La femme & le travesti




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La femme & le travesti

Chantal Aubry

iconographie Ève Zheim

Éditeur : Rouergue Tous les livres chez l'éditeur Rouergue , Arles (Bouches-du-Rhône), Arles (Bouches-du-Rhône)

Description : 191 pages; (31 x 22 cm)

EAN13 : 9782812604058


Résumé

Une histoire des acteurs travestis en femmes, dans le contexte rituel ou des arts du spectacle, dans divers lieux et époques, illustrant l'éviction des femmes de l'espace public dans des sociétés patriarcales.

Quatrième de couverture

L'acteur travesti vient du fond des âges. Il apparaît très tôt, dans toutes les cultures. Parce que l'homme a interdit l'espace public à la femme, il a été amené historiquement, en Occident comme en Orient, à prendre sa place. Chantal Aubry puise à des exemples particulièrement représentatifs au fil des siècles et des continents pour interroger les mécanismes de cette éviction et de cette sublimation, jusqu'à son renversement par une revendication transgenre généralisée dont le monde du spectacle vivant est, avec celui de la mode, l'une des pointes avancées. Du travesti contraint au travesti émancipateur, sur une riche iconographie rassemblée par Eve Zheim, c'est la condition des femmes dans des sociétés d'hommes faites pour les hommes qui est ici en question.

 

Thématique : Littérature - Théâtre - Essais, albums et critique de théâtre


Éditeur : Rouergue , Arles (Bouches-du-Rhône)


Collection : Non précisé


Reliure : Non précisé


Description : 191 pages; (31 x 22 cm)


ISBN : 978-2-8126-0405-8


EAN13 : 9782812604058

Chantal Aubry - La femme et le travesti

A l'occasion du festival Cinémarges 2013, Chantal Aubry vous présente son ouvrage "La femme et le travesti" aux éditions du Rouergue.

Chantal Aubry, Jérémy Patinier et la performeuse Louise Deville
En partenariat avec La Manufacture Atlantique et le festival Cinémarges
« Les scènes du travestissement »

Rencontre animée par Hervé Pons, auteur de Alfredo Arias. L'écriture retrouvée (Rocher) et de Pippo Delbono. Le Corps de l'acteur ou la nécessité de trouver un autre langage (Solitaires Intempestifs).

Avec
Chantal Aubry, auteure du livre La femme et le travesti (Rouergue),
Tiphaine Bressin, co-auteure avec Jérémy Patinier de Strike a pose : Histoire (s) du Voguing (Des ailes sur un tracteur),
Louise Deville, performeuse

Des acteurs traditionnels onnagata japonais au moderne Kazuo Ohno, des garçons travestis de Shakespeare aux personnages de cabaret de Pina Bausch, le travesti est de tout temps lié à l'histoire du théâtre. Pourquoi la figure du travesti, à la fois sublime et monstrueuse, continue-t-elle de fasciner ? Quelles questions politiques pose encore aujourd'hui la pratique du travestissement dans les champs du théâtre et de la performance ?



Poursuite de la manifestation à la Manufacture Atlantique :


Samedi 30 mars

19h & 24h – Projection
Paris is burning de Jennie Livingston

21h – Spectacle
La Toto de Roberto Vidal

22h>02h00 – Dance floor
Soirée STRIKE A POSE
Performance de Louise Deville / Concours de voguing & défilé de Drag Queens et Drag Kings
DJ Truella D'enfer (soirées « House of Moda ») / DJ Barbeatboy


Dimanche 31 mars

13h – Banquet Littéraire « La Moussaka de Desdemona » par le Collectif Crypsum d'après Middlesex de Jeffrey Eugenides.
(sur réservation uniquement)


Réservations :
05 56 85 82 81
info@manufactureatlantique.net



Et de nombreuses projections de films bien sûr aux cinémas Jean Eustache et Utopia...

Extrait du livre

Extrait de l'introduction De la nécessité de l'acteur travesti Le travestissement, soit le changement de genre par l'habit, traverse l'histoire de l'humanité pratiquement depuis les origines, mais il revêt des significations différentes selon les époques et les civilisations. Dans certaines cultures, il n'est pas nécessairement associé à la hiérarchie des sexes. Dans d'autres, particulièrement celles où le clivage masculin-féminin s'exprime par la domination masculine et l'appropriation par l'homme du corps de la femme, il est lié à l'interdiction faite à celle-ci d'user librement de l'espace public. On peut même considérer, avec la grande anthropologue Françoise Héritier, cette situation d'infériorité et de contrainte des femmes comme étant pratiquement universelle. Aux hommes, la guerre, la parole publique, le pouvoir politique, le contrôle sur la descendance et sur le patrimoine. Aux femmes, la reproduction de l'espèce et l'assignation à résidence - harem, gynécée, voile, couvent, effacement (en tout genre). Quant à celles qui, de siècle en siècle, oseront s'aventurer au dehors, elles seront partout considérées comme des débauchées. Pour sortir décemment, la femme devra toujours être accompagnée. Si le phénomène s'observe à des degrés divers dans presque toutes les sociétés humaines, il est particulièrement flagrant dans les sociétés désignées par les ethnologues comme patriarcales, soit celles du pourtour méditerranéen, du Moyen-Orient, de l'Inde, de la Chine et du Japon. Avec toujours, à la base, le même argument, à savoir : empêcher le dévergondage et la prostitution auxquels sont immanquablement vouées les femmes qui s'exposent publiquement. Ce qui entraînera pour la femme la nécessité de se travestir quand elle désirera s'introduire, seule, dans le vaste monde. Et pour l'homme, celle de se travestir afin de figurer la femme chaque fois que le besoin de la représenter se manifestera, d'abord dans le rituel, puis dans le théâtre. L'acteur travesti Dans les rituels animistes, le prêtre peut se travestir pour incarner la déesse. Dans le théâtre gréco-romain, c'est l'homme masqué lui-même féminisé en tant qu'acteur qui figure la femme. Le passage du polythéisme au monothéisme et la formation de l'Occident chrétien vont compliquer les choses. Avec l'apparition des interdits visant notamment l'homosexualité et le travestissement, l'homme ou la femme qui se travestissent seront désormais poursuivis en vertu de l'article 22 :5 du Deutéronome, dernier livre de la Torah. Le travestissement ne sera toléré que pour l'officiant, et plus tard pour l'acteur, soit partout où la femme ne peut apparaître en public - cérémonies, liturgie médiévale, enfin scène théâtrale. Mais, toujours ressenti comme «abaissant», toujours critiqué, il sera sévèrement contrôlé, jusqu'à être considéré comme «pathologique» et réprimé au même titre que l'homosexualité, le rôle occupé par l'acteur travesti se déplaçant presque toujours sur sa personne. Sauf à être pratiqué par les gens de Cour et les privilégiés de la fortune, et à échapper alors à toute répression - sinon à toute critique. Dans le monde du théâtre européen, l'interdiction frappant les femmes en tant qu'actrices perdure jusqu'au XVIIe siècle. Au moment même où, coïncidence, elle commence au Japon et en Chine. Alors que l'acteur travesti est regardé avec méfiance ou ridiculisé en Occident, l'onnagata et l'acteur dan de l'opéra chinois apparaissent au contraire comme l'illustration accomplie d'un interdit qui fait naître un art à part entière. C'est à partir de ce double constat - éviction/sublimation - envisagé dans son déroulement historique et puisé dans un certain nombre d'exemples particulièrement représentatifs au fil des siècles et des continents qu'est conçu cet ouvrage. Il passe par l'opéra chinois, par le kabuki japonais, par la danse chakri du Rajasthan, par la danse chhau de Seraikella, par la danse gotipua de l'Orissa, ou par les rituels travestis des nat-kadaws birmans. Il passe par Shakespeare et le théâtre élisabéthain, par le théâtre baroque, par le ballet de Cour, par l'Italie des castrats, par Marivaux, par l'opéra. Et il traverse immanquablement la problématique du travesti féminin au théâtre, qui apparaît en Europe dès que les actrices sont autorisées à monter sur scène. Effet miroir dans lequel l'un joue l'autre et réciproquement, et qui évolue, à partir du XVIIIe siècle jusqu'à l'échange systématique, et systématiquement troublant, des habits.