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Littérature : nos favoris d'automne (6)

Publié le 26/09/2006
La rentrée littéraire, ce sont près de 680 nouveaux romans qui arrivent sur les tables de la librairie. Les librairies ont donc lu pour vous, et élu leurs favoris.
Sture Dahlström, Je pense souvent à Louis- Ferdinand Céline, Serpent à plumes
Vous l'ignoriez (nous aussi..) ? La Beat generation a eu ses avatars jusqu'en Scandinavie et Sture Dahlström (1922-2001) que l'on découvre aujourd'hui en France en fut l'illustrateur dans son pays. Le court roman suivi de trois nouvelles qui nous est proposé nous permet de découvrir sa fantaisie et son univers. Le titre nous mettait déjà un peu sur la voie, mais quelques pages suffisent à nous immerger dans son délire : contrebassiste de jazz à la fin de la guerre, le héros découvre par hasard quelques lignes de Céline et c'est le choc. Quand il apprend que son nouveau héros est terré à Copenhague pour fuir la justice, son sang ne fait qu'un tour : il sera son sauveur. La suite mérite de n'être pas divulguée, il y sera question de jazz, de sonorité, de cochon, et de littérature un peu aussi. Un petit régal d'humour froid.

Stéphane Audeguy, Fils unique, Gallimard
Remédier à une négligence de l'Histoire, voilà le noble dessein entrepris par Stéphane Audeguy dans son second roman, Fils unique, auteur plus que remarqué pour son excellent La théorie des nuages qui nous avait enchanté. Roman à costumes, exercice de virtuosité, donc et piège absolu pour un écrivain attendu : écrire les mémoires apocryphes d'un personnage réel. Certes, de François Rousseau dont il est question, on ne sait quasiment rien : son frère, l'illustrissime Jean-Jacques ne l'évoque que trois fois dans ses Confessions. De quoi laisser à Audeguy champ libre pour sa fantaisie inspirée qui nous fait traverser le XVIII° siècle des Lumières par des chemins de traverses, du côté obscur, là où le plaisir peut prendre un aspect tragique, là où la vie peut se transformer en farce mystérieuse.

Pierre Charras, Bonne nuit, doux prince, Mercure de France
Un énième livre sur le père ? Sans doute et pourtant il faut l'écriture chatoyante de Pierre Charras, la fausse simplicité de son style pour qu'il nous séduise une fois encore, l' »air de rien » serait-on tenté de dire. Parce qu'il n'a pas su lui dire adieu, su combler ce silence installé entre eux, le père condamnant son fils, au nom d'une vision archaïque de ce qui se fait, à l'exil familial, parce que l'amour le plus silencieux est parfois le plus fort, il trouve la formule pour rendre hommage, rendre vie, rendre justice à cet homme simple qui l'a fait naître, lui qui rêvait d'un avenir pour son fils (ah le puissant sortilège que représentait le baccalauréat !..) et qui ne sût jamais trouver les mots d'amour que son fils aurait voulu entendre et qu'il a pourtant compris. Patient dans sa quête des origines, capable d'avouer les bonheurs même s'ils ont l'air sans relief, Charras comble l'absence définitive par ce Tombeau qui bouleverse car il ne triche pas.

Renzo Rosso, L'écharde, Autrement
C'est un roman au charme désuet, à l'écriture sophistiquée, parfois précieuse.
L'histoire d'un pianiste vieillissant qui après de nombreuses conquêtes souvent facilitées par sa notoriété, va tomber amoureux d'une élève à la personnalité mystérieuse.
Pour les nostalgiques d'une période révolue, celle où les écrivains n'avaient pas peur d'ennuyer leurs lecteurs avec les états d'âme d'une élite sociale qui s'adonnait sans vergogne à la paresse et la rêverie ! Savoureux ?

Laurent Quintreau, Marge brute, Denoël
Membre fondateur de la désormais mythique et éphémère revue Perpendiculaire, Laurent Quintreau arrive enfin au roman tout en continuant son travail d'artiste et en gagnant sa vie dans une grande entreprise, information point si anodine que cela puisque le bref texte qu'il nous propose est une descente dans les cercles de cet Enfer moderne qu'est pour certains l'Entreprise. Exploitant la technique du monologue intérieur, L.Quintreau dont les lauriers sont loin d'être coupés, nous fait faire le tour d'une table, celle qui réunit les membres d'un comité de direction dont nous allons découvrir la souvent immonde ou désastreuse ou triste (rien de très joyeux effectivement dans ce livre) vie cachée. De ces guerriers des temps nouveaux, un seul a renoncé à combattre, mais il faudra attendre la fin de ce roman, avoir traversé les névroses des uns, les folies des autres pour le découvrir.

Per Petterson, Pas facile de voler des chevaux, Gallimard
Trond Sander, retraité solitaire, s'est retiré loin du tout pour profiter d'une vie fruste. Presque par hasard il fait la connaissance de son voisin qu'il ne reconnaît pas tout de suite. C'est pourtant un personnage important de son adolescence et avec lui toute une période enfouie ressurgit, remettant à vif les cicatrices d'un été ancien. En ce temps-là, Trond avait quinze ans, son meilleur ami, aventureux, l'emmenait dans des expéditions exaltantes, jusqu'à ce jour particulier où le « vol des chevaux » auquel on se livre et qui n'est qu'une manière de jouer avec les animaux d'un voisin annonce la fin de l'innocence. Ce souvenir aigu qui va hanter Trond constitue le cœur brûlant de ce roman qui nous rappelle, une fois de plus, la finesse de cette littérature scandinave trop souvent boudée par les français et qui recèle pourtant de troublantes pépites comme celle-ci.

Jean-Eric Boulin, Supplément au roman national, Stock
Entre constat et anticipation, Jean-Eric Boulin nous offre une tranche de l'histoire sociale et politique de la France, jusqu'aux élections présidentielles de 2007.
Il nous invite de force à suivre le parcours et le devenir de plusieurs personnages et à plonger avec eux dans une société sombre et crue, rongée par la peur de l'immigration, par l'argent (en avoir ou pas), le paraître et le pouvoir.
C'est par l'usage du « vous » que l'auteur nous rend autant acteur que spectateur, nous crache au visage notre responsabilité dans les événements qui auront lieu. Nous sommes bien forcés de reconnaître la vérité et la réalité (même si l'environnement reste très parisien ou du moins citadin) dans ces personnages et cette description égrenée au moyen de phrases courtes et percutantes, parfois enchaînées comme des tirs de mitraillette. Par le dénouement des élections présidentielles, l'auteur nous pousse à sortir la tête de notre peur, à regarder et à bien réfléchir sur notre futur choix citoyen.

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