Depuis l'expérience intime de la solitude, elle démontre dans son nouveau livre comment la désolation qui nous gagne tous et toutes n'est pas qu'un sentiment : c'est un projet politique, une idéologie. Après avoir écrit sur la puissance de l'amitié, c'est depuis l'intime, l'esseulement, l'isolement qu'elle choisit cette fois de nous parler. Alors, comment parler de solitude, sans parler de précarité, de pauvreté, de travail, de famille ? Cette montée écrasante de solitude est bien structurellement organisée, car en isoler certains profite à d'autres, et en esseuler beaucoup profite très bien à quelques-uns : que révèle ce repli de notre façon de faire société?
Depuis le démembrement et l'érosion des services publics, la précarisation de nos habitats de nos logements, l'hyper compétitivité de marché qui épuise, l'automatisation de nos modes de vie, Alice Raybaud enquête sur ce continuum : chacun chez soi et pour soi, les moutons sont bien gardés... Tant que ça ? Après tout, on ne doit rien à personne. Mais on ne peut plus compter sur personne non plus, alors méfions nous. Depuis ces expériences quotidiennes de notre modernité, il convient de reconnaitre ce constat alarmant : la crise de la solitude est telle, elle nuit gravement à notre dignité collective et à notre démocratie. Nous manquons de la puissance du commun, de la revendication collective, du groupe qui maintient, soulage, répare, hisse, s'organise... et revendique.
Vous n'êtes assurément pas le seul à être aussi seul, et vous n'êtes sans doute pas si seul que vous le croyez, ou qu'on voudrait vous le faire croire : avec ce livre, Alice Raybaud cartographie les territoires et les trajectoires de la solitude pour l'arracher au discours dominant, culpabilisant et réactionnaire. Contre les idéologies de l'exclusion et de l'abandon, les grandes machines à emiettement qui empoisonnent et atomisent nos existences, elle oppose une stratégie de résistance au chaos du monde. Une politique du lien, qui commence par reprendre le contrôle du narratif sur nos désolations, et ainsi, nous permettre de retrouver notre capacité à nous connecter, car "partout, tout le temps, ce sont nos liens qui nous sauvent". C'est une question de santé physique, psychique et politique : réapprendre à faire commun, même si on tente méthodiquement de nous en empêcher. Et ensemble, virer de bord !
Un très beau livre, à la hauteur de son sujet, à retrouver au rayon société de votre librairie.