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"L'école de Glasgow"

Publié le 28/01/2002
Pour l'Ecosse et les Ecossais

A Bordeaux, on se souvient de l'Ecosse et des Ecossais parce qu'ils sont venus en masse en 1998 pour cette fameuse coupe du monde. En tant que libraire, il y a moyen de conserver d'autres trés bons souvenirs et de les faire partager car l'Ecosse et les Ecossais n'ont pas fini de nous étonner.

Cela pourrait commencer avec la figure tutélaire d'Aldastair Gray qui secoua le cocotier d'une littérature endormie depuis les années où sir Walter Scott racontait quelques faits épiques de la vie de Lancelot. Gray fut une bouffée d'air comme l'Ecosse en détient du côté de ses lacs et de ses îles. Il raviva le genre de l'épopée mais nimbée d'une vision à la fois merveilleuse et inquiétante. Dans son livre au titre mystérieux de Lanark, l'amour prenait le pas sur les errances néanmoins captivantes d'un jeune homme à la vocation d'artiste. C'était superbe, brillant, audacieux. Un livre épais que certains déjà vouaient à une destinée de livre culte pour une génération qui se situait dans les années 80. En France, rien de cela ne nous était parvenu. Il faudra 20 ans pour traduire cette oeuvre initiatique du "nouveau roman" écossais.

Cependant l'école de Glasgow était née. James Kelman pouvait dès lors en devenir l'un de ses meilleurs porte-drapeaux avec l'immuable Poinçonneur Hines qui précéda de peu le livre de Gray en France.

Cet ouvrage reflétait quant à lui beaucoup mieux la vie écossaise, celle de Glasgow bien sûr. Les ratages sentimentaux et professionnels du Poinçonneur Hines pouvaient bien être les ratages de toute une société empêtrée dans un labyrinthe que l'ordre social confine plus à l'absurde qu'au confort moral et matériel qu'elle croit nous apporter.

Ainsi Kelman arrivait en France avec un quasi chef d'oeuvre de sensibilité et d'arrogance sur la condition ouvrière. Le voilà de retour ces jours-ci avec Le Mécontentement, programme finalement assez vaste pour un jeune prof en bute avec lui-même et ceux qui partagent sa profession. Ce roman confirme l'interêt de l'auteur pour les gens ordinaires mais avec le souci de les élever en nobles personnages de la littérature.

Mc Ilvanney en avait fait autant avec Docherty, traduit à la même époque mais écrit bien avant. Docherty avait une narration plus classique, au contraire des livres de Kelman dont on retint le désormais célèbre flux de conscience qui ne se souciait plus de distinguer les pensées intérieures des paroles extérieures. Tout était un mélange propre à la confusion qui régit nos vies lorsque celles-ci traversent des périodes de crises. L'oeuvre de Kelman peut se résumer à un grand travail sur crise intérieure comme extérieure. Passionante de bout en bout.

Ces figures de proue installées, Gray comme auteur culte, Kelman récompensé (Booker Prize 94), une génération nouvelle s'avança et connut le succès. Trainspotting d'Irvine Welsh fut la grande attraction des années 90. Le film autant que le livre souleva des montagne de fans et le vocabulaire prit une sérieuse claque à propos du comment-il-fallait-dire-ce-que-pensait-et-vivait-une-jeunesse. Welsh fut la face la plus visible de cet élan nouveau venu d'Ecosse et Alan Warner, sans aucun doute, sa face la plus talentueuse. En deux romans, il imposa le personnage d'une jeune femme particulièrement déjantée mais soumise également à des interrogations de l'ordre de la rédemption dans un décor de fin du monde. Morven Callar et Ces Terres démentes forment une fresque incontournable.

Plus sémillantes sont les aventures des Sopranos qui partirent à la conquête du monde en séchant leur concours de chant. Leurs réparties ne sont toujours pas piquées des vers.

L'Ecosse donc, à travers sa littérature, a trouvé un ton qui la situe dès lors parmi les nations les plus innovantes. Heureux les éditeurs qui nous l'ont fait découvrir, heureux les libraires qui l'ont reconnue et heureux les lecteurs qui s'y sont retrouvés. A Bordeaux du moins le message est passé.

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