Dernier royaume




Contient un coup de coeur

Dernier royaume Volume 7  : Les désarçonnés

Pascal Quignard

Éditeur : Grasset Tous les livres chez l'éditeur Grasset , Paris, Paris

Collection : Collection littéraire Tous les livres dans la collection Collection littéraire

Description : 337 pages; (21 x 14 cm)

EAN13 : 9782246800651


Résumé

Ce roman évoque ceux qui tombent et se relèvent, qui, comme l’auteur, sont atteints de dépression nerveuse, ce que les psychanalystes appellent dépression originaire et qui demande de repasser par la case départ.

Quatrième de couverture

Les désarçonnés « Tout mythe explique une situation actuelle par le renversement d'une situation antérieure. Tout à coup quelque chose désarçonne l'âme dans le corps. Tout à coup un amour renverse le cours de notre vie. Tout à coup une mort imprévue fait basculer l'ordre du monde et surtout celui du passé car le temps est continûment neuf. Le temps est de plus en plus neuf. Il afflue sans cesse directement de l'origine. Il faut retraverser la détresse originaire autant de fois qu'on veut revivre. »

 

Thématique : Littérature - Littérature française - Littérature française


Éditeur : Grasset , Paris


Collection : Collection littéraire


Reliure : Non précisé


Description : 337 pages; (21 x 14 cm)


ISBN : 978-2-246-80065-1


EAN13 : 9782246800651

Entre littérature et psychanalyse : regards croisés
Freud était un immense lecteur et la psychanalyse s'est toujours intéressée de près à la création littéraire.
Entre un roman paru en septembre et des rencontres dans notre agenda, le dialogue reste ouvert !

Pour son premier roman remarqué en cette rentrée littéraire, Julia Deck conte l'errance géographique et psychique de son héroïne éponyme en quête, comme le lecteur, d'une réponse à la curieuse question : a-t-elle ou non assassiné son psychanalyste ? De fausses pistes en vrais dédoublements mentaux et narratifs (le texte passe allègrement du « tu », au « vous », au « elle » comme pour brouiller les indices), l'art du décalage vient compromettre l'identité de Viviane Elisabeth Fauville tout en apportant une légèreté bienvenue dans ce vertigineux glissement de personnalité.

Par-delà la singularité irréductible de son récit, Julia Deck n'est pas le seul écrivain à mettre en scène (ici explicitement) un psychanalyste dans un roman, interrogeant alors en creux le lien entre folie et création. Dans un passionnant essai intitulé Freud avec les écrivains pour lequel les auteurs sont venus récemment à la librairie (podcast de la conférence), le psychiatre Edmundo Gomez Mango et le psychanalyste J.-B. Pontalis inversent, à l'instar de Pierre Bayard (également psychanalyste et écrivain) notamment dans Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse, le propos communément admis. Au lieu de la « psychocritique » (Charles Mauron) et à côté de la « textanalyse » (Jean Bellemin-Noël) qui tendent à administrer aux textes littéraires les concepts psychanalytiques, les deux auteurs nous ouvrent la bibliothèque de Freud et révèlent tout ce que ce fondateur doit à la fréquentation des grandes œuvres qu'il a incorporées : Sophocle et Shakespeare pour le fameux complexe d'Œdipe, les romantiques allemands (Goethe, Schiller, Heine, Hoffmann) sans oublier les écrivains de son temps rencontrés et avec lesquels il a correspondu tels Stefan Zweig, Arthur Schnitzler, Thomas Mann ou le Français Romain Rolland. Cette tension permanente entre le « Dichter » (le poète ou créateur littéraire que Freud admirait pour avoir saisi avant lui l'inconscient) et le « Forscher » (le chercheur, le scientifique qu'était Freud) traverse la théorie freudienne mais également son style : en cela, Gomez Mango et Pontalis montrent combien la pensée de Freud habite poétiquement sa langue (l'allemand) et la langue « dans un abandon mutuel, dans une fécondité amoureuse ».

L'éminent psychiatre suisse et critique littéraire Jean Starobinski (auquel Freud et les écrivains est dédié !) publie récemment L'encre de la mélancolie qui est le cœur et le point final de son œuvre entamée dès les années 1960 avec sa thèse de médecine : soit l'étude du thème de la mélancolie à travers la littérature, ce qui implique un détour passionnant par l'histoire de la philosophie (Aristote, Démocrite, Ovide, Robert Burton, Kierkegaard…), de l'art (Van Gogh, Dürer, De Chirico, Munch…) et bien sûr la littérature (de Montaigne à Artaud, en passant par Rousseau, Baudelaire…).

Le 27 novembre, ce sera au tour de Jean-Yves Tadié, spécialiste et éditeur de Proust dans la collection de la Pléiade, d'évoquer à la librairie (cf. agenda Mollat) la relation entre l'écrivain d'A la recherche du temps perdu contemporain de Freud (mais qui ne se sont jamais rencontrés !) et l'inconscient qui donne son titre à cet ouvrage Le lac inconnu, trouvaille de l'écrivain-poète incluse dans Le Temps retrouvé : « …ce magnifique langage, si différent de celui que nous parlons d'habitude et où l'émotion fait dévier ce que nous voulions dire et épanouir à la place une phrase tout autre, émergée d'un lac inconnu où vivent des expressions sans rapport avec la pensée et qui par cela même la révèlent. »




En guise de repères, voici une sélection de romans et d'essais qui permettent d'approfondir le rapport ô combien fécond entre psychanalyse et littérature :


Illustration : © Bank-Bank - Fotolia.com

Quelques romans sous influence psychanalytique

Viviane Elisabeth Fauville

L'Amour des commencements

La Montagne magique

Mademoiselle Else

Stefan Zweig / Romans et nouvelles / Classiques modernes

Dernier royaume / Les désarçonnés

Depuis maintenant / Le psychanalyste

Le rêve des chevaux brisés

Mensonges sur le divan

Celle qui détricotait la vie

La déchirure

La justice de l'inconscient

La fin de la folie

Marilyn dernières séances

Mon patient Sigmund Freud / roman

Quelque chose à te dire

Le vérificateur / roman

Tout est dans la tête

La petite robe de Paul

Petite nuit

Des précurseurs du dialogue psychanalyse/littérature

Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen

L'inquiétante étrangeté / et autres essais

Oeuvres complètes / Freud et la création littéraire / Grands textes

Correspondance

Des métaphores obsédantes au mythe personnel / introduction à la psychocritique

Psychanalyse et littérature

Psychanalyse des contes de fées

Kafka, pour une littérature mineure

Le Corps de l'oeuvre / essais psychanalytiques sur le travail créateur

Essais généraux sur le lien littérature/psychanalyse

Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ?

Maupassant, juste avant Freud

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

Le regard à la lettre

Promesses / de la psychanalyse et de la littérature

Littérature et psychanalyse / Freud et la création littéraire

Freud à l'épreuve de la littérature

Lacan et ses partenaires silencieux

Topique, n° 118

La psychanalyse appliquée à la littérature

De Sophocle à Proust, de Nerval à Boulgakov / essai de psychanalyse lacanienne

La mélancolie au miroir

Les revenants de la mémoire / Freud et Shakespeare

Beckett

Virginia Woolf / l'écriture refuge contre la folie

Proust et le monde sensible

Penser la mélancolie / une lecture de Georges Perec

Lacan lecteur de Gide

Psychanalyse au miroir de Balzac

Récents dialogues psychanalyse/littérature

Freud avec les écrivains

Le laboratoire central

Le royaume intermédiaire / psychanalyse, littérature, autour de J.-B. Pontalis

L'encre de la mélancolie

Le lac inconnu / entre Proust et Freud

Robert Walser, le promeneur ironique

Ne me faites pas dire ce que je n'écris pas / entretiens avec Hervé Castanet

Ecriture et psychanalyse

Lacan et la littérature

Coup de coeur du libraire

Dernier royaume / Les désarçonnés
« Avant-dernière boucle de mon pauvre royaume de toutes petites rives », Les désarçonnés est bien le septième chapitre du Dernier royaume, entamé par Pascal Quignard depuis dix ans, composant un ensemble singulier tant par la forme puisqu'il ne s'assigne à aucun genre littéraire que par le fond qui mêle fragments autobiographiques, étymologiques, mythologiques, historiques.

Ce volet s'intercale donc entre La barque silencieuse (tome VI) publié en 2009 et Vie secrète (tome VIII), publié en 1998…

« Tant que titubant je n'ai pas su mes lettres – tant que je n'eus pas l'idée fantastique de me retirer dans la lecture (à l'âge de cinq ans) et d'y perdre l'identité au cours d'un voyage alimentant à son tour un récit de voyage dans fin – je suis resté assis sur la pierre du caniveau de la grand-rue à regarder le Père Français en train de brûler longuement la corne des sabots tandis que l'animal gigantesque branlait du chef et hennissait. J'aimais la puanteur intense et la peur que m'inspirait le volume immense des chevaux de labour des fermes à l'entour ainsi que des deux grands chevaux blancs de mon cousin brasseur de bière. J'aimais les chevaux de trait des Ardennes, énormes, robustes, placides […] Je suis resté des heures, des heures, des heures, accroupi face au grand travail, les mains sur les genoux nus. Tout travail pour moi est d'abord cet échafaud de bois où s'enfonce un cheval qui regimbe. »

Lire Les désarçonnés de Pascal Quignard c'est faire l'expérience d'une traversée unique, hors temps (en dehors de cette actualité appelée « rentrée littéraire »), s'engager au plus profond d'une forêt tour à tour lumineuse et opaque, risquer de se perdre pour espérer mieux s'y retrouver. Ce rapt – ou ravissement – est à l'image des animaux fascinants qui peuplent ce royaume (chevaux, cerfs, vautours, sangliers, loups..), et figure aussi le cœur même de notre naissance, de nos lectures ainsi que, chez l'auteur, le secret de son écriture et de sa vie : consentir à la chute puis se relever, s'abîmer pour renaître dans le vertige infini de la création. Les exemples de ceux qui tombent de cheval abondent dans l'histoire et la littérature, éclairant peu à peu la métaphore qui n'en est pas moins saisissante de réalité :

« Pour Lancelot, pour Abélard, pour Paul, pour Pétrarque, pour Montaigne, pour Brantôme, pour d'Aubigné etc. ils tombèrent de cheval, ils eurent le sentiment d'avoir glissé dans la mort – mais soudain ils se sentent revenir de l'autre monde. Ils sont revenus dans ce monde. Leurs mains serrent quelque chose. Les écrivains sont deux fois vivants. »

Survivant à la dépression avant d'entamer sa Vita nova (ainsi nomme-t-il Vie secrète qui justifie alors sa place dans Dernier royaume), Pascal Quignard fait ici l'éloge de la re-naissance et du retrait, de la solitude originelle et fondamentale, donc du désarçonnement nécessaire au siècle :

« Jacob est forcé de fuir ses frères, Tchouang-tseu s'écarte, Épicure s'écarte, Pline s'écarte, saint Basile s'écarte. Même l'empereur Tibère s'écarte. Les grands mystiques sont les grands désarçonnés, les grands renversés, les grands emprisonnés, les grands excommuniés : Maître Abélard, Maître Eckhart, Hadewijch d'Anvers, Ruysbroeck l'Admirable, Jean de La Croix. »

Tel Montaigne qui compose ses Essais après l' « extase mortelle » de son accident de cheval, il faut repasser par la détresse originaire de la naissance, faire de son vivant l' « expérience » (ex-perire) de la mort et du renoncement pour « se réveiller » (Lucrèce, cité par Montaigne) et survivre. La chute dans la dépression qui amena l'auteur un jour de février à l'hôpital Saint-Antoine, sa rencontre avec la psychanalyse (Freud, Mélanie Klein, Winnicott), ses lectures ininterrompues qui l'ont abondamment inspiré et qu'il cite avec érudition et passion (les Anciens, la philosophie, la religion, les mythes… jusqu'à Georges Bataille qu'il confesse être son écrivain préféré au XXe siècle), tout concourt à considérer Les désarçonnés comme un texte majeur en marge grâce à sa nature composite qui oscille sans cesse entre la théorie et la dimension du conte, à la fois réflexion permanente sur la lecture, l'écriture et tentation de la forme poétique, certains chapitres ou fragments confinant au haïku, ce qui révèle la fascination de Pascal Quignard pour l'esthétique et la philosophie orientale. L'appel au renoncement libérateur, voire à la résurrection ne sont pas sans rappeler les destins des personnages féminins de ses romans, telles Anne dans Villa Amalia ou Claire dans Les solidarités mystérieuses en sont la fabuleuse incarnation.

Extrait du livre

Il vomissait du sang. Les corbeaux venaient se poser, face à sa fenêtre, sur le toit pointu du pavillon du Louvre. Ils s'y amassaient dans une très grande multitude. Le roi de France éprouvait de la peur devant ces oiseaux qui grouillaient sur les tuiles, qui se poussaient les uns les autres avec leurs ailes pour trouver leur place, qui croassaient, qui graillaient, qui piaillaient, qui hurlaient. Le roi pensait que ces petites têtes luisantes, aiguës, scintillantes, étaient les âmes des morts qui lui faisaient reproche du massacre qu'il avait consenti le jour où la cité entière fêtait la Saint-Barthélemy. S'il restait couché, il avait des suffocations qui débouchaient sur des hoquets de sang. Alors il se levait. Il allait plusieurs fois, chaque nuit, à l'une des fenêtres, regarder si les oiseaux avaient eu la bonne idée de s'enfuir. A vingt-quatre ans il avait l'apparence d'un vieillard. La nuit du 28 mai 1574, dans une des chambres du palais, Ruggieri se fit aider par deux moines. Ils dressèrent un autel. Ils le couvrirent d'un drap noir. Ils placèrent deux chandeliers qui portaient des cierges noirs. Ils allèrent chercher un calice rempli du sang que le roi avait vomi un peu plus tôt dans la soirée. Devant l'autel, tout près de l'autel, ils assirent Charles IX sur un tabouret. Catherine de Médicis s'installa dans un fauteuil à bras, à son côté, et ce fut elle qui donna l'ordre de commencer. Un des moines fit entrer un jeune catéchumène juif. Ruggieri le fit s'agenouiller devant lui. Il lui demande d'ouvrir la bouche et de tendre la langue ; il pose pour la première fois sur la langue du jeune homme l'hostie blanche consacrée ; à peine a-t-il refermé la bouche sur le corps du Seigneur qu'un garde décapite l'enfant à l'aide de son épée. Un moine ramasse la tête ; il la pose sur l'hostie noire devant le calice rempli de sang qui a été placé sur l'autel. Ruggieri dit au roi de France de s'approcher, de pencher sa propre tête vers la bouche de l'enfant (le plus nouveau des Chrétiens, le plus récent des morts), d'approcher son oreille tout près de ses lèvres en le priant de dire ce qui va se passer dans les temps à venir. Après un bref silence les lèvres de la tête coupée exhalent un murmure. Les lèvres de l'enfant disent : «J'y suis forcé» deux fois, de façon distincte, sans que personne comprenne bien la signification de ces paroles. Pourtant, juste après que ces mots ont été dits, le roi de France s'évanouit. Catherine de Médicis s'accroupit au côté de son fils, lui fait humer des sels. Quand il reprend conscience, Charles IX crie, montrant la tête de l'enfant mort : «Qu'on éloigne cette chose de moi !» Deux jours plus tard, le 30 mai 1574, le roi s'étouffe dans son sang, en gémissant de terreur, tandis que la reine mère le berce.

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