Balancé comme une plaisanterie, jeté à la figure comme une insulte ou, pire, apposé comme un diagnostic, le terme d’hystérique n’en finit pas de coller à la peau des femmes même encore aujourd’hui. Pourtant il est bon de rappeler que ce terme n’a à proprement parler aucune réalité médicale. Alors pourquoi a-t-il encore autant voix au chapitre ?
Au cours d’une enquête menée pour l’émission LSD de France Culture, la documentariste Pauline Chanu cherche ce que revêt ce mot d’hystérique.
Une étymologie tout d’abord qui fait découler le mot du terme grec désignant la matrice, l’utérus: Hippocrate ou encore Platon ont pu associer les maux des femmes à leur utérus “baladeur”, qu’il faut déjà tenter de maîtriser pour soigner.
Une préoccupation obsessionnelle, voire un acharnement maladif des hommes et spécifiquement de la médecine pour le corps des femmes alors même qu’il est encore mal connu de nos jours comme le démontre par exemple les méconnaissances entourant l’endométriose.
Un moyen coercitif qui prive les femmes de parole, une silenciation des violences physiques et psychiques. L’hystérique serait un corps qui résiste quand la voix ne parvient pas à trouver une écoute. Freud lui même avait constaté que les personnes souffrant de ce que l’on nommait hystérie (son frère notamment) avaient vécu des manipulations ou des agressions sexuelles ayant certainement conduit à un choc refoulé; mais finalement, face au nombre gigantesque de violences intrafamiliales qu’impliquait son hypothèse, il renoncera au caractère réel de ces abus souvent incestuels pour les transformer a minima en fantasme. Et pourtant…
Comment ne pas voir dans ce livre l’ampleur de la maltraitance que subissent les femmes depuis des siècles. Comment ne pas ressentir un choc à la lecture de certaines vies. Comment accepter qu’aujourd’hui, avec toutes les avancées de la science, de la médecine, des sciences sociales, ce terme puisse continuer de discréditer, d’abîmer, d’étouffer au sein de la sphère privée mais aussi dans des cours de justice. Comme le Sorcières de Mona Chollet, Pauline Chanu apporte sa pierre à l’édifice d’une histoire des femmes complexe et libérée de ses zones d’ombres.