranlée par la deuxième partie nommée fiction . Quelle part donner à la vérité ? Ce jeune auteur a trouvé une signification nouvelle à l'autobiographie, il en aura pensé ses limites et sa part d'inconnu. Son père fut l'instigateur de ce livre et à partir du peu qu'il en savait, Christophe Nicolas a d'une part mené une enquête (imaginaire ?) et d'autre part inventé une situation (réelle ?) qui constituerait in fine une approche à peu près valable des souvenirs de quand il avait huit ans (ou neuf).

 

Et la théorie dans tout ça ?
L'oubli étant le reproche le plus fréquent lorsqu'on s'adonne à un sujet (y compris celui de la mémoire),nous allons nous acquitter définitivement de la critique en proposant toutes nos excuses à ceux qui aurait cru que nous citerions de façon exhaustive les auteurs qui s'adonnent ou ont pu s'adonner au penchant autobiographique. Nous simplifierons la question en conseillant les ouvrages de Philippe Lejeune qui se consacre depuis des années à l'étude de l'autobiographie. Son dernier livre Un journal à soi le présente comme le spécialiste de l'autobiographie en France et en Europe. Le pacte autobiographique, Cher cahier..., Le moi des demoiselles, Cher écran..., Les brouillons de soi sont autant de titres suffisament évocateurs pour inciter ou ne pas inciter à écrire sa vie. Cet universitaire a néanmoins une parfaite connaissance du sujet et de ce fait se trouve être incontournable.

François Boyer

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