“Je vivais sur une planète inhabitable sur laquelle je n’avais même pas le droit de mourir.”
C’est en ces mots que la championne olympique Gabriella Papadakis décrit ce qu’elle a vécu pendant sa carrière de patineuse. Avec ce livre, elle livre un témoignage dur mais hautement nécessaire sur la violence de ce milieu.
En patinage, il y a plus de femmes que d’hommes, alors pour faire carrière, il faut démarcher très jeune le peu de garçons présents, et naît ainsi un rapport de force qui ne s’atténuera plus jamais. Gabriella Papadakis l’a vécu, l’a subi, et a vu nombreuses autres patineuses vivre la même chose. Si elle écrit ce livre pour que son parcours ne soit pas oublié, elle l’écrit aussi et surtout dans l’espoir de mettre la lumière sur cette violence systémique, afin de mieux la combattre et d’éviter aux futures patineuses de la subir à leur tour.
La championne retrace son parcours, de l’enfance à aujourd’hui, elle relate ses entraînements, ses expériences en compétition mais aussi son intimité, ses traumatismes, nombreux, et ses sacrifices. Elle s’arrête aussi sur ses centres d’intérêts hors du patinage, parmi lesquels le théâtre, la mythologie et la littérature : elle confie avoir déjà écrit à de nombreuses occasions, parfois même en se mettant dans la peau du personnage qu’elle devait interpréter dans son programme du moment. Cela se ressent dans sa plume, très accessible, capable de raconter les joies et les souffrances avec une grande aisance et toujours des mots justes.
Lire ce livre ce n’est pas juste découvrir son histoire, c’est ouvrir les yeux sur un milieu dont on ne nous montre que la beauté et qui pourtant abrite tant de violence. C’est partager le temps de quelques pages le poids d’une souffrance trop longtemps restée silencieuse. C’est ne pas oublier qui est Gabriella Papadakis, et lui permettre de ne pas disparaître.
À l’occasion de sa réouverture, le Musée de la Vie romantique rend hommage à un peintre méconnu du public ayant pourtant contribué à asseoir le paysage romantique du XIXe siècle dans toute sa splendeur.
Né à Paris en 1803, Paul Huet porte très tôt un regard sensible sur les espaces verts parisiens en bord de Seine et tout particulièrement sur ceux de l’île Séguin, motif prisé de ses contemporains romantiques comme Camille Corot - l’un des fondateurs de l’école de Barbizon - ou bien le célèbre peintre britannique William Turner qui n’aura de cesse de voyager.
Ayant suivi une formation académique auprès d’Antoine Jean Gros, Paul Huet hérite de l’enseignement des Maîtres Anciens et de son attention pour la peinture d’après nature. Ami d’Eugène Delacroix, et touché par ses contemporains britanniques exposés en 1824 au Musée du Luxembourg dont John Constable tout particulièrement, il s’émancipe de l’idéal italien pour dépeindre d’un geste sincère sa terre natale, la Normandie, devenant le premier peintre français à faire de la valeur expressive du paysage et de ses ciels un sujet à part entière.
Au rythme de ses voyages dans les régions françaises, puis en Italie, et plus tard en Angleterre, Belgique et Hollande, il cultive son goût pour les natures riches en contradictions, parfois de celles qui apaisent et se laissent contempler, autrement de celles mues d’un souffle puissant et indomptable.
Ainsi, l’exposition témoigne de l’apport durable de ce peintre précurseur et, concomitamment, déploie une vaste galerie d’artistes peintres rassemblés sous les ciels, se distinguant les uns des autres par l’exploitation singulière qu’ils portent sur un motif aussi ambivalent qu’est le paysage.
Un paysage qui ne peut se conjuguer qu’au pluriel, puisque ses formes infinies dépassent très largement cette exposition, mais dont cette dernière en dresse un témoignage touchant.