C’est pour maigrir qu'Anna décide le mercredi 1ᵉʳ mars 2023 d’arrêter le sucre. Obèse, c’est la peur de mourir qui lui donne l’impulsion nécessaire pour reprendre son corps en main. Mais par où commencer ? Elle mange de tout, légumes, protéines et féculents sans abuser de malbouffe. En revanche, tous les jours à 17 heures, à l’heure du goûter, Anna se bourre de gâteaux, de chocolats et autres sucreries. La décision est radicale : puisqu’elle n’arrive pas à manger raisonnablement des produits sucrés, elle va s’en priver. D’abord pendant 100 jours, comme un défi lancé à son corps. Mais comment consommer raisonnablement après un long sevrage quand la consommation s’assimile à un shoot ?
Conçu comme un journal de bord, Énorme alterne entre le récit du sevrage et les causes de celui-ci. Car si l’obésité est une maladie, peu s’accordent sur l’aspect pathologique du phénomène. Loin de brosser un portrait héroïque des personnes obèses, Anna Roy dresse surtout un état des lieux du manque d’empathie collective, et des méthodes que l’on met en place individuellement pour pallier cette rudesse ambiante. Si le jugement sur le sucre est sans appel, Anna Roy n’invite pas son lecteur à suivre son défi. Au contraire, le sevrage est le point de départ de sa chronique, il permet surtout de comprendre les mécanismes qui conduisent à vouloir se réfugier dans une drogue quelconque : alcool, tabac, sport… sucre.
C’est le récit de la grossophobie, avant même celui de l’addiction. Pas la grossophobie des maigres envers les gros, mais du regard que les obèses posent sur eux-mêmes. Le regard qu’Anna pose sur son addiction au sucre passe alors de simples fringales au moyen de composer avec les comportements méprisants dont elle est la victime.
Ce livre n’est ni un manifeste contre la grossophobie, ni un manuel de perte de poids. C’est une incitation à l’amour envers son prochain, surtout envers ceux à qui on n’a pas envie de donner de l’affection. Les moches, les gros, les addicts, et ceux qui arrivent à s’en sortir. Le tout saupoudré d’une sacrée envie de vivre.
“On attend moins de choses de toi quand tu es agréable à contempler. On a moins besoin de convaincre quand on est un immeuble haussmannien que quand on est un squat pourri à Saint-Denis”