En avril 1981, Georges Perec part sur les traces de ses parents dans la petite ville de Lubartów en Pologne. À son retour à Varsovie, il aurait adressé à Claude Roy cette parole lapidaire, « Rien. Tout est effacé ». Ces mots sont le départ d’une enquête monumentale réalisée par Claire Zalc aidée de plusieurs post-doctorants et de traducteurs. Non pas spécifiquement sur l’histoire familiale de Perec mais sur les plus de 3000 juifs que compte Lubartów (3279 recensés en 1921) dont seulement 400 ont survécu en 1945, la plupart ayant immigré avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
Cette enquête est divisée en 4 parties : ATTACHEMENTS, DÉPLACEMENTS, ARRACHEMENTS, DÉTACHEMENTS. Ces parties sont elles-mêmes divisées en 4 sous-parties : Enquête, Histoire, Echafaudages, Familles. L’originalité de ce plan permet à Claire Zalc de développer un récit protéiforme qui interroge la recherche historique autour des identités mouvantes et plurielles, des migrations, des persécutions et des exterminations, des mémoires heurtées et oubliées.
Dans « Enquêtes », nous suivons l’historienne dans ces déplacements aux archives et ces rencontres avec des rescapés ou des responsables d’associations de mémoire. Elle nous décrit son quotidien de chercheuse à travers les émotions et les doutes qui la traversent.
Dans « Histoire », elle fait le récit historique des Juifs de Lubartów en détaillant leur situation spatiale et sociale dans la ville, leurs trajectoires collectives et individuelles à travers ceux qui immigrent, ceux qui restent, ceux qui reviennent et les familles qui se séparent. Elle y analyse avec une grande rigueur les persécutions et la destruction par la mort d’une grande majorité des Juifs de Lubartów qu’ils soient restés sur place, en Pologne ou qu’ils aient immigrés avant la guerre dans des pays comme la France.
Dans « Echafaudages », Claire Zalc pose des questions épistémologiques passionnantes telles que l’exhaustivité généalogique, la comptabilité des morts, les questions éthiques autour des identités des victimes et des descendants.
Enfin dans « Famille », l’historienne se concentre sur des « aventures singulières où s’entrelacent et se heurtent archives et souvenirs, histoire et mémoire ». L’humanité se dévoile alors derrière les noms des registres et les statistiques.
Le monde de Lubartów est une étude majeure sur l’histoire de la Shoah dont la pluridisciplinarité et le caractère protéiforme du récit sont le gage d’une rigueur de recherche rarement atteinte.
La bataille des chênes verts, c’est l’histoire d’un procès hors du commun, celui de Francisco de Montoya, accusé d’avoir raser une forêt au milieu du XVIIe siècle. Cet inquisiteur espagnol assis sur un héritage foncier et un pouvoir local grandissant se voit confronté aux habitants de Villar del Águila, petit village sans histoire à une centaine de kilomètres au sud-est de Madrid. Assujettissant et opprimant les habitants « pendant plus de vingt ans » selon les mots de l’avocat des victimes, Francisco de Montoya a organisé la coupe à ras de 60 000 chênes verts (estimation de l’enquête) pour ses propres intérêts économiques avec des conséquences importantes.
« La confiscation et la surexploitation des chênaies – et l’assèchement et l’érosion des sols qui en découlaient – affectaient l’ensemble d’un système productif agricole marqué par des liens d’interdépendance entre la céréaliculture, l’élevage et l’exploitation forestière » souligne ainsi Sébastien Malaprade. La population de Villar del Águila décline alors avec la perte de cette forêt témoignant de l’importance vitale d’un tel écosystème. Le procès qui débute en 1670 nous renseigne sur les relations de pouvoirs dans l’Espagne du XVIIe siècle mais aussi et surtout nous apporte des clés de compréhensions pour nos enjeux actuels.
Reliant brillamment la micro-histoire et l’histoire environnementale, La bataille des chênes verts pose ainsi la question des communs en montrant que « l’exploitation des ressources ne peut-être disjointe des relations de pouvoir qui en déterminent les modalités d’usage et d’appropriation ».
Découvrez la forêt à travers le regard de Rémi Caritey, photographe qui, de cimes en cimes, récolte des graines afin d’aider les arbres à se multiplier. La forêt, véritable poumon de la terre, est un espace de vie qui abrite un univers riche et magique ; elle est un refuge pour les animaux et un paradis pour la faune et la flore. Elle reste debout, témoin du temps qui passe, parfois victime de la cruauté humaine et du changement climatique, arrachée par l’Homme et par le feu. Mais dès lors qu’elle s’efface, elle s’efforce tant bien que mal à renaître de ses cendres et nous redonner espoir. Véritable ode à la nature et à son observation, cet ouvrage nous rappelle qu’il faut prendre le temps de la découvrir et s’arrêter l’observer, comprendre son importance au sein de notre planète, mais surtout l’importance de sa protection.