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Vendanges littéraires (4)

Publié le 19/09/2003
Parmi les quelques 700 romans parus en ces mois d'automne, certains, évidemment, se détachent du lot. Isabelle, Martine, François et David, libraires du rayon Littérature, ont lu et choisi pour vous...

Nom, prénom
Christophe Nicolas, Seuil

Christophe Nicolas sort de l'anonymat avec ce livre plutôt remarqué dans les différents journaux qui ont couvert la rentrée littéraire, on verra plus tard si la curiosité qu'il suscite s'étend jusqu'à ses précédents livres mais gageons qu'il continuera de surprendre ceux qui l'auront découvert à travers ce roman. Roman ? pas si sûr, la première partie nommée "document" tient à une sorte de confession sur les années passées à retrouver un père, à fouiller les lieux qu'il aurait fréquenté, des bars, des trottoirs, des immeubles à la périphérie d'une ville. Que ce père soit allé pour toujours vers une autre vie après de brèves apparitions dictées par l'urgence et nous voilà au seuil de cette deuxième partie, certainement supérieure, intitulée "fiction".

Le jeune adolescent qui désormais prend possession du livre apporte soudainement une tension nouvelle, nous suivons avec fascination l'imperceptible désordre qui va peu à peu s'immiscer dans sa vie qu'il nous décrit par ailleurs comme quasiment parfaite. Une froideur mécanique aiguille toutes les pensées du jeune homme qui prend un plaisir certain à dérégler de son propre chef ce quotidien tellement confortable que lui ont apporté dès la naissance ses parents. Mais un incident majeur se produit, comme un boomerang revient l'absence du père et c'est en rôdeur que l'enfant reviendra hanter cette luxueuse maison, son foyer dès lors inoccupé. L'adolescence jusque là sabordée par l'ennui se transforme alors en statut clandestin et nous offre un regard magistral sur les conséquences de la disparition d'un père. Christophe Nicolas est à ce moment-là, au plus fort de sa logique, un très grand écrivain.

François Boyer

 

Radeau
Antoine Choplin, La Fosse aux ours

Délicatement, fermer ce livre en prenant soin que les mots soient dejà secs. Le roman d'Antoine Choplin est très émouvant.

Nous sommes en 1940, un jeune homme, Louis, quitte Paris en voiture à destination de Périgueux. Il croise alors le destin de Sarah, une jeune femme au ventre rond qui marche au bord de la route quelque part vers le sud. Ensemble, ils vont continuer leur route avec pour mission de protéger des toiles dont le radeau de la méduse.

Tout en restituant en arrièrre plan les evènements noirs que l'on sait et grâce à sa palette de mots, l'auteur nous laisse au final une très joli roman.

Isabelle Bossard

 

Retour d'Uruguay
Pascale Kramer, Mercure de France

Pascale Kramer est sans conteste une grande créatrice, on peut en juger ne serait-ce que par son art de tisser dans ses livres une atmosphère si particulière que les seuls adjectifs pouvant la définir s'apparenteraient obligatoirement à la notion de mystère mais il faudrait encore souligner l'aspect très charnel qui sous-tend chacune de ses phrases comme si ses personnages en l'occurrence de "Retour d'Uruguay" joueraient imperceptiblement avec nos sens au point que non seulement nous pourrions les voir ou bien les entendre mais encore, par instants, les sentir et peut-être les toucher.

Mené comme une enquête par un narrateur aussi sensible que discret, ce roman aborde les contrées de la douleur familiale et du secret partagé, thèmes déjà explorés mais différemment avec le très beau "Les vivants." Une famille donc, mais encore faudrait-il parvenir à percer le silence qui cloisonne tous ses membres et au premier chef, l'inoubliable Nina, la plus jeune, admirablement perçue aux différents âges de son enfance. Le narrateur, aimanté par son sujet d'étude jusqu'à louer une chambre juste au-dessus de l'appartement de cette intrigante tribu "uruguayenne", ne cesse, comme le lecteur, de suspendre son jugement mais lentement, nous sentons l'effroyable prendre forme. Celui-ci ne se révélera jamais entièrement car la plus grande qualité des livres de Pascale Kramer est qu'ils ne contiennent nulle sentence, nul verdict ce qui ne les empêchent pas de laisser au demeurant un souvenir impérissable.

F.B.

 

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