Lundi 07 Juin 2010 à 18h00 : Michel Winock



Madame de Staël, aux éditions Fayard

Prix Goncourt de la biographie 2010


Image manquanteSa vie ressemble a un roman d'aventures écrit par un scénariste.

Germaine de Staël a connu les ors de Versailles quand son père, Necker, était principal ministre de Louis XVI ; à Paris comme à Coppet, elle a régné sur ce que les Lumières ont produit de plus talentueux ; son roman Corinne a été un immense succès et ses livres politiques, lus de Weimar à St Pétersbourg, ont exaspéré les adversaires de la liberté, mais elle a eu à ses pieds les meilleurs esprits.

Mme de Staël a aussi passé la moitié de sa vie en exil ou sur les routes, en quête d'une sérénité inaccessible et d'un amour inatteignable. Cette fille à papa est rentrée dans l'ombre des géants du temps - Napoléon, Constant ou Chateaubriand - et ses idées « libérales » autant que sa sensibilité débordante apparaissent hors de saison. Et pourtant...

Parti sur les traces de cette inconnue célèbre, c'est à une découverte que nous convie Michel Winock. Mme de Staël, de tempérament mélancolique, ne se résigne pas au malheur. Elle ne renonce à rien, se moque du qu'en-dira-t-ton, ouvre sa porte aux amis, même menacés, comme aux contradicteurs. Elle a pour boussole la liberté et, pour source d'énergie, l'enthousiasme. « Avec elle, écrit Chateaubriand, s'abattit une partie considérable du temps où j'ai vécu : telles de ces brèches, qu'une intelligence supérieure en tombant forme dans un siècle, ne se refermant jamais ».

Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po, a produit une œuvre historique de première importance. Il a notamment reçu le Prix Montaigne en 1995 pour La France et les juifs, de 1789 à nos jours (Éd Seuil).




Article paru dans le journal Sud Ouest du mardi 8 juin 2010 suite à la venue de Michel Winock :


La fascinante Madame de Staël


L'historien Michel Winock vient de décrocher le Goncourt pour la biographie de la ministre des finances de Louis XVI. Il était hier chez Mollat.

La puissance de séduction de la fille de Necker, ministre des finances de Louis XVI, est plus souvent citée que celle de son esprit. Dommage car Germaine de Staël n'était pas seulement une des plus jolies femmes de Paris sous la Révolution et l'Empire, elle fut un des grands esprits de son temps et saluée comme telle par des hommes tels que Goethe ou Chateaubriand.

C'est le mérite de Michel Winock que d'avoir replongé dans la vie d'une femme (1) qui forma avec Benjamin Constant un couple intellectuel qui vaut largement Sartre et Beauvoir. À eux deux, ils incarnent un esprit politique promis à un grand avenir résumé par Winock en trois mots : « Progrès, esprit libéral, modération ». Fille des Lumières, apôtre de la séparation des pouvoirs, Mme de Staël est aussi une Européenne avant l'heure : son livre « De l'Allemagne » (1811), qui a fait pénétrer à Paris l'esprit du romantisme allemand, « a fait tomber une muraille de Chine » entre la France et l'âme germanique. Il fallut pour cela surmonter la colère de Napoléon qui tenta - finalement sans succès - d'interdire et pilonner un livre qui avait l'immense défaut de ne pas parler de lui.

Trop contestataire pour être diffusée de son vivant, Mme de Staël dut sa célébrité à l'influence de son salon et à la fertilité de sa vie sentimentale. Mais les débordements du cœur ne lui firent jamais oublier d'être une femme de tête et une grande politique.

Christophe Lucet


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