C’est la question à laquelle tente de répondre Andreas Malm, professeur de géographie humaine à l’université de Lund en Suède et militant écologiste.
“Que faire ?” se demandait déjà Lénine. La question est toujours brûlante d'actualité surtout face aux désastres en cours, liés à l’inaction, ou du moins à la trop lente adaptation de nos sociétés face aux défis climatiques. Les récents incendies et les épisodes de canicule sont un rappel palpable des risques encourus par nos sociétés à l’orée des deux prochaines décennies.
L’auteur s’interroge ici sur le potentiel point de bascule qui permet de passer d’un mode de contestation pacifique à l’usage d’une violence graduelle en cas de non prise en compte des revendications populaires. Principalement celles qui portent sur le climat et l’écologie, dont les avertissements des spécialistes sont multiples et anciens et les mobilisations populaires de plus en plus massives. Quand les manifestations pacifiques et la désobéissance civile ne suffisent plus, quels moyens reste-t-il pour agir ?
Si le titre de l’ouvrage laisse présager l’usage radical de la violence, l’auteur propose des moyens de lutte qui ne le sont pas systématiquement et appelle surtout à une prise de conscience collective. L’action non-violente reste la meilleure arme à notre disposition et, l'histoire l’a déjà démontré, que ce soit dans les luttes pour le droit de vote des femmes ou dans celles contre la ségrégation raciale. La non-violence constitue la solution qui, à terme, permet d’atteindre son but.
Un texte engagé, poignant et pleinement actuel, à lire absolument !
Que signifie la sorcellerie aujourd’hui ? Que font les sorcières du XXIe siècle ?
Dans cet essai nuancé et à la méthodologie rigoureuse, Catherine Dumont-Lévesque tente de dresser le portrait des sorcières d’aujourd’hui, principalement européennes et nord-américaines. Elle revient tant sur l’histoire des procès et des chasses aux sorcières que sur les représentations de la sorcière dans la pop culture ces dernières décennies, ou encore leur présence plus récente sur les réseaux sociaux. La réappropriation de la notion de sorcellerie depuis le XXe siècle, notamment au sein des mouvements féministes, l’amène à interroger les liens entre ces deux courants : plus qu’une religion, la sorcellerie correspond en réalité plutôt à un mode de vie, une philosophie, voire un mode d’action politique.
Les valeurs mises en avant par les sorcières interrogées pour cette étude – écologisme, sobriété, lien avec le vivant, appartenance à la nature, voire anti-capitalisme –, de même que la claire majorité de femmes et personnes queers se définissant comme sorcières, perpétuent la figure de la sorcière comme une figure politisée. La sorcellerie, pratique souvent intime et solitaire, est avant tout appréciée pour la liberté et l’auto-détermination qu’elle offre : chacune peut ainsi choisir ses croyances, ses rituels, ses divinités. Catherine Dumont-Lévesque souligne la grande diversité des pratiques de celles qui se définissent sorcières, et donc la difficulté d’en dresser un portrait-type. Enfin, “la sorcellerie correspond à tout ce qui sert leur bien-être spirituel et celui des autres.” : loin des grands sorts spectaculaires et malveillants que l’on s’imagine habituellement, la sorcellerie se cache plus souvent, pour elles, dans des actions quotidiennes, dans des gestes anodins, et dans l’intention.
En mếlant croyances ésotériques, militantisme féministe et histoire, Catherine Dumont-Lévesque donne ainsi l’occasion aux femmes sorcières de raconter leur propre histoire, souvent effacée par la parole masculine et religieuse.
Un essai qui remet un peu de magie et de pouvoir dans notre quotidien !
C’est pour maigrir qu'Anna décide le mercredi 1ᵉʳ mars 2023 d’arrêter le sucre. Obèse, c’est la peur de mourir qui lui donne l’impulsion nécessaire pour reprendre son corps en main. Mais par où commencer ? Elle mange de tout, légumes, protéines et féculents sans abuser de malbouffe. En revanche, tous les jours à 17 heures, à l’heure du goûter, Anna se bourre de gâteaux, de chocolats et autres sucreries. La décision est radicale : puisqu’elle n’arrive pas à manger raisonnablement des produits sucrés, elle va s’en priver. D’abord pendant 100 jours, comme un défi lancé à son corps. Mais comment consommer raisonnablement après un long sevrage quand la consommation s’assimile à un shoot ?
Conçu comme un journal de bord, Énorme alterne entre le récit du sevrage et les causes de celui-ci. Car si l’obésité est une maladie, peu s’accordent sur l’aspect pathologique du phénomène. Loin de brosser un portrait héroïque des personnes obèses, Anna Roy dresse surtout un état des lieux du manque d’empathie collective, et des méthodes que l’on met en place individuellement pour pallier cette rudesse ambiante. Si le jugement sur le sucre est sans appel, Anna Roy n’invite pas son lecteur à suivre son défi. Au contraire, le sevrage est le point de départ de sa chronique, il permet surtout de comprendre les mécanismes qui conduisent à vouloir se réfugier dans une drogue quelconque : alcool, tabac, sport… sucre.
C’est le récit de la grossophobie, avant même celui de l’addiction. Pas la grossophobie des maigres envers les gros, mais du regard que les obèses posent sur eux-mêmes. Le regard qu’Anna pose sur son addiction au sucre passe alors de simples fringales au moyen de composer avec les comportements méprisants dont elle est la victime.
Ce livre n’est ni un manifeste contre la grossophobie, ni un manuel de perte de poids. C’est une incitation à l’amour envers son prochain, surtout envers ceux à qui on n’a pas envie de donner de l’affection. Les moches, les gros, les addicts, et ceux qui arrivent à s’en sortir. Le tout saupoudré d’une sacrée envie de vivre.
“On attend moins de choses de toi quand tu es agréable à contempler. On a moins besoin de convaincre quand on est un immeuble haussmannien que quand on est un squat pourri à Saint-Denis”
Qu’est-ce que la psychanalyse peut apporter sur la question du masculinisme ?
Joseph Agostini, psychologue clinicien et psychanalyste, a décidé de s’attaquer à une mouvance qui n’est pas aussi récente que l’on ne pense. C’est d’abord au gré des séances avec ses patients que la question lui est venue : plusieurs hommes, jeunes ou moins jeunes, se définissent comme masculinistes et revendiquent une virilité forte. Mais d’où vient ce besoin de supériorité, d'asseoir son autorité sur l’autre ?
Le psychanalyste décortique ces personnalités qui se revendiquent surpuissantes et détentrices de la vérité sur le monde, spécifiquement sur les femmes et l’argent. Ce qui les différencie du reste de la population, c’est la « red pill ». Cette métaphore, très véhiculée dans la sphère masculiniste, renvoie au film Matrix dans lequel Neo doit faire un choix : accéder à la vérité ou rester dans l’ignorance.
L’auteur analyse le masculiniste dès la naissance. Il dépeint le lien entre l’enfant et sa mère, menant à l’identification du fils à ses parents. L’identification, selon Freud, passe d’abord par la mère ; puis, une fois que l'enfant grandit et remarque que les codes diffèrent en fonction des sexes, il s'identifie au père. Mais une identification trop forte ou trop soudaine peut dériver vers des pulsions, vers un narcissisme exacerbé.
Enfin, Joseph Agostini dépeint les dérives et les conséquences de ces mouvements antiféministes, notamment l’impact sur les incels, ces hommes qui se considèrent comme « célibataires involontaires » et exclus par les femmes. Ces derniers suivent des influenceurs tels que Le Raptor, Alex Hitchens ou encore Papacito, qui leur donnent la marche à suivre pour être un « vrai homme ».
Cet essai approfondit le portrait de ces hommes qui exercent une domination symbolique sur l’autre pour se définir. Il étaye leurs liens avec la politique, les femmes, leur mère ou encore l’argent.
Un constat indispensable quand on sait qu'en 2024, 37 % des hommes se sentaient menacés par le féminisme et jugeaient que les évolutions de ce genre allaient trop loin.
C’est en tant que prêtre mais aussi en tant qu’homme que Benoist de Sinety écrit ce texte. Durant de nombreuses années, il a été missionné auprès des étudiants catholiques d’Ile-de-France et a côtoyé de près les changements à la fois de l’Eglise mais aussi de ces jeunes en quête de sens. Il évoque notamment un nationalisme et un repli identitaire de plus en plus fort chez ces populations, mais pas seulement.
Ce sont ces changements qui lui sont apparus, qui l’ont alarmé quant au sens que ce “renouveau” catholique donne à l’évangile.
Il remarque ces dernières années différents mouvements de jeunes hommes catholiques promouvant une religion plus “virile”, avec des valeurs telles que la force ou le patriotisme, souvent nostalgiques d’une ancienne France. Ces mouvements, bien que minoritaires, voient leurs idées véhiculées dans les tranches moins drastiques de l’Eglise, qu’ils pensent trop féminisée, trop douce.
Ce que dénonce l’auteur, c’est la déformation du message de l’Evangile à des fins politiques pointe du doigt ceux qui, par convictions, n'hésitent pas à faire de leur identité chrétienne un porte étendard idéologique. L’homme d'Église remet en cause les idées de ceux qui appellent à une “France chrétienne” et dénonce ceux qui excluent plutôt que ceux qui aident.
Il nomme ceux qui profitent de leur identité religieuse pour discriminer, qui “agissent en contradiction frontale avec l’Evangile, qui inversent de façon éhontée ce qu’enseigne le message du Christ”.
Benoist de Sinety livre un essai éclairant et incisif aux prises avec une actualité brûlante avec un message d’acceptation de l’autre, de réconciliation et d’écoute.
Christiane F. naît en 1962 et passe les premières années de sa vie dans la campagne allemande avant de déménager avec ses parents et sa petite sœur à Gropiusstadt, un quartier résidentiel dans la banlieue sud de Berlin. Elle découvre les cités de béton où l’ennui règne, apprend à ne pas se fier aux adultes et subit la violence de son père. De là, elle cherche à se débarrasser du sentiment de solitude qui la ronge. Elle va se rapprocher des jeunes de son quartier avec l’objectif de paraître “cool” à leurs yeux. Leurs modes deviennent les siennes, leurs échappatoires aussi.
Alors, quand les drogues se mêlent à leur passion pour le rock et la transgression, le petit groupe entre dans un cercle d’addictions qui ne fait que s’intensifier. Cette fuite en avant trouve un point de bascule à ses 13 ans, quand elle décide de prendre son premier “shoot” d’héroïne.
A partir des années 1960 et 1970, de nouvelles drogues envahissent les cités occidentales. Leur consommation s’ancre dans les pratiques récréatives de plus en plus de jeunes. Ce phénomène devient rapidement un problème de santé publique auquel les pouvoirs en place ne donnent généralement pas de réponse satisfaisante, encore aujourd’hui. Autour de ces générations consommatrices de tranquillisants et de stimulants, des représentations se sont forgées, des archétypes se sont construits. Les toxicos, les crackheads, les fixers, les punks. Autant d’étiquettes qui scellent nos imaginaires sans jamais se poser la question des noms, des parcours et des histoires. Christiane F. nous permet de se reconnecter à ces vies, à ces jeunesses brisées qui ne manquent pas d’espoir.
Ce texte est devenu mondialement connu et une référence pour toute une génération. L’expérience de Christiane F. entre en résonance avec la vie de tous les jeunes qui se sentent perdus ou sans repères. Il est bon de le relire pour mieux comprendre leurs errements et nos aveuglements.
“ [Ces lettres] ne sont habitées par aucune poétique, je ne suis pas de ceux qui voient une quelconque beauté dans les mots dépouillés des plus pauvres”
Cette phrase résume parfaitement la démarche de l’auteur : montrer un continuum dans une myriade de situations individuelles, et non esthétiser les parcours de galère et de souffrance.
À travers une collection de lettres-archives envoyées à la GISTI, une association d’aide juridique pour les démarches des personnes sans-papiers, on (re)découvre les difficultés administratives et les démarches à rallonge. L’immersion dans les évolutions des nouvelles lois pour l’obtention des titres de séjour est totale à travers ces lettres, certain.e.s étant au fait de toutes les nouveautés quand d’autres maîtrisent peu le droit et la langue. De ce fait, les demandes d'aides sont très différentes les unes des autres. Pourtant, toutes montrent une manière commune de vivre cet écrasement administratif que l’on découvre au fil des archives. Celles-ci dégagent pour celles et ceux qui les ont rédigées à la fois une volonté de trouver des solutions concrètes et matérielles mais aussi une émotion quant aux impasses qu’ils et elles rencontrent.
Les papiers des sans-papiers confronte le lecteur à une réalité qui n’est pas forcément sensationelle mais qui incarne pour les personnes qui appellent à l’aide un espoir qui ne se dément pas !