Un coup de coeur de Matis D.
"C'est que vous aurez certainement perdu conscience en mourant, et je doute fort que vous reveniez à vous avant un très long temps."
Roald Dahl - Kiss Kiss
Quand il est lieu de moquerie, de méchanceté et d'humour mesquin, la littérature anglaise semble toute trouvée. Jamais rageur, toujours acide et narquois, le flegme britannique ne semble jamais s'émousser tant il continue de couper, de trancher coûte que coûte, qu'il soit couché sur papier, gravé sur CD ou capturé sur pellicule.
Et si la liste des prétendants à la couronne du plus moqueur semble infinie outre-Manche, Roald Dahl reste un prétendant des plus sérieux.
Peut-être avez-vous lu, à vous ou à un enfant chanceux, les textes jeunesse de l'auteur : James et la pêche géante, Matilda, Sacrées sorcières ou Charlie et la chocolaterie, autant de livres cultes, traduits et retraduits, adaptés et réécrits. On en vient presque à oublier les débuts nouvellistes de l'auteur, qui publiait ses premiers écrits dans les colonnes du New Yorker tout au long des années 1960, ce qui donnera lieu à la publication de recueils de nouvelles, dont Kiss Kiss, le premier en date, est peut-être le témoin le plus frappant du charme de l'auteur.
Savoir parler aux enfants, c'est savoir parler aux adultes. Chez Dahl, ce qui lie les deux âges, c'est justement ce goût prononcé pour la cruauté, la moquerie. Journaliste de formation, ses nouvelles pour adulte sont autant de réactions, de portraits souvent peu flatteurs de la société anglaise de l'après-guerre. La technologie est invasive, les moeurs rétrogrades et passéistes, le mariage la prison de la femme et le travail l'obsession de l'homme démissionaire. Dans ce monde en pleine mutation, entre deux époques, le fantastique n'est jamais loin, et le conte vient souvent se mélanger à la satire, rappeler à l'ordre le sérieux du monde moderne. Dans Kiss Kiss, on rit, des autres surtout, de l'époque souvent, et de l'injonction au sérieux. En refus de l'époque agélaste, Roald Dahl et Kiss Kiss sont des remèdes certains, à emporter cet été sans faire attention à la posologie.