La morale du conte est claire : “le grand méchant loup” rôde dehors, prêt à nous dévorer dans une ruelle sombre, il faut rentrer, se soustraire au danger, éviter de se faire repérer, et selon l’ordre naturel des choses… être raisonnables ! Rester à notre place : en sécurité, bien au chaud… Protégées, vraiment ? Et de qui exactement ? Car le domestique, le couple et la cellule familiale sont aussi les lieux privilégiés des violences sexistes et sexuelles. En assignant les femmes à la fragilité, et la domesticité, la fable et sa discipline nous prive du monde. Elle nous maintient à l'intérieur, nous isole, nous affaiblit, et nous condamne à l’effacement, de soi, du collectif, de la chose publique, des imaginaires.
Avec “Nous ne serons plus des chaperons rouges”, Stéphanie Durdilly nous encourage à subvertir la division socio-genrée et raciale de l’espace : un texte joyeux et fédérateur, qui parlera à toutes celles qui ont besoin d’air frais et l’envie d’ouvrir la fenêtre pour aller voir ce qu’il s’y passe. Ou du moins, savoir que c’est possible : “se considérer entière, complète, capable et autonome.”