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Les coups de cœur des libraires

Coups de coeur Mollat
Entre délice ultime et poison mortel..
Imaginez un plat si raffiné que seuls des chefs spécialement licenciés ont le droit de le préparer. Au Japon, le fugu est une expérience gastronomique unique, presque sacrée, où le geste du maître fait toute la différence entre l’extase et la mort. Valérie Douniaux nous offre un voyage au cœur de cette cuisine d’exception, entre art et rituel.
Fugu, poisson-poison
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« Et si une femme enceinte avait besoin de prier la madone quand elle n’est pas là? »
     Ce petit ouvrage des éditions « Cinabre » est le premier de la collection « Iter operum », qui a pour ambition de raconter « des itinéraires d’œuvres et d’objets d’art, depuis leur genèse jusqu’à leur exposition en des lieux publics ou privés, mais également de tout autre destin. Leurs voyages dessinent une histoire générale du goût et des collections, tout en narrant parfois des faits extraordinaires et émouvants. »

     Ce livre est consacré à La Madonna del Parto, une œuvre au destin singulier au regard d’une collection qui souhaite faire l’histoire du « voyage des œuvres ». En effet, au cours de ses cinq siècles d’histoire, ses déplacements, motivés par des raisons diverses, furent rares et localisés. Ce tableau de Piero della Francesca, représentant une Vierge enceinte, a très peu quitté son lieu d’origine, le village de Monterchi, en Italie. Longtemps objet de dévotion populaire, il fit l’objet d’un culte auprès des femmes enceintes (ou désireuses de le devenir) qui venaient s’y recueillir et s’opposèrent régulièrement à son déplacement.

     Ce passionnant livre retrace les vicissitudes et les luttes opposant les habitantes locales, les édiles municipaux, ainsi que les institutions ecclésiastiques, culturelles et politiques, autour de l’emplacement de cette œuvre, longtemps méconnue ou marginalisée et théologiquement subversive par son sujet même : la représentation d’une Madone au ventre rond.

     Érudit sans jamais être austère, l’ouvrage offre un passionnant récit des multiples regards portés sur une même œuvre, des différentes visions et investissements affectifs qu’elle suscite, du glissement d’une approche spirituelle et cultuelle vers une lecture désacralisée, essentiellement esthétique, ainsi que des luttes qui ont jalonné le voyage (aussi court soit-il) de l’œuvre.
La micro-aventure de la Vierge enceinte : un Piero della Francesca indéplaçable
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Des mets et des mots..
Après dix ans passés entre brasseries, fast-foods et tables étoilées, Adélie Vernhes dresse de scène en scène un portrait brut et sensoriel. Elle capte les bruits, les odeurs, les élans de créativité, l'adrénaline du coup de feu, mais aussi les corps épuisés, les liens qui se nouent et la fierté silencieuse de ceux qui nourrissent les autres.
L'exercice des mâchoires
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Scoop à Grimson Manor : le richissime Lord Garlic vient d'être assassiné par un membre de sa famille... Mais lequel ?
A lire dès 10 ans

Tout commence lors d’une réunion de famille impromptue à laquelle Ignatius Garlic, membre éminent de l’aristocratie anglaise, convoque d’urgence toute la famille. Une tempête de neige cauchemardesque commence à paralyser tout le comté et le manoir familial semble encore plus austère et glacial qu’à l’accoutumée. 

Seule Edna, 11 ans, est ravie de ce week-end improvisé tant elle aime cette demeure et sa décoration à base de diverses bêtes empaillées. Fascinée depuis toute petite par les livres répugnants et les mystères irrésolus, Edna a toujours été une enfant étrange mais aussi particulièrement maligne, un poil insolente et terriblement drôle, au grand dam de ses parents ne la trouvant pas suffisamment distinguée pour une Garlic. 

Lorsque Ignatius, du haut de ses 90 ans, annonce son mariage imminent avec une jeune femme fraîchement débarquée, la famille tombe des nues. Et quand il annonce, la rédaction d’un nouveau testament les déshéritant tous, la famille implose. Tous venus avec l’idée de réclamer de l’argent au grand-père, la déconvenue est de taille. La fin de soirée se déroule alors dans une ambiance détestable et la nuit s’avère plutôt courte car rapidement, Ignatius est retrouvé mort dans son bureau fermé de l’intérieur. La neige continuant de tomber dehors, il apparaît vite que l’assassin se trouve parmi eux. Naturellement, chacun se fabrique un alibi mais il faut se rendre à l’évidence, ils ont tous aussi une très bonne raison de l’avoir tué. 

Ravie de pouvoir mettre son sens de l’observation et de la déduction à l’épreuve, Edna décide de mener elle-même l’enquête, au grand désarroi de ses parents. 

Coup de cœur pour cette héroïne espiègle à la répartie bien sentie et pour ce roman policier à l’intrigue rondement menée qui nous laisse sans réponse jusqu’à la toute fin !

Qui a tué mon horrible grand-père ? : une enquête d'Edna Garlic
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La protection de la nature ne peut se faire sans justice
L'historien Guillaume Blanc déconstruit un imaginaire solidement ancré : celui d’une nature africaine vierge, intacte, qu’il faudrait préserver de l’action humaine. Avec L'invention du colonialisme vert, publié chez Flammarion, il met en lumière les logiques contemporaines d’un colonialisme qui ne dit plus son nom.

Au cœur de son enquête, des institutions internationales comme le WWF, l’UNESCO ou encore l’UICN. Sous couvert de protection environnementale, ces acteurs participent, selon l’auteur, à une entreprise de déshumanisation de certains territoires africains : création de parcs naturels, interdiction des pratiques agricoles, expulsions de populations installées de longue date. Les habitants deviennent alors des intrus sur leurs propres terres, accusés d’être les destructeurs d’une nature qu’ils ont pourtant façonnée et préservée.

À travers l’exemple précis de l’Éthiopie (du règne de Ménélik II à celui de Haïlé Sélassié) Guillaume Blanc retrace cette histoire. Dès les années 1960, des experts occidentaux, comme Leslie Brown, identifient des espaces à sanctuariser. En 1966, les premières expulsions ont lieu. Puis, dans les années 1970, l’Éthiopie est vendue au monde comme un sanctuaire de “nature vierge”, au moment même où ses habitants en sont dépossédés. Cette fiction écologique se heurte pourtant à la réalité : famines meurtrières, conflits, et luttes persistantes des populations pour continuer à habiter et reconstruire leurs villages, notamment dans des espaces comme le parc du Simien.

Là où le colonialisme d’hier se fondait sur des arguments raciaux, celui d’aujourd’hui s’appuie sur un discours écologique. Il s’agit désormais de “sauver l’Afrique des Africains”, au nom d’un idéal occidental. Derrière ce fantasme se cache une quête d'Eden, un lieu que l’Occident, ayant largement détruit ses propres écosystèmes, projette ailleurs...

L’invention du colonialisme vert rappelle que protéger la nature ne peut se faire sans justice et que les véritables équilibres écologiques passent aussi par la reconnaissance de celles et ceux qui vivent avec et en dépendent.
L'invention du colonialisme vert : pour en finir avec le mythe de l'éden africain
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"Leur mémoire ne cesse de sauter d'un point à l'autre, constate Victoria, comme les pages d'un livre qu'on aurait arrachées et mélangées"
En retraçant les parcours de l'auteur Volodymyr Vakulenko et la poétesse Victoria Amelina, tous deux ukrainiens, Ariane Chemin met en lumière la fragilité des destins individuels confrontés à la guerre. Son récit, d’une grande violence mais porté par une profonde humanité, tente de donner du sens au chaos qui se déploie sous nos yeux. Face à l’indicible, la narration devient une manière de préserver les traces des vies brisées. Dans ce contexte, la poésie apparaît comme une forme de résistance, une arme symbolique contre l’horreur et l’effacement.
La guerre bouleverse notre rapport aux identités : les noms disparaissent derrière le nombre des morts, et les victimes sont réduites à de simples statistiques. Ainsi, l'autrice nous démontre comment la guerre déshumanise profondément les êtres et efface peu à peu les singularités derrière l’ampleur de la tragédie...
La guerre, ce sont les noms propres
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Une bibliothèque, de la magie, et des secrets...

Pour tout comprendre du système de magie unique et quelque peu complexe du roman, voici quelques règles :
- pour créer un sort, il faut l’écrire en lettres de sang (sang humain) sur un certain type de livres.
- certaines personnes ne peuvent pas utiliser cette écriture avec du sang pour créer des sorts mais peuvent ressentir les effets magiques (une illusion qui ne dure pas) d’un de ces livres magiques.
- des miroirs peuvent être activés avec le sang pour servir de portail aux objets et aux magiciens.

L’intrigue se concentre sur deux sœurs liées à cette magie du sang, Joanna peut sentir la magie, Esther ne la sent pas, mais sait qu’elle existe. Esther est en Antarctique, elle fuit quelque chose et donc tous les ans, elle change d’endroit. Joanna, elle, est restée dans leur maison d’enfance afin de protéger les livres de la bibliothèque de son père. De l’autre côté du continent américain, un autre personnage apparaît : Nicholas, l’héritier de la Bibliothèque, une institution chargée de protéger les livres magiques. C'est un Scribe, une personne qui est insensible à la magie des livres mais qui a du sang spécial qui permet d’écrire les sorts des livres de sang. Tous les trois vont se retrouver mêlés à la Bibliothèque qui cache bien des secrets.

Emma Torzs, dans ce one-shot incroyable, crée une intrigue où le destin de ses personnages est lié d’une façon ou d’une autre et dévoile les secrets un à un avec talent comme si on déroulait un fil rouge.

Magie d'encre
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Clémentine Mélois nous livre un vibrant hommage à son père
C’est alors que la narratrice a les mains tachées de bleu qu’elle réalise qu'heureusement le vendeur ne lui a pas demandé à quoi était destinée cette peinture, difficile d’expliquer que c’est pour le cercueil de son père... Au lieu de pleurer la mort, Clémentine Mélois décide de célébrer la vie, celle de son père. Bernard Mélois était un artiste dans l’âme, pour qui chaque instant de vie était une œuvre d’art. Grand amoureux de sa femme et de Paul Valéry, ses idées prenaient forme dans l’email et la taule, son ultime oeuvre est dédié à son caveau, qu’il a voulu façonner à son image. Un roman sublime qui nous offre une véritable ode à la vie.
Alors c'est bien
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Un court récit sur la douleur de la perte d'un être cher
Un homme vient de perdre sa femme, deux enfants viennent de perdre leur mère. Pour Max Porter, la mort, la perte d'un être qui constituait à lui seul une partie de notre vie, le vide qu'il laisse derrière, et le choc produit, sont absolument inconcevables. Alors, pourquoi l'apparition soudaine d'un grand corbeau doté de parole dans le foyer familial serait forcément un événement surnaturel ? Selon Nina Leger qui préface l'ouvrage :"qui oserait dire que ce vide immédiat et total est plus acceptable qu'un corbeau géant qui parle?". Nous voilà dans un roman réaliste.

Comme à son habitude, l'auteur porte sa littérature sur l'oralité, joue sur les sons, les polices d'écriture et les tailles de caractères : c'est un livre qui sonne dans notre tête, qui pourrait se lire à haute voix. À la manière du théâtre, les locuteurs s'enchaînent : papa, corbeau et garçons. Les endeuillés continuent à vivre comme ils le doivent, font des cauchemars, souffrent du manque et ne savent plus comment appréhender le monde. Corbeau donne des conseils, fait des piqûres de rappel, est souvent une épaule sur qui se reposer, mais des fois, lui aussi est accablé par la souffrance du foyer (et de tous les autres avant celui-ci).

"La douleur porte un costume de plumes" est paru une première fois en français en 2016, mais bénéficie d'une ressortie dans la collection poche des éditions du sous-sol, après "Shy" du même auteur, trois ans auparavant. Ce livre est un véritable choc littéraire, par son propos d'une justesse fulgurante, et par sa forme qui embrasse l'intensité de la pensée de Max Porter.
La douleur porte un costume de plumes
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Pérégrinations dans l'East Village
Quand Primo a la bonne idée de mourir dans son canapé, Mary Bellanova se retrouve avec un chien et une dispersion de cendres sur les bras. Elle part alors à la recherche des anciennes relations de son petit ami. Tout au long de sa déambulation, Mary va de surprises désagréables en surprises catastrophiques. Et pourtant, cette quête pourrait s'avérer plus positive qu'elle n'y paraît...
Un roman d'ambiance pince-sans-rire hilarant, qui nous fait visiter l'East Village, dépeint la vie "d"artiste" new-yorkaise et décrit les affres de trentenaires célibataires, sans oublier une bonne dose d'optimisme et d'espoir bien cachés derrière tout ça !
Dogrun
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Un roman graphique poignant !!
Imaginez deux maisons cernées par un bois qui permet de passer d'une habitation à une autre. Dans l'une, une famille de 5, les deux parents et leurs trois enfants : une fille prénommée Lou et ses deux frères. Dans le second foyer, une mère qui tente d'élever au mieux sa fille unique, Yuika. Les deux jeunes filles vont très vite se lier d'amitié et former un duo inséparable. 

Pourtant, au cours de son enfance, Lou peine à trouver les mots justes pour exprimer ce qu'elle vit. Cette dernière décide finalement de parler à sa meilleure amie de son traumatisme et de ce qu'elle traverse depuis quelques années. Grâce au soutien de sa famille, Lou va réussir à surmonter son traumatisme.

Ce très beau récit évoque un sujet encore peu abordé en bande dessinée, l'inceste, mais c'est loin d'être le coeur de ce roman graphique. C'est aussi et surtout un récit de résilience et de reconstruction personnelle et collective. 
Un roman graphique poignant, à découvrir sans plus tarder. 

A découvrir dès l'âge de 14 ans.


Lou des bois
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La haine de la philosophie, pour celles et ceux qui l'adorent.

Je m'attriste et une sorte d'hostilité me tient dans l'obscurité de la chambre - et dans ce silence de mort. - George Bataille, L'Impossible (anciennement La haine de la poésie)

Le milieu intellectuel français de la deuxième moitié du XXème siècle connaît un bousculement général de la pensée. Martin Heidegger, philosophe allemand, rejoint l'Hexagone, qui malgré un antigermanisme d'après-guerre très farouche, fait grand accueil de ses idées. Sa lecture phénoménologique du "sens de l'être" déchaîne les passions, et l'intelligentsia l'intègre, l'étudie et le célèbre, Heidegger étant quasiment considéré comme un philosophe français. Il faut près de 60 ans pour traduire la quasi-intégralité des textes du penseur, une oeuvre qui trouvera le nom Être et temps.
Mais il suffit parfois d'un livre pour tout chambouler. S'opère dans les années 1980 une banalisation de la pensée heideggérienne, se propageant au-delà du cadre universitaire pour atteindre le grand public, ce qui ne passe pas inaperçu auprès de Victor Farrias, intellectuel chilien qui publie en 1987 Heidegger et le nazisme, un texte à charge contre l'auteur, rappelant l'adhésion du philosophe allemand au parti nazi de 1930 à 1940, mais montrant également que la pensée nazie est intégrante à celle d'Heidegger. Le livre arrive très rapidement en France, et fait polémique : les philosophes heideggeriens sont sommés de se justifier, et le débat s'envenime.

Si je dois indiquer mon identité à des inconnus, je suis amené à dire, assez vite, que je suis communiste. Et cela n'est pas politique. - Dionys Mascolo

En réaction à la polémique, Dionys Mascolo, véritable clandestin de la pensée, résistant pendant la guerre puis militant politique et essayiste (un peu philosophe malgré tout), prend d'assaut l'intellectualisme français en 1994 avec Haine de la philosophie. Prenant le "cas Heidegger" comme point de départ, Mascolo s'attaque au "plus grand philosophe du XXème siècle", qu'il replace comme fondateur de l'existentialisme. Et si revenir sur l'affaire permet à l'auteur de poser un regard critique sur les principaux paradoxes de la pensée heideggerienne, elle est avant tout un prétexte pour un cas bien plus grave : la mort de la philosophie.
Farouchement opposé aux notions d'intellectualisme, Dionys Mascolo fait de Haine de la philosophie un commentaire méta sur l'impotence de la philosophie, qu'il qualifie de pensée simplificatrice (abstraite, rigide et obéissantes aux règles de la logique) face à la pensée entière, englobant une somme de rapports humains, absents de la pensée heideggerienne, comme l'amour, le désir, le rire, l'amitié. Dionys Mascolo, dans les rapports amicaux, voit l'accomplissement même de la forme philosophique, en dehors des institutions, dans les rapports d'un humain à l'autre : Aucun "grand" philosophe n'a eu d'ami. Et seule une amitié sans réserve, la pleine reconnaissance d'une pensée pleinement accomplie en une autre, rend possible la naissance dans l'esprit d'une pensée entière.
Trop souvent retenu seulement comme "l'amant de Marguerite Duras", lire Dionys Mascolo aujourd'hui, c'est lire un témoin de l'époque, un penseur savant, engagé, constamment refusé au statut de philosophe, qui fait avec Haine de la philosophie le pari du contre-courant, dans une prose toujours habile et apprêtée.
Haine de la philosophie
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