La langue a ceci de commun avec le monde de Lucrèce : il est toujours possible d'y retrouver le chaos où sont mêlés ciel et terre.
Très remarquée pour sa traduction des Métamorphoses d'Ovide chez les éditions de l'Ogre en 2017, Marie Cosnay s'attaque depuis quelques années à un autre texte fondateur : De la nature des choses de Lucrèce.
Commandé au Ier siècle avant J.-C. par Memmius, un homme politique romain, De la nature des choses est un chant en 6 parties, où Lucrèce, toujours en s'adressant au commanditaire du texte, étudie la formation des choses. Dans une Italie troublée par la guerre, l'auteur reprend et traduit (dans le sens de transmettre) la pensée d'Epicure, et étudie l'infini de l'engendrement, l'infini de la destruction, en d'autres termes, l'origine des choses.
Et si nous attendons impatiemment cette nouvelle édition signée Marie Cosnay, Le tourbillon des choses fait office de carnet de traduction, où les réflexions de l'autrice se confrontent parfois, dans un premier temps, à l'incompréhension, aux doutes : faut-il traduire Lucrèce comme un philosophe, ou un poète ? Voyage au cœur du texte, Marie Cosnay délie les nœuds de la relation entre Memmius, à la fois personnage et destinataire du texte original, Lucrèce et Epicure. Toutes les subtilités de traduction y sont habilement détaillées, les mots décortiqués et tournés dans tous les sens dans un torrent de notions parfaitement maîtrisé. Le tourbillon des choses est un essai passionnant à l'enthousiasme contagieux, se lisant comme on suit le fil d'une pensée traversant les mots de Lucrèce, balisant la piste pour les prochains qui souhaiteraient découvrir la véritable nature des choses.