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Mexico, Mexico !

Publié le 09/03/2009
Un drapeau mexicain flotte dans la rue Vital-Carles, c'est celui du consulat de ce pays dont nous avons appris à aimer les couleurs et la littérature. Et si le Salon du Livre de Paris qui se déroule du 13 au 18 mars 2009 le met à l'honneur, voilà une belle raison de nous y intéresser.
Nous aurons droit, c'est sûr, et nous-mêmes n'y échapperons pas, à tous les clichés sur ce grand pays célèbre et inconnu : c'est ainsi, le Mexique fait rêver et véhicule des clichés qui ont la peau dure, et ce ne seront pas les orchestres trompettants du prochain Salon du Livre qui les démentiront. Durant une semaine, la porte de Versailles vibrera aux trois couleurs de ce pays si riche en écrivains et malgré tout si pauvre en lecteurs. Le gouvernement n'a pas mégoté sur ses aides, distribuant généreusement des subventions pour qu'on découvre enfin des écrivains recalés à nos portes. Quarante ont donc été retenus, accompagnés par des professionnels du monde du livre et à eux tous ils représenteront l'étonnante diversité de cette culture (quoique pour les indiens, ce ne soit pas la bousculade...).

Loin de nous l'idée de réussir en peu de place à donner toute sa dimension à cette littérature, néanmoins nous pourrons retenir quelques aspects. Comme le soulignait Philippe Ollé-Laprune, auteur d'une passionnante anthologie, face à une tradition de l'oralité, l'écriture fut pour les Espagnols un instrument de domination dès le début de leur présence. Etonnamment le premier grand écrivain est une femme, soeur Juana Ines de La Cruz, morte en 1695 après avoir soulevé un grand scandale. Et si l'on aurait du mal à citer de grands noms pour les siècles qui suivent c'est pour mieux exploser à partir de la Révolution de 1910 avec l'apparition d'une forme romanesque vive qui est à la fois populaire et recherchée, et va conduire au grand Juan Rulfo qui en deux livres seulement (Le llano en flammes et Pedro Paramo) bouleverse tout le continent latin avant de se taire (il prétendra ensuite que c'est son oncle qui écrivait ses livres...). Se tournant vers les considérations sociales, les zones déshéritées, les tremblements politiques, la littérature gagne en épaisseur, avec notamment Arreola, trop peu connu chez nous alors qu'il vécut et fut très actif à Paris, et s'exporte enfin, quoique modestement. Issus de la terre, ils parviennent à ce miracle que résumera plus tard Miguel Torga en parlant de ce « local sans les murs » qui devient universel. A l'inverse, Carlos Fuentes, qui sera bien entendu la figure tutélaire du Salon, lui qui a droit depuis si longtemps à des rumeurs de Prix Nobel, et Octavio Paz, son « ennemi intime » sont des intellectuels, diplomates et voyageurs qui attirent vers leur pays les découvertes qu'il ont faites ailleurs. L'un occupe les rayonnages du rayon romans, l'autre se taille une place de choix dans celui des poètes et des essayistes. L'un est un raconteur qui a choisi l'ampleur, l'autre a été proche des surréalistes et notamment de Breton. Son pays, il ne le raconte pas, il l'analyse, comme dans son plus célèbre ouvrage Le Labyrinthe de la solitude où il se propose de mettre à jour l'Etre Mexicain. Le romancier, de son côté, connait un succès précoce avec La plus limpide région qu'il confirmera avec un livre ultra célèbre La mort d'Artemio Cruz. Inévitablement ces deux amis s'affronteront allègrement, instrumentalisant à leur gré les animateurs de revues qu'ils inspirent. D'autant que chacun a des positions politiques marquées en des temps où l'idéologie règne sur les Lettres et qu'ils deviennent des symboles.
S'ils planent au-dessus des autres du fait de la stature internationale qui est la leur, ils permettent néanmoins l'apparition d'une nouvelle vague d'auteurs qui vont faire entrer le Mexique dans la modernité. José Emilio Pacheco, très peu connu chez nous, malgré l'intense travail des éditions La Différence, impose sa mélancolie de poète dans des récits élégants. Augusto Monterroso, enfin édité chez nous, est extrêmement connu de ses pairs et possède ce don d'être à l'aise dans tous les genres et de manier une ironie exceptionnelle : Mouvement perpétuel traduit chez l'excellente et courageuse maison Passage du Nord-Ouest (que nous mettons actuellement en avant dans la librairie) en est la preuve brève et subtile. Avec son nom basque, Jorge Ibargüengoitia impose sa noirceur et inaugure un nouveau genre chez lui ; il disparaît de façon précoce sans avoir pu donner de l'ampleur à une oeuvre qui promettait de grandes richesses.
Plus engagé, José Revueltas écrit des récits percutants qui lui valent une place à part. On sait gré aux intelligents Fondeurs de brique d'avoir remis dans la lumière deux de ses livres.
Fernando del Paso, récompensé il y a deux ans par un prestigieux prix d'Amérique Latine, connaît un temps un fort succès chez nous avec son Nouvelles de l'Empire, fort gros roman qui s'inspirent de la dimension historique trop souvent négligée chez les contemporains. Sergio Pitol que nous avons eu la chance de recevoir l'an dernier bien qu'il soit très diminué par la maladie, connaît enfin, quoique tardivement une consécration dans son pays et dans le monde qu'il a bien connu dans sa première existence et qu'il se remémore désormais dans un style très personnel.
Bien entendu, ce choix est très rapide et oublie sans doute des figures importantes car nous nous tournons d'abord vers les auteurs que l'on peut lire en français. C'est en tout cas la preuve d'une vitalité constante. Nous vous parlerons un peu plus tard de ceux qui font l'actualité.


Pour en savoir plus :

mexique-livre.com : le site officiel du Mexique à Paris

salondulivredeparis.com : le site officiel du Salon du Livre 2009




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