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Rentrée polars : prêts ? Lisez et... frissonnez !

La rentrée littéraire ne concerne pas que la littérature "blanche" : amateurs de "noir", voici de quoi vous régaler parmi les nouveautés de l'automne !

Sélection de livres

La rentrée des polars !

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Des polars pleins les cartables pour une rentrée réussie...

Coups de coeur

Prodiges et miracles

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Décerné par la revue Transfuge, le prix du meilleur polar étranger attribué au roman de Joe Meno est une véritable pépite de la rentrée !

Au fin fond de l’Indiana, « dans une ville flétrie qui se fane, tourmentée par une lumière poussiéreuse »,  Jim Falls, veuf de 71 ans garde le temps de l’été son petit-fils Quentin, 16 ans, un adolescent proche de l’enfant sur le plan émotionnel et qui préfère sniffer de la colle, se réfugier dans ses jeux vidéo ou s’imaginer dresseur de reptiles, pour oublier que sa mère (Deirdre, l’unique fille de Jim, et junkie) l’a abandonné dans cette ferme où élever des poulets s’avère de moins en moins rentable. Alors qu’aucun avenir ne semble promis à ces êtres qui ne savent communiquer, une apparition va déchirer leur ciel assombri sous la forme d’une sublime jument de course blanche, fruit d’un héritage providentiel. L’irruption de la beauté et de la douceur qui porte un nom masculin biblique (Jean le Baptiste) attendrit peu à peu Jim, ravi de la complicité avec la créature à « l’encolure laiteuse » qui, grâce à « sa posture à la fois intimidante et protectrice » réussit également à amadouer Quentin. Le rêve d’une vie commune et nouvelle va pourtant tourner court car cette acquisition suscite la convoitise de deux frères aussi paumés que fous dangereux qui blessent Jim d’un coup de pistolet avant de s’enfuir avec l’animal, mais aussi de Rick qui a promis de ramener à son patron à la fois le cheval et sa fille Rylee qui a fugué.  Tous ignorent la farouche détermination de ce gamin viscéralement attaché à sa nouvelle « amie » et de son grand-père, ancien policier militaire en pleine guerre de Corée, bien loin d’avoir dit leur dernier mot.

Le western évolue alors vers un « road trip » qu’affectionnent les écrivains américains, ici pour raconter l’inaltérable croisade de ce duo traversant à bord de leur pick-up des paysages désolés, et prêts à tout pour récupérer leur seule alliée en ce monde. Comme dans tout voyage initiatique, le vieil homme s’ouvre à son petit-fils, confesse ses anciens faits d’armes dans les années 50 parmi la brigade des mœurs à Chuncheon, et, en lui enseignant comment se défendre à son tour contre le mal, tous deux apprennent à s’apprivoiser. Dans une vengeance aux multiples rebondissements, la jument symbolise le lien fragile et infini entre la nature et les hommes, ainsi que la sauvage liberté à laquelle tous aspirent. Cette « unique chose dont dépend notre salut » qui n’est pas sans évoquer au lecteur la baleine Moby-Dick (spectre qui hante le capitaine Achab dans le roman éponyme de Melville)  figure, selon le titre de ce deuxième roman impeccablement traduit par l’équipe des éditions Agullo après Le blues de la Harpie, la promesse d’un bonheur perdu et d’un sens à retrouver, une « pure merveille » bien plus étincelante que noire...

Mon père cet espion

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"Le secret est une arme à double tranchant."
Publié aux Etats-Unis moins de six mois avant les attentats de 2001, découvert l’an dernier grâce aux éditions Gallmeister et désormais disponible en format poche, Little America prend place à côté de ces romans d’espionnage cultes qui sont également de grandes œuvres littéraires : La Compagni...

Cet auteur nous donne à voir un monde disloqué après la guerre froide  à travers le regard attendri et meurtri d’un homme et d’un père, l’historien Terry Hooper, qui revient sur l’enfant et le spectateur qu’il fut des événements de 1958 dans le Korach, minuscule monarchie imaginaire coincée entre  la Syrie, la Jordanie, l’Irak où, avec sa mère, il a suivi son père en mission secrète. Souhaitant écrire quarante ans après un livre sur la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient,  il a besoin d’obtenir les aveux de ce père vieillissant seul dans son appartement de Boston, ancien agent de renseignement qui a fait pour toujours vœu de silence sur ses activités occultes.  Sur ordre du gouvernement américain alors présidé par Eisenhower, Mack Hooper avait gagné peu à peu la confiance du jeune roi du Korach, ce qui lui a permis de déjouer l’opération « Rose du Désert » et  les complots venus d’Egypte (Nasser et son programme panarabe), des Frères musulmans et des Soviétiques, prêts à éliminer ce monarque devenu trop proche des Américains. Parfait dans son rôle de courtisan et de confident, Mack a-t-il livré chaque mois au palais d’Hamra une mallette pleine de dollars, et pour quelle(s)obscures raison(s) ? Quel rôle a-t-il joué dans l’assassinat de ce nouveau roi ?

Certaines bribes patiemment recueillies, reconstituées, recousues grâce aux nombreux livres, journaux, archives, photos et entretiens auprès d’acteurs et témoins encore vivants permettent de combler peu à peu les lacunes… L’imagination du narrateur fait le reste, et nous offre un puzzle romanesque magistral qui se lit comme une enquête géopolitique captivante doublée d’une quête filiale et amoureuse autour d’un père et mari insoupçonnable. En fouillant dans la bibliothèque paternelle, Terry trouve une mystérieuse lettre d’amour glissée dans un ouvrage daté de cette époque lointaine,  et qui n’a pas été rédigée par sa femme. Quels étranges liens unissent Mack Hooper à ce roi, à cette « famille » d’adoption (la CIA) et à son épouse dont il est séparé mais à laquelle il donne, à plus de 80 ans, des rendez-vous clandestins ?

Enfant dans les années 50, Henry Bromell a également accompagné son père au gré de ses affectations dans divers pays du Moyen-Orient en tant qu’agent de la CIA, devenant les citoyens de « Petites Amériques » reconstituées dans ces déserts stratégiques et explosifs. Il n’a jamais véritablement compris ni appris de cet homme resté discret  toute sa vie vouée à « écouter » plutôt qu’à « parler » à ce fils qui s’est alors construit une mythologie autour de cet étranger qu’il enrage de ne pouvoir démasquer, véritable  « sujet » littéraire chez ce futur écrivain qui a pu alors l’imaginer dans toute sa complexité : dieu invisible et omnipotent, traître, meurtrier, sauveur, ignoble conspirateur… De cette mythologie personnelle est né Little America qui possède les codes du palpitant polar d’espionnage et une subtile mise en abyme  autour d’une énigme infinie : « espionner mon père… l’espion ». Le narrateur de ce roman qui « s’intéresse à ce qui se passe à l’intérieur de l’histoire, à ce qu’elle cache, à ce qui est omis, oublié » prend conscience qu’il est « en train de démembrer et dévorer le passé », à la recherche éperdue du fragile fil conducteur traçant les frontières de deux pays engloutis et universels, voués à disparaître : le Korach et l’enfance. Car ces ruines sont aussi les nôtres, éclats de vérité et de royaumes sur lesquels nous voudrions régner toute notre vie et qui se révèlent arbitraires, réconfortantes illusions que la littérature permet d’exhausser et de partager. En refermant Little America, on ne peut être qu’impressionnés par une intrigue émouvante  qui se prête à de multiples lectures et subjugués par le sens d’une histoire intime et commune qui se dérobe toujours à nous, que nous ne cessons d’explorer, de vouloir saisir avec  le regard émerveillé et effrayé de  grands enfants qui se croient immortels à l’image des héros :

« Nous ne savons rien hormis des fragments, cependant nous avons besoin de connaître toute l’histoire, nous avons besoin d’une fin, nous en inventons même une si nécessaire, c’est ainsi que l’histoire devient mythe. »

Le pavé de votre été

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Vous réfléchissez déjà au livres que vous allez mettre dans vos bagages en préparant vos vacances. Un seul suffira : Brasier Noir, 1050 pages de suspense impitoyable. Le coupable ? Greg Iles, traduit auparavant aux Presses de la Cité et rentré depuis cette année aux éditions Actes Sud.

 

Ce roman m'a donné une folle envie de poser des RTT juste pour ne pas avoir à l'interrompre : la frustration est immense lorsqu'il faut arrêter la lecture et laisser Penn Cage, Caitlin, Henry Sexton se débrouiller tout seuls. Alors autant que vous le sachiez : la taille de ce polar n'enlèvera rien à la tristesse inhérente à la fin de l'histoire, vous demanderez 1050 pages de plus. Souhait qui pourrait être exaucé puisque Brasier Noir est le premier tome d'une trilogie dont la fin, Mississipi Blood a été publiée aux Etats Unis en 2017.

 

Qu'est-ce que Brasier Noir ?

 

L'histoire de Penn Cage, personnage récurrent dans les écrits de Greg Iles, ancien procureur devenu maire de la petite ville de Natchez, mari de Caitlin Masters, journaliste et directrice du Natchez Examiner, père d'Annie et fils de Tom Cage, médecin adoré par les habitants de la ville mais accusé de meurtre du jour au lendemain.

Commence alors pour Penn une plongée impitoyable dans le passé de Natchez et de ses habitants, jusqu'aux années 1960 et les luttes pour les droits civiques éclaboussées de sang, comme dans tout le sud des Etats Unis.

La construction du roman est presque parfaite, naviguant entre le passé et le présent à la troisième personne, alternés avec le point de vue du narrateur, Penn Cage, situé au cœur de l'action.

Le rythme du récit est endiablé, grâce justement à cette construction qui ne permet aucun moment de répit au lecteur : on se retrouve à tourner les pages en voulant aller plus vite que la musique alors qu'on est mené à la baguette par un excellent conteur.

Greg Iles connaît très bien cette partie de l'Amérique pour y avoir grandi (il y vit toujours d'ailleurs) : le passé raciste, ségrégationniste dont les relents sont encore d'actualité, est la toile de fond de Brasier Noir. Son intrigue est un prétexte pour raconter le monde absurde et cauchemardesque que les fanas de la suprématie blanche réservent au monde, les crimes commises au nom d'une loi inventée, les histoires d'amour finissant en cendres.

Brasier Noir est aussi l'hommage rendu à un journaliste, Stanley Nelson du Concordia Sentinel, qui s'est acharné pendant des années pour résoudre des meurtres raciaux perpétrés dans l'état de Mississippi dans les années 1960 et dont pas grand monde se souciait.

 

Brasier Noir est le pavé de vos vacances et je vous envie de pouvoir le découvrir !

 

 

 

 

Tout cela je te le donnerai - Dolores Redondo

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Cinq ans après le succès mondial de sa trilogie policière du Baztán mettant en scène l’inspectrice Amaia Salazar au cœur des légendes ancestrales de son Pays basque natal, le nouveau roman de Dolores Redondo couronné du prestigieux prix Planeta (équivalent espagnol de notre Goncourt) nous plonge ...
Alors que Manuel Ortigosa est en train d’achever son prochain roman dans le confort de son appartement madrilène, la police vient l’interrompre pour lui annoncer l’impensable : son mari Álvaro, en déplacement professionnel depuis quelques jours, vient de mourir dans un accident de la route près de Lugo, bien loin de là où il était censé se trouver. L’univers de Manuel s’effondre encore davantage quand le mensonge s’avère concerner jusqu’à la véritable identité de l’homme dont « le corps était sa patrie » depuis quinze ans. En même temps que sa disparition, Manuel apprend qu’Álvaro est le marquis de Santo Tomé, descendant des Muñiz de Dávila, illustre lignée de la noblesse galicienne auprès de laquelle il avait apparemment renoué contact et qui laisse ce mari héritier d’une fortune et d’un titre qu'il ne veut assumer. Terriblement blessé par son amour trahi, Manuel va devoir faire connaissance avec une belle-famille recluse dans son luxueux pazo autour de la mère d’Álvaro, matriarche revêche gardienne de valeurs et de traditions obsolètes. Ce mystère des origines a-t-il un lien avec la mort suspecte d’Álvaro dont le corps a été retrouvé blessé par arme blanche avant de quitter la route ? Aidé de Nogueira, un policier officiellement à la retraite peu ouvert d’esprit, ainsi que de Lucas, l’ami d’enfance d’Álvaro devenu prêtre, Manuel va mener l’enquête sur le double visage de son époux, tentant d’écarter les brumes épaisses du mensonge, à l’image de l’ « orballo », cette bruine locale nimbant les êtres et la nature d’une atmosphère ensorcelante.
Tout à la fois quête des origines et du sens du devoir envers sa famille, mais aussi réflexion sur l’écriture tour à tour baume de vérité et « acide virulent », ce captivant roman d’amour plein de suspense nous confirme la place de Dolores Redondo parmi les grands noms de la littérature.
Retrouvez en vidéo l’entretien et le reportage en immersion de votre libraire partie le mois dernier à la rencontre de l’auteur que nous tenons à remercier chaleureusement ainsi que son éditeur Fleuve pour la découverte des lieux magiques de la Ribeira sacra (non loin de Saint-Jacques-de-Compostelle) qui l’ont inspiré pour écrire Tout cela je te le donnerai, telle une promesse tenue à chacun de ses lecteurs…

Romans policiers

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