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Les coups de cœur des libraires

Coups de coeur Mollat
Au fil d'un voyage introspectif à la croisée du récit intime et de la réflexion philosophique, la journaliste Marie Kock explore notre rapport à l'habitat.
Qu'est-ce qu'un lieu à soi ? Où éprouve-t-on la sensation d'être chez-soi ? Comment faire cohabiter aspirations individuelles et contraintes professionnelles, familiales, économiques, sociales et environnementales ? Est-ce une quête réservée aux privilégiés de la mobilité ? Que penser de cette société qui survalorise le mouvement et le déplacement, s'émerveillant devant les photographies de "van life" sur les réseaux sociaux, mais qui dans le même temps, ferme les yeux sur celles et ceux qui fuient leur pays, traversant la Méditerranée au péril de leur vie ?

Mêlant expérience personnelle et références littéraires, Marie Kock interroge notre sentiment d'appartenance à un lieu, notre lien à l'espace, à la propriété, et ce faisant, questionne notre relation à nous-mêmes et aux autres.

Un texte d'une grande profondeur, qui donne envie de mettre les voiles pour partir à la recherche de notre port d'attache idéal.
Après le virage, c'est chez moi
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" Ce n'est pas là un de ces crimes nés dans la luxure qui provoque la curiosité malsaine des foules. C'est un crime né de la misère et du travail. On ne frappe pas, on ne châtie pas la misère : on l'absout ! "
En 1920, Marcel Muller, 18 ans, ouvrier-monteur en électricité, est affecté à la Compagnie générale d'électricité, usine de Vitry-sur-seine : il prend son poste parmi les laminoirs, presses, mélangeurs, les poussières et les vapeurs d'adjuvants. Huit jours plus tard, le laminoir (sur lequel il n'avait pas été formé, hélas), happe son bras droit, et en 15 tours, le désarticule et l'arrache.

Si elle ne la lui arrache pas, l'industrie lui vole aussi la tête : le choc psycho-somatique provoque chez lui bégaiement, tendance suicidaire, neurasthénie. Ce 25 mars 1920, le laminoir achève également de lui couper un demi salaire, sur lequel vivait sa mère, tombée malade et inapte à travailler. Après deux ans de convalescence et de souffrances quotidiennes, et s'il a été suivi par une clinique syndicale qui tentait de prendre en charge les travailleurs mutilés plongés dans la misère, Marcel Muller, se rend Rue de La Boétie, où M. Arnoux, chef de la Compagnie générale d'électricité, lui annonce placidement le montant de sa rente...

 Un montant de 3 francs 50/ jour, donc, pour Marcel et sa mère. Mais s'il ne lui reste plus qu'un bras, "il sait s'en servir"... Alors, le drame de la rue Boétie ? La vengeance de l'électricien ? Le crime du manchot ? La folie meurtrière du mutilé ?

Qu'en diront les journaux, et qu'en concluront la justice, les syndicats, l'opinion populaire ? A chemin entre l'enquête historique et la réflexion politique, l'Affaire Muller reconstitue le destin de Marcel Muller, figure du travailleur mutilé et de la terrible précarité dans laquelle étaient plongés les ouvriers de l'industrie dans l'entre deux guerres.

❤ Un petit livre juste et un habile travail d'archives, ou la question du corps, de sa mise au travail, de la misère sociale, et du soin, nous frappent en plein fouet par leur actualité. Cette affaire, tombée dans l'oubli, permet de nous questionner sur les ressorts de la violence, car la main qui tue, brise, broie est ici, aussi celle de l'industrie et du capitalisme. 
L'affaire Muller : politiser les corps brisés
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Un texte qui incite à combattre la haine et l’oppression avec ce qui devrait être l’élément central de nos sociétés : l’amour.

“L’amour est ma religion et ma foi” Ibn Arabi


Créateur du podcast JINS, dédié aux thématiques du genre et de la sexualité au sein des communautés arabes et musulmanes, Jamal Ouazzani propose avec Amour un véritable hymne, que nous avons le plaisir de redécouvrir à l'occasion de sa parution au format poche. Partant de l'idée fondamentale de replacer l'Amour au centre de nos sociétés, cet essai engagé et intersectionnel dresse un état des lieux de l’Amour contemporain, tant en France que dans le monde musulman. À travers ce manifeste, l'auteur appelle à une révolution des esprits et des mœurs pour libérer nos liens, tout en soulignant que ce bouleversement collectif prend racine dans l'acceptation de soi, le self-love.

Naviguant entre vie sentimentale, sphère religieuse et intimité sexuelle, l’auteur déconstruit les mécanismes du patriarcat, de la domination et des violences conjugales pour mieux célébrer la liberté et la diversité des relations et des familles. Ce plaidoyer moderne s’appuie paradoxalement sur une lecture spirituelle profonde, où la sagesse du Coran et la poésie des hadiths viennent éclairer un message de tolérance. En invoquant la figure du Prophète, Jamal Ouazzani rappelle ainsi l'importance de l’accueil de l'autre. Fier de son héritage et porté par une langue arabe qui possède plus de cinquante nuances pour dire « je t'aime », il défend une religion de l'affection face aux interprétations puritaines. Il s'attache ainsi à briser les carcans normatifs qui, en verrouillant les corps et les désirs, ont trop longtemps emprisonné les femmes et les hommes loin de leur propre vérité.

 

Amour : révolutionner l'amour grâce à la sagesse arabe et/ou musulmane
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Lorsqu'on pense aux femmes de l'époque médiévale, nous pensons tout de suite aux grandes figures telles que Jeanne d'Arc, Aliénor d'Aquitaine ou encore Christine de Pizan, mais elles ne rendent pas compte de la diversité des expériences féminines...
Justine Audebrand, docteure en histoire médiévale, qui travaille principalement sur la parenté et le genre, s'intéresse ici à la vie des femmes au Moyen Âge pour démontrer qu'elles ont pu faire preuve d'agentivité. L'historienne déconstruit alors cette vision de la femme médiévale passive, dominée dans une société patriarcale et apporte une vision plus nuancée. Elles ont pu autant gérer des biens, qu'exercer une autorité domestique ou même une influence politique.

Son travail porte sur une période moins connue du grand public : le haut Moyen Âge, entre le VIe et le XIe siècle. Cerner le mode de vie des femmes sur cette période est d'une grande complexité et donc d'une grande diversité due aux perpétuelles évolutions du territoire face aux différentes influences. La place des femmes évolue énormément durant cette période ; le droit romain, le christianisme, l'émergence de la société féodale apportent de nombreuses transformations sociales, juridiques et culturelles. D'une plume précise et vivante, l'historienne décrypte ces pratiques : les gestes, les croyances et les contraintes qui ont pu façonner leur quotidien.

Justine Audebrand rappelle qu'une vie de femme médiévale varie en fonction de leur statut, on ne peut donc parler de "condition féminine" unique. Elles étaient actives dans l'économie, dans la production de savoir et surtout dans leur rôle au sein de la famille. L'historienne nous invite donc à découvrir une période de l'histoire médiévale plus riche et dynamique qu'on ne le pense, dans laquelle les femmes ne sont nullement invisibles ou impuissantes !
La vie des femmes au Moyen Age : une autre histoire VIe-XIe siècle
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Un portrait familial d’une grande tendresse
Pour comprendre son histoire, il faut d’abord connaître celle de sa famille ; c’est avec cette intention que l’auteur revient sur la vie de ces aïeux, sur ceux qu’il a connus mais aussi ceux qu’il n’a jamais rencontrés. Toujours raconté avec une telle intimité qu’on se demanderait presque si l’auteur n’a pas remonté le temps pour les rencontrer.
Un roman envoûtant.
La colline qui travaille
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L'histoire d'Elisabeth Naïm Khan, la première femme française a œuvrer pour le droit des femmes afghanes.
1926, Saint-Malo, Elisabeth rencontre Naïm, un prince afghan venu en France pour ses études, ils tombent sous le charme l’un de l’autre. Après leur mariage et la naissance de leur fils Hakim, elle le suit à Kaboul où elle pense vivre un rêve oriental. Mais elle déchante finalement très vite en découvrant qu’elle va devoir vivre recluse suite à l’abdication du roi progressiste Amanullah Khan. Son irrépressible envie de faire changer les choses et sa soif de résistance l’emmèneront bien plus loin que le pas de sa porte…
Charlotte Erlih rend hommage à Elisabeth Naïm Khan, la première française à épouser un prince afghan et à œuvrer pour le droit des femmes en Afghanistan. Un roman qui alterne entre le point de vue d’Elisabeth et celui de la narratrice qui fait la promesse au petit-fils de cette dernière de raconter son histoire. Un roman nécessaire et sous fond de révolte qui nous donne à voir une facette de l’histoire de l’Afghanistan. Une pépite !
Embrasser Kaboul
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C'est intrigant, c'est glaçant, c'est brillant !
Au lendemain de la première guerre mondiale, le docteur Pierce accueille un nouveau patient dans son asile des abords d'Edimbourg. Psychiatre aux méthodes douces souhaitant théoriser l'hypnose, il se passionne pour ce cas, qui arrive d'un phare mystérieux de Patagonie et dont il récupère un journal de bord halluciné.

Entre roman d'atmosphère, jeu littéraire, jeu de miroirs et mise en abyme, Diego Muzzio propose un premier récit troublant, à la forme saisissante et presque insaisissable, qui nous fait voyager entre l'Ecosse et l'Argentine et aborde avec finesse la question du traumatisme de guerre.
L'oeil de Goliath
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“Ces centaures livrent combat à la vitesse, se jettent dans des courses contre les avions, les trains, et entre automobiles.”

Les fous du volant, c’est une série de 69 portraits, oui, mais pas seulement. C’est une aventure, une plongée dans l’histoire de l’automobile à travers les hommes et les femmes qui ont marqué son histoire. On parle ici de pilotes et d’ingénieurs bien sûr, mais aussi d’écrivains, d’artistes, d’acteurs, de réalisateurs ou encore de rois et de criminels. Au fil des pages, Ayrton Senna côtoie ainsi Léopold III, Steve McQueen ou encore Blaise Cendrars.

Chacune de ces personnes a influencé le milieu de l’automobile à sa manière pour y laisser sa marque. C’est une histoire haute en couleur et tout sauf linéaire que nous présente Robert Puyal. Une manière de découvrir ou de redécouvrir ces personnalités singulières sous le prisme de leur passion commune : l’automobile.

Les fous du volant : vie et destin des passionnés de l'automobile
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Un roman lumineux empli de soleil et d'air iodé qui prône la "dolce vita" !
Au début des années 80, Gianni, un quarantenaire abusé et désabusé par des années de soirées au Piper club, sombre progressivement dans une vie de débauche dont il ne voit pas le bout. Lorsqu'un groupe punk vient se produire au club, Gianni rencontre Carmela, la compagne du bassiste, qui va lui demander de garder son fils durant le concert.
Un lien fort et inattendu se crée entre eux et Carmela, soucieuse du train de vie douteux de son nouvel ami, lui propose de prendre des vacances loin de la vie nocturne et agitée de Rome. Face à la mer Adriatique, Gianni retrouve un nouveau souffle et va apprendre à prendre le temps de vivre pleinement, et grâce à l'écriture douce et lyrique de Fusaro, le lecteur plonge avec lui au cœur de ce cadre idyllique.
Un récit rafraîchissant sur la complexité et la complicité des relations humaines. C'est une ode à l'amitié, la parentalité, la redécouverte de soi, à l'amour sous toutes ses formes.
Solo tu
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Un éclairage nécessaire sur les coulisses de la création des jeux vidéos.

Dans ce court essai très accessible, Flavie Falais, spécialiste des approches critiques du jeu vidéo à l’université de Limoges, apporte un éclairage sur les coulisses de l’industrie vidéoludique. Au-delà des aspects économiques de la première industrie culturelle du monde ou des impacts du jeu vidéo sur la société qui sont souvent au centre des débats, Flavie Falais s’intéresse surtout aux conditions des travailleurs et travailleuses de cette industrie, une myriade d’acteurs et d’actrices constituant tout un écosystème vidéoludique. 

Après être revenue brièvement sur l’histoire de l’industrie du jeu vidéo et de l'imaginaire qui l’entoure notamment au travers d’un métadiscours sur le travail, Flavie Falais étudie plus spécifiquement les différents enjeux qui entourent la création d’un jeu vidéo. L’industrie du jeu vidéo repose sur une structuration par projets créant de l’instabilité et du flou pour les différents salariés. À quelques semaines de la sortie d’un jeu, certains studios imposent ainsi une période de crunch, c’est-à-dire que les développeurs travaillent beaucoup plus que leurs heures normales, parfois la nuit, pour peaufiner les derniers détails. Ces conditions de travail délétères peuvent être encouragées par une culture de la performance dans un paysage très masculin puisque la grande majorité des développeurs sont des hommes. Cet environnement de travail parfois qualifié de boy’s club peut engendrer des prises de conscience tardives voir des résistances concernant le sexisme dans le jeu vidéo et au sein même des studios, les questions de genre et de diversité. Sans s'arrêter à un état des lieux des différents problèmes, Flavie Falais analyse aussi les solutions à trouver pour les dépasser en montrant les moyens de résistances au sein du secteur, le rôle des pouvoirs publics ou la place des consommateurs-joueurs. 

Au moment où l’IA est en passe de bouleverser le secteur, où l’instabilité de l’emploi éclate aux yeux de la presse avec des licenciements massifs malgré une industrie en croissance et où de plus en plus de jeunes s'intéressent à un avenir professionnel dans ce secteur, ce livre apporte un regard critique nécessaire. 

Travail vidéoludique, travail idyllique ? : la condition des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo
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La destinée incroyable de la petite Mirabelle, bébé abandonné, et recueillie par une famille des plus atypiques !

Dès 11 ans

En cette année 1841, la bucolique petite rue Mirabelle au cœur de Paris accueillait une joyeuse bande de commerçants. On pouvait y trouver : un boucher, un crémier, un boulanger, un pharmacien, une mercière, un primeur et un libraire, bien que la plupart évitait de mettre les pieds dans la boutique obscure et un peu louche de ce dernier. Leur petite routine fut complètement bouleversée lorsqu’un matin, un bébé fut retrouvé abandonné au pied de la statue de Jules Bouchain-Morel qui ornait la rue. L’idée de la confier à un couvent est vite écartée, ils décident d’organiser la garde partagée de cette petite fille rapidement baptisée Mirabelle : le crémier s’en occupera jusqu’à ses un an, puis le pharmacien prendra la relève jusqu’à ses deux ans, etc. Alors que la révolte gronde dans les rues de Paris, c’est en tout insouciance qu’une petite famille inattendue se construit autour de ce bébé inespéré; sans même se demander vraiment d’où il vient et sans même penser qu’on pourrait venir le réclamer un beau jour… 

Un roman pétillant, plein de malice et terriblement touchant !

7, rue Mirabelle
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C’est un livre qui met la rage mais une rage combative, déterminée, héroïque, une colère qui “se déploie comme la voile d’un bateau”.

Fleur Breteau a le sens de l’écriture, du rythme, de la phrase et une détermination à toute épreuve. Atteinte d’un deuxième cancer du sein en trois ans, son protocole médical s’alourdit cette fois-ci d’une chimiothérapie. Lors de ces séances à l'hôpital, se dévoile une triste réalité, celle du nombre de personnes atteintes de cancer alors même que le gouvernement porte un projet réintroduisant notamment un pesticide cancérigène.

“L’obligation de subir nous donne le droit de savoir”. 
Fleur Breteau s’informe, engrange alors les rapports, les chiffres, les statistiques, les témoignages. Très rapidement les informations s’accumulent tant les médecins et les scientifiques tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Le constat est sans appel: l’impact des pesticides et autres PFAS (polluants éternels) est prouvé et documenté dans l’explosion des cancers notamment chez les jeunes et l’existence de “foyers” de cancers pédiatriques.

Le cancer est-il le risque à payer pour bénéficier d’une alimentation variée et abordable comme certains syndicats de grandes exploitations agricoles le justifient? La productivité doit-elle ou peut-elle être mise en concurrence avec notre santé? Et notre production est-elle vraiment si défaillante? S'agit-il de sauver nos agriculteurs quand ceux-là mêmes sont les premières victimes de l’utilisation récurrente de pesticides?

Fleur Breteau cherche, source à chaque fin de chapître toutes les informations qu’elle trouve pour étayer ses propos. Parler de pesticides sous-entend de parler d’agriculture, de souveraineté alimentaire, de santé mais aussi d’argent…. de beaucoup d’argent. A regarder de plus près, elle constate qu’une organisation lucrative et cynique s’est mise en place depuis des décennies dans laquelle les mêmes grandes entreprises produisent des pesticides et les médicaments contre le cancer… que la sécurité sociale paie au prix fort. 

“La colère coule avec les produits de la chimio dans mes veines."
Alors, pourquoi les pouvoirs publics et politiques loin de prendre cette question à bras le corps entérinent des lois aussi dangereuses pour la santé? Pourquoi la pollution générale de l’environnement ne s’accompagne pas d’une politique d’urgence? La santé et les pesticides ne sont pourtant pas une affaire d’opinion comme l’indique le sous-titre de son ouvrage. 

“Rien n’a changé mais, dis-moi, Rachel : ne nous reste-t-il que le découragement?
Rachel, c’est la biologiste américaine Rachel Carson qui écrivit Printemps silencieux en 1962 pour dénoncer l'empoisonnement des sols et de la vie par les pesticides. Elle même fut atteinte d’un cancer qui l’emporta deux ans après. Découragée, Fleur Breteau ne l’est pas:  pendant cette période qui met son corps, son moral et ses finances à rude épreuve, elle crée le collectif Cancer colère “pour politiser les causes structurelles de cette maladie: les pesticides et les inégalités sociales”. Elle fait ainsi raisonner la voix des patients, des aidants, des proches, des médecins et des scientifiques notamment lors de manifestations Printemps bruyants. 

Cancer colère se lit d’une traite, comme en apnée. C’est un ouvrage courageux et précieux, militant , qui rappelle que dans une démocratie, le rôle de l’Etat est avant tout de préserver la vie de ceux qu’il gouverne.

Cancer colère : la santé et les pesticides ne sont pas une affaire d'opinion
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