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L'impossible famille Rivière : retour sur un triple meurtre en 1835

Auteur : Jeanne Favret-Saada

Un coup de coeur de Isabelle P.

L’anthropologue Jeanne Favret-Saada ré-ouvre les archives d’un crime, un parricide plus exactement, qui depuis 1836 n’en finit pas de faire couler beaucoup d'encre.

“Tuer, puis mourir”.

Dans le bocage normand de la première moitié du 19ème siècle, un sordide fait divers est jugé à Caen. Un jeune paysan a égorgé trois membres de sa famille : sa mère, sa sœur et son jeune frère. Si un tel meurtre est passible de la mort, les jurés vont néanmoins commuer sa peine en prison et demander même à ce qu’il soit gracié. Pourtant, le jeune Pierre Rivière a revendiqué son triple homicide prémédité de longue date. En attendant son procés, il a couché sur une cinquantaine de feuillets les raisons de son acte et demande lui-même à payer de sa vie cet assassinat.

“Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère…”

Lorsque Michel Foucault découvrit ce document, il fut aussitôt fasciné par ce récit qui “échappe à toutes les catégories” et décida avec d’autres universitaires dont Jeanne Favret Saada de le publier tel quel, sans déformer la parole du jeune homme. Ce livre disponible encore aux éditions Folio réactiva le débat de l’époque autour du caractère psychotique ou non du criminel.

Reprendre l’enquête de terrain.

Jeanne Favret-Saada connaît bien le bocage normand même si son livre Les mots, la mort, les sorts aux éditions Folio se penche plutôt sur l’étude de la campagne berrichon. Elle remonte donc dans un premier temps aux théories d’un acte de folie de Pierre Rivière. Sa compréhension de la langue et du bocage virois permet de démonter les analyses des psychanalystes - parfois célèbres - et leurs reprises par des historiens un peu trop confiants.

Une vive lumière jetée sur l’institution matrimoniale.

Dans une deuxième partie, l’ethnologue reprend le texte de Pierre Rivière, cette chronologie des faits qui aboutirent au parricide. Dans un constant aller-retour entre le texte et son éclairage, elle dissèque les propos du jeune homme au regard du contexte historique national et local. Se déploie ainsi en arrière-plan l’histoire d’un couple, les parents de Pierre Rivière dans les années 1830. C’est surtout l’histoire d’une jeunesse en proie pour les jeunes hommes à la peur de la mobilisation dans des guerres meurtières ; pour les jeunes femmes au carcan irrespirable du code napoléonien qui consacre légalement l'infériorité de la femme face à l'homme : “la domination masculine fonde l’ordre familial et d’ailleurs social” et ainsi au nom de la famille, les femmes sont soumises à l'autorité du mari.

Folie meurtrière ou vengeance?

Tout au long du livre Jeanne Favret-Saada aiguise autant notre curiosité qu’elle nous apprend à lire entre les lignes. Finalement, l’histoire des Rivière est d’une tragique banalité, un fait divers pourrait-on dire. Mais chaque époque engendre ses types de crimes et de folie. L'auteure se garde bien de faire des jugements moraux entre un père vaillant et lâche et une mère odieuse et rebelle. L’histoire de vies enserrées par les normes d’une société et un superbe livre qui se transforme en vrai plaisir de lecture.
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Résumé

Le 3 juin 1835, le jeune Pierre Rivière, un paysan normand, égorge sa mère, sa soeur et son frère. Dans l'attente de son jugement, il rédige un mémoire d'une quarantaine de pages afin de justifier son geste et se suicide dans sa cellule en 1840. A l'encontre des interprétations psychiatriques dominantes, l'auteure s'appuie sur l'ethnologie pour révéler la rationalité de ces meurtres. ©Electre 2026

L'impossible famille Rivière

Retour sur un triple meurtre en 1835

Le 3 juin 1835, un jeune paysan normand, Pierre Rivière, égorge sa mère, sa soeur et son frère avant de s'enfuir. Arrêté le mois suivant, il rédige, dans l'attente de son jugement, un Mémoire d'une cinquantaine de feuillets pour expliquer son geste. Condamné à mort, puis gracié, c'est-à-dire emprisonné à vie, il se suicide dans sa cellule en 1840.

De cette affaire, il nous reste ce Mémoire très détaillé, redécouvert au début des années 1970 par Michel Foucault qui, entouré d'une petite équipe, en produisit l'édition. Jeanne Favret-Saada avait participé à cette entreprise éditoriale, qui se refusait à toute interprétation savante pour laisser la pleine page au jeune homme.

Dans le présent ouvrage, l'anthropologue revient sur ce qui s'est joué en 1835 - des élites donnant la parole à un « subalterne » que son acte jugeait d'avance -, mais en s'attachant au fond de l'affaire : quelle suite d'événements a conduit Pierre Rivière à ce triple meurtre ?

Contre l'interprétation qui réduit ce Mémoire à un discours psychotique, elle propose qu'on le soumette à une enquête qui conjoigne l'ethnologie et l'histoire. Elle examine ainsi les vingt-deux ans d'une vie familiale impossible, Victoire Rivière ayant refusé d'emblée la plupart des devoirs de l'épouse. Le mariage était alors régi par le Code civil napoléonien, pleinement confirmé par la coutume locale en matière de domination masculine. L'analyse serrée des péripéties rapportées par l'assassin montre alors les raisons de son geste meurtrier.

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Fiche Technique

Paru le : 26/02/2026

Thématique : Textes de sociologues

Auteur(s) : Auteur : Jeanne Favret-Saada

Éditeur(s) : Gallimard

Collection(s) : Bibliothèque des sciences humaines

Série(s) : Non précisé.

ISBN : 978-2-07-312203-2

EAN13 : 9782073122032

Reliure : Broché

Pages : 357

Hauteur: 23.0 cm / Largeur 15.0 cm


Épaisseur: 2.5 cm

Poids: 390 g