L’invocation systématique de la démocratie comme le camp du Bien, présentée comme une forme figée indépassable et moralement supérieure nous empêche précisément de penser au-delà, en dehors, et nous assigne à la résignation. Elle rend suspecte toute critique, toute désobéissance, et nous empêche, découragés, de mieux comprendre notre modernité en exercant notre rationnalité politique. Pourtant, nous assistons tous aux contradictions internes à nos démocraties libérales : silenciation des lanceurs d’alerte (comme Edward Snowden), fétichisme des institutions, sacralisation du vote comme l'unique modalité de participation, criminalisation de la contestation,...
En philosophe du politique, Geoffroy de lagasnerie s'attaque alors un tabou : comment un régime qui se prétend fondé sur la liberté et sa garantie peut-il, de fait, produire autant d’exclusions et de violences légales, et son propre nom ? Quel est donc précisément ce cadre imposé par la démocratie libérale, et sur quel système de valeurs repose t'il ? Autrement dit, quel ordre social légitime-t-il et reproduit-il? Toute action illégitime est-elle nécessairement anti-démocratique, et la légalité suffit-elle à produire la légitimité ?
Selon lui, c'est en acceptant de voir la démocratie comme un système normatif et donc en s’intéressant à ceux qu’elle exclut, blesse, marginalise , jusque dans leurs corps, que nous redevenons pleinement des sujets et acteurs politiques, tournés vers l’émancipation. En dehors des binarismes démocratie/dictature, démocrate/antidémocrate qui figent la pensée, il devient alors possible d’imaginer d’autres formes de représentativité, d’autres modes de décision, d’autres manières d’habiter le politique.
Alors, faut-il critiquer la démocratie pour mieux l'honorer ? Un essai vivifiant donc, tourné vers la transformation... et la respiration, contre l'impuissance.