Mais Amélie Cadier-Loriaud met en lumière ce pan que la société tend à effacer : le contexte social, économique et environnemental des individus. Car il est trop facile, et dangereux, d’attribuer la cause d'une maladie à la « faute à pas de chance » ou à de « mauvaises » habitudes, en occultant le rôle déterminant des structures politiques. L’un des exemples frappants cités par l’autrice est l’augmentation inquiétante des cancers du sein en France, notamment chez les jeunes femmes : l'État mise avant tout sur la recherche médicale pour soigner, plutôt que d’agir en amont sur la recherche des causes environnementales et sociétales. Nos corps apparaissent ainsi comme le produit direct de choix économiques et politiques qui privilégient la valorisation du profit au détriment d’une santé juste et équitable.
Responsabiliser uniquement les individus sur leurs comportements, c'est refuser de voir que la santé est profondément traversée par les injustices. Selon notre genre, notre orientation sexuelle, notre couleur de peau, notre niveau d'études, nos revenus ou encore notre lieu de vie, face aux déserts médicaux et aux expositions environnementales, nous ne sommes pas égaux devant la maladie.
Si le capitalisme s'est approprié nos corps, cet essai rappelle qu'il existe des leviers pour agir. Pour redonner espoir, l’autrice s'appuie par exemple sur les travaux d’économistes comme Timothée Parrique afin d’esquisser une société post-capitaliste ou encore les travaux d’Eloi Laurent dans laquelle la santé deviendrait le nouvel indicateur de valeur de la société. Il faut repenser nos modes de fonctionnement afin que la santé redevienne un enjeu politique, que ses acteurs travaillent ensemble pour faire valoir leur importance, pour joindre l’aspect social et sanitaire.
Un essai essentiel pour déconstruire le mythe du « capital santé individuel » et replacer l'humain au centre.