Mercredi 17 Novembre 2010 à 18h00 : Guillaume Le Blanc



" Peut-on vivre d'une vie à côté de la vie ? " , conférence de Guillaume Leblanc autour de son ouvrage Dedans, Dehors : la condition de l'étranger (Seuil)
Proposée dans le cadre du cycle de conférences 2010-2011, TSM (Travail, Sexualités, Migration)
En partenariat avec le pôle " société " de l'équipe de recherche LNS de l'UFR de Philosophie de l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III


Image manquante“Travail, sexualités, migrations” voudrait prendre date dans le calendrier bordelais en s'invitant plusieurs fois dans l'année à l'occasion d'une rencontre avec un auteur, un livre, un problème dont l'identification permet de revisiter notre présent, le contemporain dans lequel nous sommes situés. En s'appuyant sur un livre-événement ou sur une trajectoire intellectuelle significative, nous aimerions mettre en avant une pratique théorique inédite susceptible, sinon de faire vaciller notre présent, du moins d'en ébranler quelques évidences.

L'interrogation générale que TSM entend porter concerne les conditions actuelles de la “critique sociale”. Il s'agit de se demander, dans le contexte politique actuel marqué notamment par l'effondrement de certaines frontières idéologiques, comment la critique sociale peut, aujourd'hui, redevenir pertinente. Ce qui la rend plus que jamais nécessaire concerne la multiplicité des logiques de domination en jeu dans le travail, dans les pratiques de sexualités et dans les migrations.

Le parti-pris de cette interrogation porte d'une part sur la spécificité de chacune des notions ici étudiées en tant qu'elles aimantent la philosophie sociale de multiples façons, présuppose d'autre part qu'il existe un ensemble de relations entre ces trois réalités, ce que les Américains ont pu traduire, dans un contexte singulier, dans la proposition “classe, genre, race”. La position de classe se conjugue souvent avec la position de genre et de race et intensifie une logique de la domination que subissent les “subalternes”. En appréhendant le développement social à partir du voisinage de ces trois réalités, le parti-pris est, d'une part, de reconstituer des séquences inédites et nouvelles de philosophie politique contemporaine, d'autre part de tracer de nouvelles problématisations du social dont l'enjeu est le réarmement de la critique. C'est seulement lorsque l'on défend l'importance de ces trois notions que l'on peut évaluer dans une perspective critique la vie publique et redonner les conditions théoriques de l'espérance politique.

Fabienne Brugère & Guillaume le Blanc




« Si nous pouvions contribuer à faire émerger de nouveaux sens du nom d'« étranger », qui prennent en compte des formes de vie subalternes et des expériences vitales de la précarité, au terme de ce travail critique l'étranger pourrait devenir autre chose qu'une malédiction sociale, et notre regard se faire ouverture raisonnée à nos étrangers qui sont comme notre peuple intérieur.»

Dans la lignée de Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007), Guillaume le Blanc aborde en philosophe, dans son dernier ouvrage, une réalité sociale que l'actualité ne cesse d'illustrer : la stigmatisation de l'étranger. Qu'est-ce qu'être étranger dans une nation ? Qu'est-ce qu'une vie sans attaches, prise entre deux langues, en attente ? Que fait-on quand on désigne quelqu'un par le nom d'« étranger » ? Au fi l de l'analyse, Guillaume le Blanc dénoue tous les ressorts qui assignent les étrangers à une place intenable : dans la nation mais dehors, avec elle mais perçus contre elle. C'est alors à une réflexion sur les vies subalternes à laquelle nous sommes conviés. Ce faisant, l'auteur conduit le lecteur vers une question qui traverse l'histoire de la philosophie : peut-on se penser soi-même comme un autre ?


Guillaume Le Blanc est philosophe et enseigne à l'université Michel de Montaigne - Bordeaux III. Il est membre du comité de rédaction de la revue Esprit et à l'origine, avec Fabienne Brugère, du cycle de conférences « Travail, Sexualités et Migrations ».

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