Avec Nervous Breakdown, Raymond Pettibon livre un condensé de son univers graphique. Toute la singularité d’un artiste qui fait du dessin un espace de tension, d’ironie et de liberté.
Rien ne prédestinait Raymond Pettibon à l'image culte du graphiste underground que nous connaissons aujourd'hui. Ses études de philosophie à l'Université de Californie (UCLA) et le diplôme qu'il obtient en 1977 devaient le lancer sur une autre voie. Mais 1977 est une date fondatrice du mouvement punk et de ses dérivés. Pourquoi ne pas s'engouffrer de différentes manières dans cet espace de liberté sans contraintes. Pettibon choisit le graphisme et rencontre la scène underground américaine. Il va se faire connaitre en créant le logo du groupe Black Flag (son frère Greg Ginn en est le fondateur), ses 4 fameux rectangles noirs décalés. Puis multitudes de flyers, pochettes et dessins vont suivre et développer l'intérêt du milieu. Son travail sur les albums de Sonic Youth, Minutemen et bien sur Black Flag sont entré dans la légende.
Ce qui caractérise immédiatement ses dessins, c’est leur apparente simplicité. Quelques traits à l’encre, des silhouettes presque sorties d’un comic book, une image très lisible même si derrière cette économie se cache une construction beaucoup plus complexe. Chez Pettibon, le dessin ne fonctionne presque jamais seul, il dialogue avec un texte qui peut l’expliquer, le contredire ou partir complètement ailleurs. L'écrit devient alors une partie de l’image, avec son propre rythme, sa forme et sa présence graphique.
Cette ambiguïté est renforcée par les sujets ciblés: violence, politique, sexualité, guerre ou marginalité côtoient l’humour, la poésie et l’ironie. Pettibon peut faire se rencontrer un surfeur californien et Proust, le baseball et la Bible, le cinéma, les comics ou encore la littérature classique. Il brouille ainsi volontairement les frontières entre culture populaire et culture savante.