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Littérature : nos favoris d'automne (3)

Publié le 05/09/2006
La rentrée littéraire, ce sont près de 680 nouveaux romans qui arrivent sur les tables de la librairie. Les librairies ont donc lu pour vous, et élu leurs favoris.

 L'épave, Yves Ravey, Minuit
Qu'est-ce qu'on attend pour lire enfin, nombreux, cet auteur étonnant qui trace son sillon singulier dans la littérature française ? La France sans éclat dont il nous offre de curieux instantanés est le terrain de ses courts romans d'une perfidie subtile. Tout commence par une épingle à cheveux, un de ces virages mortels où se précipitent régulièrement quelques voitures transformées subitement en épaves. List le mécanicien désoeuvré du coin s'est fait une spécialité du pillage éhonté de ces sarcophages sinistres et temporaires, comptant sur le petit bénéfice à retirer de ce qui traîne dans un habitacle après quelques tonneaux. Les trois allemands qui ont trépassé dans l'accident lui laissent ainsi un petit trésor qu'il va faire fructifier auprès du grand-père venu sauver ce qu'il peut de sa famille détruite, lourd de sa culpabilité de n'avoir pas assez connu ces morts. Autour de ce thème sinistre qui frôle le roman noir, l'acide fin de Ravey se dépose insensiblement sur une histoire contrôlée au cordeau dont on taira les subtilités. Bref, il est temps de lire Ravey !

Le cri, Laurent Graff, Le Dilettante
Laurent Graff ne nous avait pas habitué à tant de mystère et nous surprend avec beaucoup de plaisir dans ce court roman dont la majeure partie de l'action se situe à un péage d'autoroute peu à peu déserté par les voitures de passage. Le héros, décidé à ne pas renoncer à sa répétitive besogne, constate avec inquiétude mais sans tourment excessif que la population est atteinte par un syndrome mortel : un cri (aussi terrible que la figure peinte par Munch) se répand qui anéantit peu à peu la planète en épargnant sans explication quelques uns qui assistent à l'extinction de la civilisation. On réservera aux curieux le ressort qui sous-tend ce récit habile à mettre en mots ce que la séparation ou l'absence peut avoir de douloureux, de choquant et d'aussi indicible que peut l'être un cri jeté à la face de la terre.

France, récit d'une enfance, Zahia Rahmani, Sabine Wespieser
La mère est en train de mourir et à son chevet, sa fille, celle à qui l'écriture a permis d'assumer haut sa liberté va nous raconter son enfance. Fille de harki, projeté dans une France où elle doit subir le rejet, la méfiance voire la haine des autres, entre un père brutal et une mère qui ne veut pas « s'assimiler ». On retrouve dans ce texte les belles qualités d'écriture de Z.R., une volonté affermie d'en découdre avec le passé de bonne foi, un souci vif de comprendre. Si la sincérité ne fait pas nécessairement les bons écrivains, le besoin de vérité peut parfois, comme ici, engendrer des textes lumineux et intenses.

L'amant en culottes courtes, Alain Fleischer, Seuil
On ne cachera pas avant de commencer cette brève notule que l'on tient Alain Fleischer pour l'un des tout premiers écrivains français du moment : l'œuvre importante qu'il bâtit depuis quelques années à peine s'affirme sous forme d'épais volumes où éclate son style unique et ses visions. Avec cet amant, il se livre (faut-il le croire ?) à l'exercice décrié (et souvent à raison tant il donne lieu à de l'étalage misérable et sans intérêt) de l'autobiographie, nous dévoilant le garçon qu'il fut au moment crucial de l'initiation amoureuse. Celle-ci aura lieu en Angleterre, au sein d'une famille supposée le faire progresser en anglais. Comme toujours avec Fleischer, il n'est pas question de retenue, de circonvolutions vaines mais d'un désir de tout comprendre, tout appréhender. Plus « proustien » que d'habitude, il cherche à épuiser son sujet pourtant inépuisable puisque le jeune garçon qui nous est raconté a 13 ans et s'il joue avec son avion en balsa il comprend que le désir irradiant qui l'envahit va changer sa vie pour toujours.

Julien Parme, Florian Zeller, Flammarion
Les tribulations d'un « adonaissant » qui se rêve écrivain. Un livre vif et drôle qui transcende les générations… puisque tout le monde y trouvera matière à sourire, quel que soit son âge (parents, offrez-le à vos grands enfants !...). Pas un chef-d'œuvre certes, juste une petite comédie qui trouvera son public aisément et qui s'en retournera gaiement aux oubliettes de la Littérature. Mais pour l'heure, pourquoi bouder son plaisir ?

Bon vent, Pascal Morin, Le Rouergue
Les livres sur le deuil de l'amour ne manquent pas tant ce thème paraît inépuisable : difficile donc de faire original et de prendre de la hauteur…C'est pourtant ce pari qu'a tenté P.Morin dont on avait beaucoup aimé L'eau du bain, en nous plongeant dans l'ambiance d'un stage de parapente où se retrouvent quelques désespérés incapables d'avouer ce qui les a conduits à courir de tels risques. Le narrateur du roman veut oublier Suzanne dont l'image le pourchasse : en apprivoisant sa peur, il va tenter de redonner un souffle à sa vie défaillante. Si le style n'est pas toujours à la hauteur et n'évite pas les clichés, l'auteur confirme son talent à creuser au plus caché des êtres.

L'emprise, Michelle Desbordes, Verdier
Magnifique évocation du passé, de la Sologne natale, de tout ce qui ne s'efface qu'à la mort des êtres, une émotion à fleur de page.

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