Dans ce court essai à quatre mains, Augustin Berque et Damien Deville dialoguent à la frontière entre la philosophie et la géographie autour de la relation de l’homme à son milieu. Partant du constat que la géographie a été pendant trop longtemps simplement une « science des lieux », les deux chercheurs rappellent que c’est aussi une « science des liens ». Loin de la géographie positiviste des statistiques, des modélisations quantitatives et des représentations spatiales, les deux chercheurs défendent une compréhension des territoires dans leurs singularités et dans leurs relations symboliques.
Naviguant à travers différents concepts – écoumène, déterrestration, convivialisme – sans pour autant perdre en clarté et en simplicité, les deux géographes nous offrent des clés pour regarder notre vie sur Terre de manière plus durable et sensible. Ils confrontent leur terrain de recherche, la France pour Damien Deville, le Japon pour Augustin Berque. Ils mettent ainsi en relief des différences de paradigmes entre ces deux sociétés dans leur rapport avec leur milieu marqué tout autant l’une que l’autre par la modernité occidentale. Différences qui se perçoivent aussi bien dans les films de Hayao Miyasaki que dans la pensée du philosophe Kitarô Nishida (1875-1945) et qui apporte des pistes de réflexion pour repenser l’action politique au Japon, en France et plus largement dans le monde.
À contre-courant de concepts centralisateurs comme le fameux « Paris et le désert français » de J-F. Gravier (1947) ou la « France périphérique » de C. Guilluy (2014) qui ont influencé des décennies de politiques publiques, Augustin Berque et Damien Deville défendent un retour aux « espaces vécus et aux relations de proximité » dans ce qu’ils appellent un « convivialisme républicain ».
Par sa richesse conceptuelle et sa volonté de confronter les modèles, cet essai offre au lecteur la possibilité d’être le troisième protagoniste du dialogue en l’invitant à penser son rapport à son milieu et à l’impact de la modernité sur sa vie.