Le 11 mai 1944, la 11e compagnie du 95e régiment de sécurité de la Wehrmacht est déplacée d'Ussel à Saint-Flour. Un étau répressif s'installe alors sur la ville, place importante pour la Résistance, très active dans la région. La ville devient vite le théâtre de l'opposition, entre arrestation des résistants le jour et enlèvements des collabos la nuit. Grégoire Kauffmann nous livre le quotidien pesant de ces habitants, dans un récit immersif et captivant, pour mettre en lumière ce climat d'insécurité et de méfiance qui a pu se développer pendant des années au sein d'une ville traumatisée par la guerre. Pour cela, l'historien remonte le fil de l'affaire Albouy. En 1983, le GIGN fait sauter la porte d'une habitation de la montée des Roches. À l'intérieur vit recluse Esther Albouy, avec son frère et le cadavre d'un autre plus âgé, décédé depuis plusieurs années...
À Saint-Flour comme dans beaucoup de villes en France entre 1944 et 1945 à la Libération, des femmes sont traînées en place publique pour subir le châtiment de leur collaboration. Une mise en scène expiatoire, un "mal nécessaire" pour réaffirmer la domination perdue et marquer leur exclusion de la communauté. Esther Albouy, est l'une de ces femmes, accusée, guère aimée, caractérielle, vue comme une "fille à problèmes". Et dans une petite ville, on le sait, dès que quelqu'un commence à faire des histoires, les rumeurs vont bon train. Pendant l'Occupation, elle travaille au PTT, épicentre du réseau d'informations. De là naissent des soupçons, des suspicions autour d'Esther où compromis et collaboration s'entremêlent. Le cas Albouy est une de ces énigmes d'après-guerre où l'on ne sait plus démêler le vrai du faux, une affaire marquée par les distorsions de la mémoire. L'historien nous emporte au cœur de son enquête minutieuse et essaie de comprendre les rouages du tribunal populaire.
Grégoire Kauffmann tente de répondre à une question tout au long du livre, celle que tout Saint-Flour s'est posée pendant des années : "Esther Albouy a-t-elle jamais été vue, oui ou non, en compagnie d'un soldat allemand ?" Comment peut-on fonder des soupçons si graves avec si peu d'éléments, avec l'appui de dépositions approximatives ? L'impopularité et le mauvais caractère ne sont pourtant pas des preuves de trahison... Pourtant elle subira année après année l'humiliation, la condamnation, l'exil et l'expulsion.