Au cœur de son enquête, des institutions internationales comme le WWF, l’UNESCO ou encore l’UICN. Sous couvert de protection environnementale, ces acteurs participent, selon l’auteur, à une entreprise de déshumanisation de certains territoires africains : création de parcs naturels, interdiction des pratiques agricoles, expulsions de populations installées de longue date. Les habitants deviennent alors des intrus sur leurs propres terres, accusés d’être les destructeurs d’une nature qu’ils ont pourtant façonnée et préservée.
À travers l’exemple précis de l’Éthiopie (du règne de Ménélik II à celui de Haïlé Sélassié) Guillaume Blanc retrace cette histoire. Dès les années 1960, des experts occidentaux, comme Leslie Brown, identifient des espaces à sanctuariser. En 1966, les premières expulsions ont lieu. Puis, dans les années 1970, l’Éthiopie est vendue au monde comme un sanctuaire de “nature vierge”, au moment même où ses habitants en sont dépossédés. Cette fiction écologique se heurte pourtant à la réalité : famines meurtrières, conflits, et luttes persistantes des populations pour continuer à habiter et reconstruire leurs villages, notamment dans des espaces comme le parc du Simien.
Là où le colonialisme d’hier se fondait sur des arguments raciaux, celui d’aujourd’hui s’appuie sur un discours écologique. Il s’agit désormais de “sauver l’Afrique des Africains”, au nom d’un idéal occidental. Derrière ce fantasme se cache une quête d'Eden, un lieu que l’Occident, ayant largement détruit ses propres écosystèmes, projette ailleurs...
L’invention du colonialisme vert rappelle que protéger la nature ne peut se faire sans justice et que les véritables équilibres écologiques passent aussi par la reconnaissance de celles et ceux qui vivent avec et en dépendent.