Après la Calude de Christophe Nicolas paru chez Argyll éditions : Quand la maladie de la Calude arrive, l’effondrement de la civilisation survient. Une fois malade, la population s’entretue mais ceux qui ont tué s’ôtent la vie, rongés par la culpabilité. Vingt ans après, les crimes et les meurtres n’existent plus, nettoyés par la folie meurtrière de la Calude. Thierry, réfugié dans une petite bourgade des Cévennes, vit au sein d’une communauté soudée qui survit grâce à leur entraide constante depuis l’apparition de la maladie. Mais quand un crime est commis au sein du village, le doute et l’animosité s'installent dans la communauté. En effet, aucun deuxième corps n’a été retrouvé, pourtant, la Calude empêche quiconque de vivre avec ce fardeau, alors que s’est-il vraiment passé ?
Thierry, ancien auteur de romain policier, entame une enquête et tente de tout faire pour sauver sa communauté. Un texte à la croisée des genres, entre post-apocalyptique, polar et roman social, qui questionne particulièrement la violence de notre monde. Christophe Nicolas imagine une manière de faire société autrement après une catastrophe planétaire, il prouve combien l’utopie peut être précaire et s’interroge sur ce que peut l’art dans un monde où la survie est rude.
Qu’est-ce que la psychanalyse peut apporter sur la question du masculinisme ?
Joseph Agostini, psychologue clinicien et psychanalyste, a décidé de s’attaquer à une mouvance qui n’est pas aussi récente que l’on ne pense. C’est d’abord au gré des séances avec ses patients que la question lui est venue : plusieurs hommes, jeunes ou moins jeunes, se définissent comme masculinistes et revendiquent une virilité forte. Mais d’où vient ce besoin de supériorité, d'asseoir son autorité sur l’autre ?
Le psychanalyste décortique ces personnalités qui se revendiquent surpuissantes et détentrices de la vérité sur le monde, spécifiquement sur les femmes et l’argent. Ce qui les différencie du reste de la population, c’est la « red pill ». Cette métaphore, très véhiculée dans la sphère masculiniste, renvoie au film Matrix dans lequel Neo doit faire un choix : accéder à la vérité ou rester dans l’ignorance.
L’auteur analyse le masculiniste dès la naissance. Il dépeint le lien entre l’enfant et sa mère, menant à l’identification du fils à ses parents. L’identification, selon Freud, passe d’abord par la mère ; puis, une fois que l'enfant grandit et remarque que les codes diffèrent en fonction des sexes, il s'identifie au père. Mais une identification trop forte ou trop soudaine peut dériver vers des pulsions, vers un narcissisme exacerbé.
Enfin, Joseph Agostini dépeint les dérives et les conséquences de ces mouvements antiféministes, notamment l’impact sur les incels, ces hommes qui se considèrent comme « célibataires involontaires » et exclus par les femmes. Ces derniers suivent des influenceurs tels que Le Raptor, Alex Hitchens ou encore Papacito, qui leur donnent la marche à suivre pour être un « vrai homme ».
Cet essai approfondit le portrait de ces hommes qui exercent une domination symbolique sur l’autre pour se définir. Il étaye leurs liens avec la politique, les femmes, leur mère ou encore l’argent.
Un constat indispensable quand on sait qu'en 2024, 37 % des hommes se sentaient menacés par le féminisme et jugeaient que les évolutions de ce genre allaient trop loin.
Éffaçant la distance que l’historienne doit mettre face à l’histoire qu’elle raconte, Mona Ozouf décide ici de livrer son enfance, de l’analyser au prisme des enjeux de l’histoire contemporaine française. Elle a en effet saisi l’incroyable valeur heuristique d’une telle démarche tant son enfance dit beaucoup du croisement des traditions, des valeurs, des croyances et des idéaux qui parcourent la société française depuis la Révolution dont elle deviendra l’une des plus éminentes spécialistes.
Mona va passer son enfance dans le « palais scolaire » de Plouha, un « gros bourg » situé non loin de Paimpol, où sa mère officie dans l’idéal républicain. Son père est mort alors qu’elle n’a que quatre ans mais l’ombre de ce fervent défenseur de la langue bretonne va continuer à planer sur la famille. Mona va donc passer son enfance auprès de sa mère et de sa grand-mère qui représente alors à la maison la Bretagne et ses traditions pluriséculaires.
De ce décor, Mona Ozouf décrit ce qu’elle appelle « trois pèlerinages », trois croyances qui fondent sa « tradition », « une voix presque mienne » comme elle le dit en reprenant les mots de Paul Thorez : la foi bretonne de la maison, la foi chrétienne de l’église, la foi de l’école dans la raison républicaine. De ce mélange de croyances et de valeurs, Mona Ozouf tire des questionnements sur le républicanisme, les particularismes locaux, l’universel et tente de comprendre comment une composition française « heureuse » est possible.
Telle une peintre ayant le souci d’équilibrer son œuvre en jouant avec les couleurs et les contrastes, Mona Ozouf dresse ici une composition française très instructive sur notre histoire contemporaine. Avec une plume somptueuse et une grande rigueur historique, elle livre bien plus qu’un simple récit personnel, c’est l’enfance de la France républicaine qu’elle décrit.
Dans ce court essai à quatre mains, Augustin Berque et Damien Deville dialoguent à la frontière entre la philosophie et la géographie autour de la relation de l’homme à son milieu. Partant du constat que la géographie a été pendant trop longtemps simplement une « science des lieux », les deux chercheurs rappellent que c’est aussi une « science des liens ». Loin de la géographie positiviste des statistiques, des modélisations quantitatives et des représentations spatiales, les deux chercheurs défendent une compréhension des territoires dans leurs singularités et dans leurs relations symboliques.
Naviguant à travers différents concepts – écoumène, déterrestration, convivialisme – sans pour autant perdre en clarté et en simplicité, les deux géographes nous offrent des clés pour regarder notre vie sur Terre de manière plus durable et sensible. Ils confrontent leur terrain de recherche, la France pour Damien Deville, le Japon pour Augustin Berque. Ils mettent ainsi en relief des différences de paradigmes entre ces deux sociétés dans leur rapport avec leur milieu marqué tout autant l’une que l’autre par la modernité occidentale. Différences qui se perçoivent aussi bien dans les films de Hayao Miyasaki que dans la pensée du philosophe Kitarô Nishida (1875-1945) et qui apporte des pistes de réflexion pour repenser l’action politique au Japon, en France et plus largement dans le monde.
À contre-courant de concepts centralisateurs comme le fameux « Paris et le désert français » de J-F. Gravier (1947) ou la « France périphérique » de C. Guilluy (2014) qui ont influencé des décennies de politiques publiques, Augustin Berque et Damien Deville défendent un retour aux « espaces vécus et aux relations de proximité » dans ce qu’ils appellent un « convivialisme républicain ».
Par sa richesse conceptuelle et sa volonté de confronter les modèles, cet essai offre au lecteur la possibilité d’être le troisième protagoniste du dialogue en l’invitant à penser son rapport à son milieu et à l’impact de la modernité sur sa vie.