Comment se déroule une journée dans un hôtel particulier au XVIIIe siècle ? De l’aube aux dernières heures de la nuit, que révèlent les objets qui accompagnent et mettent en scène les rites sociaux de la vie domestique et mondaine ?
À travers une mise en lumière originale des collections du Musée des Arts décoratifs de Paris, l’ouvrage fait dialoguer une multitude d’objets du quotidien et reconstitue une journée dans un hôtel particulier, en suivant ses habitants — maîtres et domestiques — du matin au soir. Le lecteur est ainsi invité à pénétrer dans l’intimité de la demeure et à en parcourir les différents espaces : de la rue animée, où s’affichent « avis et placards », jusqu’à la chambre et au boudoir de Madame, avec leurs objets de toilette (boîtes à éponge, boîtes à mouches), ou encore au cabinet et à la bibliothèque de Monsieur, en passant par la salle à manger et les salons de compagnie.
Les accessoires — mantelets, parapluies, cannes, lorgnettes — témoignent d’une attention constante portée à l’apparence autant qu’au confort. Chaque objet conduit les auteurs — historiens de l’art ou conservateurs — à interroger sa place dans la vie quotidienne, tout en éclairant son origine et son inscription dans l’économie de l’époque.
L’accent est naturellement mis sur le raffinement des différents artisanats — céramique, ébénisterie, marqueterie, reliure, tapisserie, orfèvrerie —, où les gestes ordinaires s’entourent de beauté : une écuelle à bouillon, une lampe de nuit, une bonbonnière ou un secrétaire deviennent ainsi les supports d’une esthétique délicate, portée par l’excellence des arts décoratifs.
Le catalogue séduit également par la poésie de ses mots oubliés et la singularité de certains objets : le bourdaloue, le bonheur-du-jour, la paire de semainiers, la chaufferette ou encore le jeu de cavagnole évoquent un monde à la fois familier et étrangement lointain.
Avec clarté et élégance, l’ouvrage parvient ainsi à rendre sensible un monde disparu. Plus qu’un livre d’arts décoratifs, il offre un portrait vivant d’une époque et d’une classe sociale, montrant combien le quotidien, dans sa matérialité même, peut devenir le miroir d’un univers social.