“Drapée dans une virilité toute romaine, [la République] s'accommodait fort bien d’une division sexuelle des rôles et des espaces”. (Michelle Perrot)
La République française a abrité pendant longtemps une aberration juridique et politique. Avant l’extension du droit de vote à toutes les femmes ayant la nationalité française en 1944, et son application l’année suivante, ces dernières ne pouvaient ni voter ni être élues. Pour autant, rien ne les empêchait de se présenter, et certaines n’ont pas attendu d’en avoir le droit pour le faire.
La première fois eut lieu lors des élections municipales de 1925. Elles ont été quelques-unes à parvenir à se faire élire. Ces candidatures ont été encouragées par le premier parti ouvrier de l’époque, le Parti communiste français, honorant les consignes données par Clara Zetkin. Ce soutien répondait autant d’une stratégie électorale que d’une position politique : acquérir le soutien des “masses féminines”, en plus de vouloir “démasquer la social-démocratie”.
Joséphine Pencalet (1886-1972) fut l’une de ces élues. Cette sardinière bretonne de Douarnenez avait participé à la glorieuse grève des Penn Sardines de novembre 1924, qualifiée de “belle grève de femmes”. Les conditions précises de sa désignation comme candidate sur la liste communiste de Douarnenez ne sont pas connues. En revanche, on sait qu’elle s’est portée volontaire et que son engagement syndical, son statut ouvrier et son veuvage ont joué un rôle décisif. Son élection fut rapidement annulée par le conseil d’Etat. Pencalet s’éclipsa ensuite du politique sans jamais, pour autant, renier son camp politique. Elle devint une figure emblématique de l’identité “douarneniste” avant que son nom émerge de nouveau et soit intégré à des enjeux de mémoire militante et nationale.
Cette enquête fabuleuse menée par l’historienne Fanny Bugnon retrace la vie de Joséphine Pencalet, de son enfance à sa vie après l’élection. Née entre les embruns et les zones industrielles, sa vie raconte l’ordinaire de sa condition, derrière les deux évènements exceptionnels auxquels elle a pris part. Soutenu par une rigueur méthodologique, le livre pose un regard sensible sur les luttes, les choix et les événements qui ont façonné sa vie.