Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. - Blaise Pascal
En littérature, la vengeance motive. Elle meut les personnages, leur donne une quête, un sens, un but. Elle est surtout bien souvent le moteur même de l'intrigue : Achab traque Moby Dick, Edmond Dantes cherche Danglar, et Alceste, le misanthrope de Molière, se venge d'à peu près tout le monde. Qu'importe que sa quête de rétribution le mène à un sort funeste, ou que cette même quête soit en fait vaine, la figure du vengeur traverse les âges, imprègne les pages, et fascine toujours autant.De l'autre côté de la rive, les sciences humaines ont souvent une vision bien différente de la vengeance. Cette différence de traitement, Laurence Devillairs l'étudie dans Vengeance, le droit de ne pas pardonner chez Stock.
Au travers de sa représentation dans la culture, l'autrice revient sur le reniement de la vengeance par la culture occidentale : la sagesse la déconseille, l'Etat l'interdit et la morale la condamne. Et ici repose toute l'originalité du livre, loin de n'être qu'une simple étude. Laurence Devillairs prône la vengeance comme émotion face à l'injustice, comme un mouvement de réveil, de refus de l'impuissance du statut de victime, de rétribution, de réappropriation de ce qui a été pris.
Aussi pertinent que furieux, Vengeance cherche jusqu'aux racines de ce désir, invoque Platon, Pascal, Hobbes ou Kant comme différentes clés de lecture, et sait s'enraciner dans le réel quand il le faut. Loin de n'être qu'un livre somme des différentes manières de parler du talion, Laurence Devillairs offre une réflexion toujours accessible, à la croisée de la philosophie et de la critique littéraire. Un essai à visage humain, un procès fait au monde dans ce qu'il a de plus injuste.