Qui n’a jamais usé d’insultes ? Les termes injurieux remplissent plusieurs fonctions. Ils servent communément d’exclamation ou de ponctuation dans nos phrases. Mais, ils sont aussi bien souvent employés comme injures afin d’affamer, discréditer, dévaloriser, réduire l’autre à moins que soi.
Anthony Vincent est journaliste et travaille sur le milieu de la mode, sur le genre et les sexualités. Pour son premier livre, il a choisi de questionner les usages de l’insulte, l’impact sur les personnes qui les reçoivent et, surtout, le parcours de ces mots au sein des communautés visées. L’auteur explore leurs histoires en s’appuyant notamment sur des entretiens de personnes concernées. Il montre intelligemment comment ce sujet catalyse les dynamiques de domination, de résistance et leurs évolutions.
La grande originalité de ce livre est l’exploration de l’insulte comme stigmate retourné. Pourquoi des hommes gays s’autoqualifient-ils de “PD” ou des femmes lesbiennes de “gouines” ? La pratique du retournement du stigmate existe souvent pour reprendre le pouvoir sur des mots qui les ont un jour blessés. L’objectif affiché : l’expropriation des outils de domination à des fins d’émancipation.
Cela n’empêche cependant pas l’auteur de questionner les limites de cette pratique. Réemployer des insultes, ne revient-il pas à les faire perdurer ? La pratique peut-elle se suffire à elle-même ? Auprès de qui en user ? Le plaisir de cette lecture se trouve définitivement dans les questions que pose Anthony Vincent.