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Pinter, le Messager est parti

Publié le 26/12/2008
Le dramaturge anglais, Prix Nobel de littérature en 2005, est mort le soir de Noël. Il avait 78 ans.
Il a accepté tous les honneurs et, le jour de la remise du prix, du haut de l'estrade, il invectivait ses laudateurs. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Harold Pinter n'a jamais ciré de souliers, sinon les siens et au sens propre. Le dramaturge anglais, âgé de 78 ans, est mort du cancer de l'œsophage qui le rongeait depuis le début de la décennie.

Il est des intellectuels que l'on dit irréductibles. Quel que soit leur âge, leur niveau de reconnaissance ou leur fortune, ils mettent leur art et leur destin au-dessus de tout. Harold Pinter était de ceux-là. Dramaturge poète, critique, scénariste, comédien et polémiste acharné, il a habité le demi-siècle anglais en conscience tiraillante des non-dits familiaux, de la critique sociale et, sur la fin de sa vie, politique.

Ce fils d'un tailleur pour dames juif, né en 1930 à Londres, connaît à la fois la guerre et ses bombardements et de cruelles manifestations d'antisémitisme. Il fera d'ailleurs de ces expériences des éléments fondateurs de son art dramatique. Après des études littéraires, il entame une carrière de comédien sous le nom de David Baron.
C'est en 1957 qu'est jouée sa première pièce, The Room, dans la plus totale indifférence, comme le sera l'année suivante L'Anniversaire. Mais en 1960, Le Gardien, son troisième opus, connaît un grand succès à Londres et L'Anniversaire est repris pour de nombreuses représentations. C'est ainsi que débute la carrière d'Harold Pinter. Alternant œuvres dramatiques et poésie, il va être l'une des pierres angulaires de la nouvelle scène littéraire Anglaise, ce groupe que l'on nommera plus tard les angry young men. Polémique, critique, inquiétant et volontiers absurde, le style Pinter pourrait se rapprocher de celui de Samuel Beckett. Toutefois, chez l'auteur anglais, les situations d'origine sont en général des faits quotidiens des plus ordinaires. Des huis-clos souvent habités de personnages imprévisibles qui font déraper une action que l'on croyait prévisible. Sa phrase courte, acide et syncopée, peut s'étendre en longs monologues oniriques puis retrouver son rythme initial. La langue est celle de tous les jours, mêlée de mots d'argot et d'humour.

Ce grand dialoguiste verra ses qualités reconnues par le cinéma, notamment par Josef Losey qui fera appel à lui à trois reprises pour quelques uns de ses plus grands films : The Servant (1962), Accident (1967) et The Go-Between (1970). Il est également l'auteur d'une adaptation pour le cinéma d'A la recherche du temps perdu qui ne verra jamais le jour, Joseph Losey devant renoncer à ce projet qui lui tenait pourtant à cœur.

A compter des années 80, Harold Pinter, célèbre, consacré, décoré et anobli, entre dans la carrière politique en consacrant plusieurs articles et interviews à une virulente critique du thatcherisme et de ses dérives. Le démon de la Polis ne le quittera plus et sa verve acide fera plus d'une fois les délices des commentateurs politiques, en particulier lors de l'engagement du Royaume-Uni aux côtés des USA dans la seconde guerre d'Irak envers lequel il sera très critique.

Quelques temps auparavant, il annonce souffrir d'un cancer de l'œsophage qui diminue gravement ses capacités physiques. En 2005, il se voit décerner le Prix Nobel de littérature mais doit renoncer à se rendre à Oslo où la récompense devait lui être remise. Seul un courrier fera le voyage, une lettre virulente lue à la tribune, dénonçant la guerre en Irak, l'incurie et la sottise des gouvernants anglais en place et critiquant le Nouvel ordre mondial.

Auteur de près de 45 œuvres, dramatiques, de nombreux poèmes et d'une quinzaine d'œuvres en prose, Harold Pinter a toujours été une « nuisance publique permanente, un questionneur de vérités établies, à la fois dans son art et dans sa vie. En fait, les deux ont constamment interagi. » (Michael Billington). Il nous manque déjà.


Sources : Wikipedia, haroldpinter.org
Image : © Ivan Kyncl
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