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La rédemption par le polar... la suite

Publié le 23/08/2010
La suite de notre découverte des auteurs qui ont dansé avec le diable...

Richard Stratton est devenu écrivain grâce aux ateliers d'écriture organisés dans certains centres de détention aux Etas-Unis, purgeant une peine de huit ans pour trafic de cannabis dans un Quartier de haute-sécurité.L'Idole des camés, roman écrit au cours de son incarcération, encensé par Norman Mailer, est étonnant à plus d'un titre, car il semble réellement écrit de "l'extérieur" et on y décèle un véritable souffle de liberté ainsi qu'un relatif optimisme ! Bâti autour de l'arrestation d'une reine de la revente de drogue, ce roman dissèque à la fois le système judiciaire, avec ses lois exceptionnelles qui concernent le trafic de drogues, à l'instar de celles concernant le terrorisme, et l'univers carcéral américain (appréciez les formidables chapitres "de parloir", où l'avocat et la justiciable tombent amoureux...) sans omettre la manière dont les "milieux du spectacle" et la pègre se déchargent d'un maximum de crimes sur l'inculpée... La trajectoire de Richard Stratton est édifiante : depuis sa sortie, il se consacre entièrement à l'organisation d'ateliers d'écriture dans les prisons américaines.

En France, José Giovanni (né à Paris en 1933) est victime, après la Libération, de ses mauvaises fréquentations liées au " milieu ". Il est arrêté et incarcéré pour un délit de grand banditisme. Il échappe de peu à la peine de mort. Grâcié, réhabilité grâce à l'obstination de son père, il a 33 ans à sa sortie de prison. Il écrit alors son premier livreLe trou, récit d'une incarcération et d'une tentative d'évasion, où la nécessité de s'échapper tient autant du besoin de liberté que du défi à la société, publié à la Série Noire. Reste un grand roman ou souffle un vent d'amitié (virile) et de volonté de "s'en sortir", envers et contre tout, parfois au prix de ses compagnons de cellule... Dans la foulée, il signe trois autres titres :Classe tous risques,L'excommunié,Le deuxième souffle, qui relate l'évasion de Gu, truand qui s'englue à défendre sa réputation salie par un "commissaire vicelard". Reconnu comme écrivain, il va débuter une carrière au cinéma : en 1959, il assiste le réalisateur Jacques Becker dans l'adaptation de son roman Le trou, puis Claude Sautet pour Classe tous risques, Robert Enrico pour Les grandes gueules, Jean-Pierre Melville pour Le deuxième souffle… Il mène une double carrière d'écrivain et de scénariste dialoguiste avant de passer lui-même derrière la caméra, où il fera jouer les plus grands acteurs : ainsi Lino Ventura dans Dernier domicile connu, Jean-Paul Belmondo dans La scoumoune, Alain Delon, Jean Gabin et Michel Bouquet dans Deux hommes dans la ville, plaidoyer contre la peine de mort…

Alexandre Dumal (né à Nancy en 1949) est révélé par la Série Noire avecJe m'appelle reviens, récit très autobiographique où l'auteur montre un fort penchant, à son corps défendant, à effectuer de nombreux aller-retours en prison, au Mexique comme en France, pour des délits divers et variés. Il dévoile une série de portraits attachants d'une multitude de petits délinquants, aux trajectoires parallèles mais aux vies souvent différentes. En effet, on rencontre dans les prisons au moins deux types de détenus : certains tombent dans la délinquance à cause de leur environnement, d'autres, comme l'auteur, y voient une certaine forme de protestation et d'affirmation de leur idéologie. Ce livre est aussi une reflexion sur le "passage obligé" qu'est le monde du travail et montre que les voies alternatives sont fort peu évidentes (Pierre Carles et son Danger : travail ne sont pas loin) et explique en partie la détention du narrateur. La préface de Jean-Patrick Manchette, caution du roman noir, éclaire encore plus le lecteur sur sa manière de vivre ses idées.

Tout jeune, Abdel Hafed Benotman se fait remarquer comme délinquant récidiviste, arrêté pour chapardage, vol à la tire, il est enfermé dans un centre de détention pour mineurs, puis incarcéré en centrale pénitentiaire pour braquage à main armée, d'où il sort en 1999. De nationalité algérienne, sans papiers depuis le rendu de l'arrêté ministériel d'expulsion de 1996, son cas relève de la double peine. Sur ses nombreux écrits, trois ont déjà suscité l'intérêt des éditeurs : en France, les éditions Rivages ont publié en 2000Les forcenés , recueil de nouvelles au vitriol, véritable apnée dans l'horreur, où la folie, le sadisme et la violence sont à la mesure – ou plutôt démesure - du désespoir des personnages. Cette année a vu la publication, chez le même éditeur, deEboueur sur échafaud , mêlant autobiographie et fiction pour raconter l'histoire d'une famille algérienne dans les années 60 à Saint-Germain-des-Prés, dont chaque membre s'enfonce dans un sordide destin : folie, prostitution, prison. Deux pièces de théâtre sont parues aux éditions de l'Insomniaque réunies en un même volume dont l'une porte le titre évocateur deVomitif . Cette image reflète la rage qui habite cette écriture, Benotman vomit ses textes et le lecteur n'en sort pas indemne…

 

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