“Ce que nous normalisons à l’écran, nous le normalisons dans la vie.”
En partant de cette idée, Chloé Thibaud analyse les séries et films qui nous ont vu grandir. Comédies (pas si) romantiques, sitcoms américaines, films Disney, blockbusters, et même quelques chansons… L’autrice s’appuie sur des exemples précis et variés pour comprendre la manière dont le cinéma et la télévision ont glorifié la violence et les mauvais traitements dans les relations amoureuses. Il n'est pas question d'affirmer que les films nous rendraient violents à proprement parler, mais, dans notre société contemporaine, ils participent bien de notre construction en tant qu’individus. Alors comment faire quand ils normalisent, voire idéalisent certaines pratiques, certains gestes, certains comportements ? Soupirer devant le bad boy, trouver les gentils “trop gentils”, admirer les “baisers volés”, les hommes qui se battent pour une femme ou encore la jalousie, accepter que l'on insiste pour que le non devienne oui… La violence a été érotisée, les personnages féminins caricaturés, et ce principalement par la répétition de ces schémas à travers de nombreux médias (répétition de fait illustrée par le grand nombre d'exemples qu'elle réussit à mobiliser).
Chloé Thibaud s’inscrit ainsi dans un contexte de lutte féministe très actuel, en abordant la question de la violence à l’écran, qui rejoint par ailleurs les travaux sur le male gaze, mais également de celle derrière l’écran. Le milieu cinématographique et ses abus ont en effet été de plus en plus dénoncés ces dernières années : on peut certes considérer que la caméra ne représente qu’une fiction, mais comment l’accepter quand la réalité même de la production de cette fiction est aussi une violence ?
Sans jamais être moralisatrice, l’autrice nous donne donc de nombreuses clés pour prendre du recul et comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les films et séries que nous regardons. L’objectif n’est pas de dénigrer le cinéma pour autant : en parallèle de l’accumulation de ces “classiques”, dont elle analyse les problèmes, Chloé Thibaud nous conseille d’autres œuvres, différentes, qui prônent le respect de l’autre ; le cinéma ne fait pas que glorifier la violence, il peut aussi servir à la dénoncer.
Il ne s’agit pas de ne plus rien regarder, de ne plus rien aimer, de tout effacer : il s’agit seulement de conscientiser ce que nous voyons, afin de mieux regarder.