Il faut dire d'emblée que Le temps des promesses est un ouvrage dense, abondamment sourcé et passionnant. Il étudie un objet historique compliqué à appréhender : l'espérance politique. Sous l’angle de l’étude des régimes d’historicité, Ingrao travaille à la fois sur les groupes d’humains mais aussi sur ce que les changements produisent au niveau des structures - des Etats et des entités supra-étatiques. Ce livre ouvre les perspectives de l’espace à travers un champ géographique élargi entre les Mondes arabes et perses et les Europes, qu’il appelle l'Innommée. Mettant en partie les Etats-Unis de côté, l’auteur illustre les régimes d'espérance et d’effondrement de celle-ci comme communs entre ces deux espaces géographiques, même s'il prend évidemment les spécificités de chaque aire en compte.
Le livre fait le constat clair que la guerre a produit des régimes d’historicité fondés sur trois espérances, elles-mêmes basées sur les privations de la guerre : l’abondance après la famine et la privation, la concorde après l’affrontement et l’émancipation après la coercition. Mais ces aspirations ont progressivement vacillé pour se geler à l’aube des années 1980. La troisième partie qui comprend des réflexions sur le monde rural, sur le travail et sur les psychotropes est particulièrement éclairante pour comprendre les décalages entre les différents groupes qui composent les sociétés de l'Innommée mais aussi les effets concrets de la fin des espérances.
Christian Ingrao signe ici le premier tome d’une trilogie sur une période où on ne l’attendait pas mais qui est parfaitement en adéquation avec ses travaux précédents sur les espérances pendant la guerre. À découvrir pour les amoureux d’Histoire !
Noa