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Livres Poésie

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Coups de cœur des libraires

Coline Pierré - Danser jusqu'à soi

Combien de corps habite-t-on de notre naissance à notre disparition ? C’est à cette exploration de toutes ses métamorphoses possibles et des nombreuses façons de le mettre en mouvement que ce recueil tente de répondre avec une grande délicatesse. 
Coline Pierré s’adresse ici directement à cette enveloppe de chair qui lui a permis de faire un enfant il y a dix ans, d’écrire des livres depuis treize ans mais aussi qui se dérobe à elle et se révèle finalement “empêché”, voire invivable : 

“trente-huit années de vie conjugale

avec mon corps

un vieux couple

et toujours pas foutu de s’accorder

un vieux couple

et toujours pas foutu de s’aimer”

C’est bien au lecteur qu’elle tend un miroir pour s’interroger ensemble sur la place à accorder à notre corps quel qu’il soit, nous invitant à la suivre dans sa danse des gestes dans l’espace  (car “quelle activité fait-on avec son corps tout entier / à part danser”) mais également dans sa danse des mots sur la page (certains poèmes sont de vrais calligrammes). 

Cette manière d’ ”arriver jusqu’à soi” appelle à un autre regard pour ce corps habitué à obéir, si longtemps négligé, “coulé / dans les désirs des autres / dans les désirs du monde”. Grâce à la danse, la poétesse apprend à l’apprivoiser afin qu’il ne réponde plus aux injonctions du patriarcat ou de la société : 

“un corps auquel on ne demande rien

un corps qui ne rend pas compte

je veux un corps qui ne sert qu’à moi

un corps qui puisse dire

je suis un corps

sans que ça donne

aucun droit à personne”

La dimension politique occupe la fin du recueil sans que celle-ci n’élude ni la sensibilité ni le rire salvateur qui pointent derrière les rimes malicieuses : 

“on n’a pas le temps de faire la révolution

quand on est occupées à surveiller ses capitons

comme des gardiennes de prison”

Convoquant au final la tendresse comme seul recours, “Danser jusqu’à soi” nous apprend à “refuser l’invisibilité”’, à “chercher sa sauvagerie”, bref à traverser autant que se laisser traverser par ce corps aux multiples possibles.

Alice Mendelson - L'érotisme de vivre

C'est le printemps des poètes ! Nous avons le plaisir de vous annoncer une rencontre exceptionnelle avec Catherine Ringer ! A noter dans votre agenda : rendez-vous à la Station Ausone lundi 9 mars à 18h.
L'autrice-compositrice-interprète, moitié du groupe Les Rita Mitsouko, vous invite, lors d'un entretien et d'une lecture, à découvrir les poèmes joyeux et sensuels d'Alice Mendelson, dont le recueil inédit vient de paraître aux Editions Points : L'érotisme de vivre.

L'occasion de rencontrer l'oeuvre d'une poétesse méconnue, décédée l'an dernier, qui a écrit et enseigné toute sa vie après avoir échappé à la déportation. Ses textes célèbrent son goût des hommes, du désir, de la volupté. Dans la préface qu'elle signe, Catherine Ringer écrit : "Ça me touchait à la manière de Jacques Prévert : tendresse, crudité, mots simples et spectaculaires !", d'où son envie d'en faire un spectacle qu'elle joue depuis 2021 partout dans le monde, accompagnée de Mauro Gioia qui en assure la mise en scène - et qui sera présent à ses côtés lors de cette soirée.

"Tradéri Dérira         "Tu mors dans ce jour avec moi

La voilà                   Dans la pulpe et l'écorce

Ma rieuse                Le jus de la joie

Amoureuse "           Buvons notre force."

Marie Piermano - Couloir infinitif

Quels mots pour panser l’indicible ? Quel sens donner à l’inexcusable ?
C’est avec la poésie que Marie Piermano répond à cette quête de soi en explorant avec pudeur les lieux de passage de l’adolescence à l'âge adulte, ces couloirs initiatiques qui sont autant d’espaces verrouillés d’abord, telle la mémoire qui ne se réveille qu’au fil du temps et du recueil. 
A l’image d'un récurrent “petit portail vert” sous sa plume, la Bordelaise nous donne accès à l’enfance retrouvée et aux souvenirs qui lui sont liés. Pour évoquer l’empreinte dans le corps d’un traumatisme, elle convoque d’abord des images disparates d’une scène quasi théâtrale (un repas familial dans un restaurant de bord de mer, une soupe indigeste, un carnaval, …) dont les contours se précisent peu à peu pour laisser apparaître la brutalité d’un acte, puis la réparation et l’apaisement qui adviennent notamment grâce au pouvoir des mots et à la rencontre amoureuse.

De la douleur à la douceur, de l’infinitif au verbe, la lecture de ce recueil nous traverse et nous bouleverse, imprimant en nous une trace pérenne : 


“Les mots auront la beauté d’un poème

(ils auront) la capacité de réparer les fissures

(ils auront) la douceur de ton amour

l’odeur du bois vieilli du sel et de la mer

et nous aurons une maison 

un petit portail vert

pour apaiser nos vies

Et vieillir

vieillir ensemble

Nous irons marcher

dans le passage secret des mots

Un soir avec le verbe et le souffle court

je te dirai je t’aime

Un verbe murmuré “

Boucher fumier - Hortence Raynal

Dans ce recueil qui vient de paraître en format poche, Hortense Raynal tente de définir ce qu’est la poésie, à quoi elle sert, et sa réponse peut dérouter plus d’un lecteur !
Sous sa plume, la poésie n’est pas un enjolivement de la réalité mais au contraire une mise à nu de celle-ci, quitte à révéler ce qui est passé d’ordinaire sous silence et à bousculer sans intention provocatrice :

“ tu salives de poésie. c’est goûtu, tu baves, ça dégouline”

A rebours des clichés, Hortense Raynal interroge la matière même de ce genre qu’elle n’hésite pas à qualifier de manière crue de joyeux “fumier” du corps et des sens.
Elle use d’une langue organique, charnelle, terreuse et fiévreuse pour en dire toutes les saveurs et les pulsations, sans langue de bois ni détours :

“ parfois faire un poème c’est comme faire les poubelles.     ça schlingue la poésie     en vrai ça sent, c’est pas neutre”

“ t’as une bouche-fumier    montage de fumier bien odorant, et ton rôle, oui ton rôle, c’est de faire en sorte que personne se bouche le nez”

Dans la lignée de Ghérasim Luca ou de Christophe Tarkos, la poétesse et performeuse (ses textes se prêtent parfaitement à une mise en voix) fait swinguer et suinter le verbe. “Acrobate”, elle nous invite alors “à se contorsionner et faire se contorsionner les mots” pour explorer toutes les marges et faire jaillir une voix singulière et détonnante dans le paysage poétique actuel :

“la poésie : peur pas rassurante (...) le visage de la poétesse qui plonge dans le gouffre des mots, dans le sac de mots qui font peur. qui sont jamais utilisés. et son devoir c’est de les jeter à la face des autres ces pauvres petits mots pauvres petits, hideux, hideux. et si vous aussi pour une fois vous alliez dans le grand sac noir des mots ?”

Orée Li - Primevères fantômes

De jolis poèmes pour l'arrivée du printemps !
Un magnifique recueil de poésie dans lequel l'autrice dépeint la nature comme un être à part entière. Chaque pousse, chaque fleur, chaque espèce devient une source d'admiration, d'observation et de contemplation. Cette plume délicate et sensible nous permet d'incarner et de goûter chaque plante, de vivre au travers d'elles, de leurs environnements et de tous leurs récepteurs sensoriels. Entre souvenirs personnels et familiaux, culture, tradition, et regard ouvert sur le monde, cet ouvrage est très riche. L'autrice nous offre un recueil tendre, plein d'amour pour ce qui l'entoure et ce qui existe, et nous permet presque de fusionner avec chaque élément des prairies, des champs et des forêts.

Un livre aussi beau à l'extérieur qu'à l'intérieur, d'une élégance et d'un raffinement aussi touchant que poignant, qui saura ravir vos mains, vos yeux et votre coeur. Le lecteur est plongé dans un univers d'émerveillement perpétuel.

"Dans les champs. Là où l'on trouve des fleurs. Là où le drame et la douceur s'imbriquent. C'est la guerre. Et quelque part en moi, c'est la guerre. Je suis un chevalier dans une prairie. Je ne sais pas si la guerre durera toujours. Je la scrute. De très près. Je la regarde agir en silence. Entre les jonquilles sauvages des prairies de Haute-Loire, dans les petites touffes de campanules violettes des villages du Finistère, dans la souveraineté des narcisses de la Vallée de Pelvoux, la guerre est en germe." p67

Vivante

Découvrez une plume à l'image de Clara Ysé, guerrière et sensible
On commence à connaître la chanteuse Clara Ysé, auteur, compositrice, musicienne, révélée par son album Oceano Nox. En littérature, elle a déjà commis un roman, Mise à feu, récompensé par le Prix de la Vocation, et voici que nous la découvrons poète grâce aux éditions Seghers qui publient son premier recueil : Vivante

Vivante et vibrante, tour à tour lumineuse et sombre, la voix singulière de Clara Ysé donne à lire à la fois des blessures et des abîmes, des précipices et des joies sublimes, des morsures et des élans vers des ciels ouverts, des ombres porteuses de mort et des espoirs surgissants... Sa poésie est à son image, guerrière et sensible.

Rendez-vous jeudi 27 juin à 18h à la Station Ausone, au 8 rue de la Vieille Tour, pour échanger avec l'artiste. Nul doute que la rencontre sera intense !


Pour goûter à ses mots, et vous donner envie, voici quelques extraits choisis :

Notre incroyable fragilité m'attrape à la gorge
Il faut honorer ce miracle
Répété chaque jour
De ressembler aux lucioles 
Dans le ciel de mai

Apprenez-nous les chants qui traversent le temps
Comme des comètes furieuses

Prends la solitude et la nuit opaque
Traverse sans espérer trouver
Derrière la nuit
La source lumineuse de la nuit

Et alors peut-être
Tu rencontreras des galaxies 
De silex d'or et de silence


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