Résumé
Paul, paysan très frustre, engage un ouvrier portugais pour l'aider à la ferme. Vulve, son épouse, a une tumeur au ventre. George décide Paul à emmener sa femme se faire hospitaliser. Quand elle revient guérie, George s'en va, et à la ferme plus rien ne sera comme avant. Entre Paul et Vulve, quelque chose a changé. Premier roman.
Quatrième de couverture
Rapport aux bêtes
« C'est venu l'heure du car postal qui a posé l'ouvrier. Par les fenêtres de la cuisine on l'a regardé venir : un ouvrier baraqué qui a rempli le chemin, le passage sous les arbres et tout le portail entier et qui est venu buter contre la porte de la cuisine : boum boum boum ! De près ça fait sursauter mais j'ai pas eu peur comme Vulve qui a couru dans la chambre. Alors c'est comme d'habitude, c'est donc moi qui ai dû ouvrir. »
C'est Paul qui parle, un paysan fruste et violent qui ne chérit que ses bêtes. À ses côtés sa femme, détestée et muette, souffre d'un mal qu'il refuse d'admettre. Lorsque l'ouvrier Georges, le temps d'une saison, s'installe chez eux à la ferme, le regard de Paul insensiblement se transforme.
Rapport aux bêtesRapport aux bêtes, qui avait enchanté les libraires lors de sa parution en 2002, ressort en poche. C'est l'occasion pour nos lecteurs de redire leur admiration pour ce texte.
Les jeunes écrivains qui peuvent se targuer d'avoir, dès leur premier
roman, fait preuve d'un style qui les distingue du lot sont peu
nombreux, quelques têtes à peine dans un troupeau dont bien des membres
disparaissent sans laisser le moindre souvenir. Noëlle Revaz est de
ceux-là : son premier roman,
Rapport aux bêtes,
paru en 2002, nous avait soufflés, étonnés, ravis et depuis nous
attendions, inquiets, de voir si cette surdouée pointerait de nouveau
les cornes affutées d'un style hors du commun. La sortie d'
Efina (
dont nous avons parlé sur notre blog)
en cette rentrée confirme, après un long silence, tous les espoirs que
nous placions en elle, et comme Gallimard a eu l'heureuse idée de
sortir conjointement en folio ce fameux
Rapport aux bêtes, l'occasion nous est donnée d'en tresser une couronne.
Loin, très loin de la ville, dans une campagne verte où les vaches
paissent avec délice et où la civilisation n'arrive que de façon
incertaine, le Paul dirige sa ferme avec la passion fruste d'un paysan
qui a trouvé les trois mots qui font du bien à ses vaches et oublié le
moindre geste qui rappellerait à sa femme qu'elle n'est pas un objet.
Ses gosses, on n'en saura jamais les noms, jamais le nombre, il n'en
pense rien, sauf qu'il ne faut pas oublier de les nourrir. Âpre au gain
mais pas avare de paroles, il se lance dans un monologue au long
souffle qui va lui permettre de dire ce qu'il a sur le cœur même si cet
organe semble plus chez lui de granit que de chair. Et, miracle de la
parole libératrice, en même temps qu'il dévide ses longs couplets
bilieux dans une langue archaïque et incroyablement inspirée qui sidère
par sa cohérence, comme une glaise brute dont on tirerait des formes
inattendues, le voilà qui s'éveille à l'Autre, qui s'interroge, qui
fulmine certes mais qui avance en terrain inconnu. Un ouvrier agricole,
du nom de Georges (Jorge, mais en portugais c'est plus difficile à
dire), venu dans l'exploitation se faire exploiter quelques saisons (il
dort dans la grange car la chambre vacante de la maison, celle du
grand-père mort, prend la poussière depuis des années en signe de
respect filial) amène avec lui une humanité, une attention aux autres
qui, après l'avoir estomaqué, provoque en lui de petits séismes à même
de faire trembler ses imbéciles certitudes. C'est ce parcours, cette
micro-odyssée d'un langage en déréliction qui pourtant se fait neuf à
chaque page, que la Suissesse Noëlle Revaz va tisser en 200 pages
stupéfiantes, secouant notre torpeur de lecteurs trop ménagés par les
jolies phrases de jolis auteurs…sans saveur.