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Sélection de livres

La littérature du réel

LittératureLittératureRéel2018
Entre enquête, journalisme et littérature, des textes qui défient les frontières et les genres.

Nos Articles

Panique à Needle Park - James Mills

En 1965 le New York des laissés pour compte est secoué par une pénurie de drogues. Journaliste, James Mills participe à un reportage photo dans Life Magazine sur la vie d'un groupe de junkies qui donnera naissance au roman Panique à Needle Park un an plus tard.

Nos lectures du week-end - semaine #8

C'est lundi ! Et comme chaque lundi retrouvez nos lectures du week-end

Les maîtres d'Hollywood

Dwan, Walsh, Lang, Sternberg, Hawks, McCarey, Cukor : pour définir les contours du cinéma classique américain, Peter Bogdanovich a réuni un aréopage qui a fière allure.

Nos lectures du week-end - semaine #7

C'est lundi ! Et comme chaque lundi retrouvez nos lectures du week-end.

Dossiers

Jean-Claude Lattès, un passeur

L'éditeur de Joseph Joffo, d'Amin Maalouf et de tant d'autres grands romanciers s'est éteint samedi 27 janvier. Il avait 76 ans.

Les villes dans la littérature.

"Ce n'est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c'est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes." Jean-Paul Sartre. Situations, I, Gallimard.

Coups de cœur

Quelque part entre le bien et le mal

Romans policiersSerial killerSuspense
Trois ans après son premier polar Les loups blessés, qui avait épaté votre libraire, Christophe Molmy récidive avec une nouvelle histoire de braquage très réussie.
Démarrage sur les chapeaux de roues avec la scène choc d'une voiture bélier fracassant le local d'un distributeur de billets, adrénaline et course poursuite, les deux frères gitans réussissent à semer les flics à leurs trousses – le lecteur est de suite happé, et pressent que la suite va le tenir en haleine...

Dans la foulée, deux autres histoires se profilent avec deux portraits de policiers aux antipodes : Philippe Lelouedec, homme de terrain, en pleine action de négociation sur une affaire d'enlèvement et de rançon, et Renan Pessac, affecté depuis peu au commissariat de banlieue de Villejuif, se remettant petit à petit d'une affaire qui l'a profondément atteint, et qui panse ses plaies dans la routine. A ce stade, il est loin d'imaginer que sa nouvelle recrue au groupe des enquêtes judiciaires, le brigadier Coline Honfleur, va l'entraîner sur les traces d'un serial killer, qui semble maquiller ses meurtres en suicides...

Le cadre est dessiné et la trame se met en place, Molmy tirant les ficelles entre les différents protagonistes dont les destins vont s'entrecroiser malignement au détour de rebondissements inattendu
s. Comme dans son premier opus, on est frappé par l’acuité des descriptions réalistes : travail des policiers sur le terrain, scènes de filatures (comme si vous y étiez!), détails de procédures, rivalités entre services, et pour cause, l'auteur sait de quoi il parle, chef de la BRI (Brigade de Recherche et d'Intervention), ça sent le vécu !

Les chiens de Détroit

Romans policiersEnquêteRencontreEtats-unis
C'est avec beaucoup de plaisir que nous vous invitons à rencontrer (et découvrir !) Jérôme Loubry, auteur de ce premier polar poisseux et crépusculaire, samedi 18 novembre à 10h30, au Studio Ausone !
Détroit, 2013. Ville fantôme mise sous tutelle, abandonnée par ses habitants, où les chiens errants se font plus nombreux que les âmes, errantes elles aussi. Depuis de longues semaines, la police doit faire face à une série d’enlèvements sordides et d’assassinats d’enfants. Enfin, après une enquête longue et exténuante, le suspect est acculé dans une des maisons abandonnées de la ville. Loin de tenter de s'enfuir, l'homme demande à s'entretenir avec la jeune inspectrice Sarah Berkhamp, nouvelle recrue de la police locale. S'ensuit un dialogue sybillin mené par cet homme qui semble connaître le passé trouble de cette jeune femme... L'issue de cette conversation est cruciale : deux enfants n'ont toujours pas été retrouvés, et la police compte bien les retrouver en vie.

Ainsi, dès le premier chapitre, le suspect est arrêté : Jérôme Loubry impose une construction originale et sinueuse. Car si cette affaire semble réglée, elle est en réalité loin de l'être. En effet, quinze ans plus tôt, des faits similaires se sont déroulés. Les quelques indices glanés à grand peine laissent entrevoir la culpabilité d'un homme dont la taille semble exceptionnelle. Surnommé le Géant de Brume, ce monstre aux allures légendaires est insaississable malgré les efforts de l'inspecteur Stan Mitchell, qui se voue corps et âme à cette enquête. Violent, alcoolique, solitaire, Stan tombe peu à peu dans le cercle infernal de l'obsession et reste détruit par cet échec. Lorsque Sarah Berkhamp se retrouve face à ce coupable mystérieux, il saute sur l'occasion et replonge dans cette histoire douloureuse, quitte à y laisser sa santé mentale, et tente de tirer un trait sur cette affaire qui lui a coûté sa carrière et sa vie.

Ce duo de flics n’en n’est pas réellement un : la ville de Détroit impose tant son ombre oppressante et nauséabonde tout au long du roman qu’elle constitue un personnage à elle seule. Abandonnée, sale, en ruines, à l'image des victimes mais aussi de Sarah et de Stan qui vagabondent dans ses rues à la recherche du coupable, mais aussi de leurs propres limites. L'ambiance est incroyablement lourde, les motivations et le passé des personnages sont flous: surfant sur le thème de l'enfance et de la désolation d'une société en proie à des maux qu'elle s'est elle-même créée, Jérôme Loubry s'invite dans un registre déjà bien installé dans le domaine du polar mais y ajoute une réelle touche personnelle qui fait le sel de ce premier roman. C'est une réelle découverte, dans laquelle les frontières de la raison sont toujours repoussées grâce notamment au fameux Géant de Brume, personnage incroyablement complexe, mais chut … On s'en voudrait de vous dévoiler la fin, tant l'intrigue est bien ficelée, et la résolution explosive. Un nouvel auteur à découvrir, à suivre, à dévorer, mais attention : vous n'en sortirez pas indemne.

Avant l'aube

Romans policiersPolitiqueDe GaulleRencontre
Samedi 14 octobre à 10h30, "Mollat Polar" accueillera Xavier Boissel pour son troisième roman qui révèle une part sombre et méconnue du gaullisme des années 60.
Pour beaucoup d’entre nous, cette époque correspond à une période faste tant sur le plan économique que démographique et social. A rebours du rêve des « Trente Glorieuses », certains écrivains préfèrent gratter derrière le vernis des apparences, qu’elles soient intimes, sociales, historiques, politiques. Xavier Boissel a choisi d’exhumer quelques cadavres contenus dans les placards de la Vème République en situant son intrigue en 1966, alors que le visage du crime change à l’image de celui de la France qui se modernise.

Ancien maquisard pendant la Guerre, veuf depuis 6 mois (sa femme Jeanne a disparu dans un accident de voiture), l’inspecteur Marlin noie son chagrin dans les vapeurs de son whisky préféré et parmi les volutes de ses cigarettes, s’enfermant dans son studio du quartier de Batignolles en compagnie de la musique jazz qu’il affectionne et de son chat Duke. Après une bavure, il est muté à la Brigade Criminelle (autrement dit, le fameux 36 Quai des Orfèvres) où une sale affaire de crime passionnel va réveiller d’autres fantômes... insoupçonnés. Une jeune femme est retrouvée égorgée et mutilée près de la gare de Wagram, et un mystérieux tatouage de menottes dans son dos va permettre de l’identifier : la victime s’appelle Audrey Mésange, autrefois orpheline, confiée à l’Assistance publique et devenue prostituée avant de devenir la seconde épouse du très respectable Maurice Flanquart, patron d’une entreprise prospère de BTP œuvrant dans la construction d’infrastructures nouvelles, telles l’autoroute A6. Aidé par son supérieur le doux et discret commissaire Baynac ainsi que par une jeune journaliste de l’AFP Charlotte Saint-Aunix, Marlin va peu à peu découvrir un univers clos et corrompu où les ombres passées et présentes peinent à recouvrir les cendres fumantes d’un gaullisme flamboyant cultivant les actions secrètes du SAC, Service d’Action Civique qui officiellement protégeait le général tout en trempant dans l’argent sale, les magouilles politiques, voire le crime…

Amoureux de Paris à l’instar de son personnage « viscéralement urbain » qui parcourt sa ville de rades en fameux clubs de jazz, passionné autant d’histoire, de philosophie, de sociologie que de musique et de poésie, Xavier Boissel oscille entre le tempo d’une enquête classique qui dissèque patiemment et minutieusement une vérité effroyable (dans le pur style Léo Malet ou Simenon) et un rythme plus syncopé dans la lignée du roman noir au vitriol qu’il affectionne. A l'instar de Raymond Chandler (Philippe Marlin n’est pas sans rappeler un certain Philip Marlowe), Dashiell Hammett, James Cain, David Goodis, et plus récemment Manchette, James Ellroy ou encore Jérôme Leroy, Domnique Manotti ou encore Hervé Le Corre, tous nous révèlent l’envers d’un décor que certains s’attachent à nous rendre nostalgique. Ranimant une réalité tronquée qui n’omet pas les surprises de l’enquête et le plaisir de la langue - entre argot des dialogues et la beauté des citations - ce roman nous emporte dans les rêves confus de Marlin « vivant cerné par les morts » à l’assaut d’un combat sans répit contre l’oubli, dans les replis de l’Histoire (qui se rappelle à lui vingt-trois ans plus tard) :

« Le goût d’autres nuits m’a soudainement rattrapé, ces nuits de guerre où nous nous serrions les uns contre les autres, dans l’épaisseur des bois, nos corps jeunes ne formant plus qu’un seul, celui d’une communauté clandestine constamment menacée, vivant dans une peur extrême, dans une tension extrême. Mais cette vie âpre, invisible, je l’avais éprouvée comme un secret à protéger et qui nous protégeait ; et malgré le vent aigre, malgré le froid qui nous glaçait, nos cœurs se réchauffaient » (page 59)

L'Affaire Mayerling

LittératureFantastiqueMaison
Extrêmement contemporain et profondément fantastique Bernard Quiriny nous donne le grand livre de la folie immobilière.
Bernard Quiriny est l'un des écrivains les plus saisissants apparu ces dernières années, auteur d'une œuvre de nouvelliste précis, travaillant au cœur de la tradition française du fantastique, Marcel Aymé en tête, aussi méconnue que passionnante.

Après "le village évanoui" où un village de campagne se retrouvait sous cloche, l'Affaire Mayerling est le récit aussi drôle qu’inquiétant dans la grande obsession de nos temps : l'immobilier.

Dans un monde où les villes se droguent au béton, où les promoteurs font figure d'urbanistes, où chacun cherche son toit et parcours frénétiquement des magazines assurant que c'est "le moment d'acheter", Bernard Quiriny vient dresser le portrait drôlatique et absurde de la naissance, la vie et la mort d'un immeuble moderne.

Composé de très brefs chapitres, le livre s'avance sur le ton de la conversation entre le narrateur et son ami Braque, contempteur du ciment moderne, qui collecte par ironie les prospectus immobilier s'amusant de leur pompe et de leur ridicule ressemblance.

c'est ainsi que d'un ton d'abord léger nous voyons sortir de terre le Mayerling, puis ses premiers occupants arriver, et c'est alors que les problème commencent.

Telle innocente quinquagénaire sent monter en elles des désirs inconnus, tel jeune couple se déteste dès qu'il est dans l'immeuble et se raccommode sitôt sortis, telle famille voit sa plomberie et ses sanitaires occupés par d'inhabituels locataires.
 
De là à parler de possession.

Et c'est ainsi qu'unis dans leur bonheur fantasmé de propriété les habitants vont s'unir dans leur souhait réel de délivrance.

Ne manquez pas Mayerling, une des grandes réussites de cette rentrée.

Littérature

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