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A la turque

Publié le 23/09/2009
Un grand pays à l'honneur que nous avons exposé en vitrine et aujourd'hui, la Saison de la Turquie. Ce sera avant tout l'occasion de nous pencher sur les productions artistiques de ce pays, et en particulier la scène littéraire placée sous les projecteurs depuis le Nobel d'Oran Pamuk (photo).
Peut-être ne le saviez-vous pas encore, mais depuis juillet 2009 et jusqu'à mars 2010, la patrie de Mustafa Kemal est à l'honneur dans notre pays, comme en témoigne l'organisation de quelques 400 événements culturels en France dans le cadre de la Saison de la Turquie. La librairie s'est d'ailleurs fait un plaisir de recevoir le photographe Attila Durak en conférence mardi 15 septembre dernier, autour de son livre intitulé Ebru. Pour le rayon Littérature, c'est évidemment  l'occasion de vous faire découvrir ou re-découvrir des noms plus ou moins connus de la scène littéraire turque.

Dans la mesure où son dernier roman vient tout juste de paraître (Lait noir), nous commencerons par la francophile Elif Shafak, à qui l'on doit le très célèbre roman La bâtarde d'Istanbul  et Bonbon palace (tous les trois sont publiés en français chez Phébus). Particulièrement sensible à la question de la mixité culturelle et religieuse et au sort des minorités, l'auteur signe cette année le plus autobiographique de ses livres. Lait noir  traite en effet avec finesse et originalité de la dépression post-natale, sujet personnel et délicat s'il en est.

Du côté de chez Gallimard sortira d'ici peu un recueil de textes plutôt disparates écrits par Oran Pamuk, l'un des écrivains contemporains les plus connus. Traduit dans une vingtaine de langues et lauréat de nombreux prix internationaux, notamment le Nobel en 2006 et le Médicis en France pour le superbe Neige, il est l'auteur d'une dizaine de livres, dont Istanbul, La ville nouvelle et le fabuleux Livre noir. Annoncé pour début octobre, D'autres couleurs rassemble 76 articles, essais, discours et autres textes qui permettront au lecteur de pénétrer l'univers intellectuel de ce grand auteur qui se veut proche de la civilisation occidentale.

Né la même année que Pamuk, en 1952, Enis Batur est lui aussi une figure importante des lettres turques. Il a cependant fallu attendre les années 1990 pour que les lecteurs français puissent découvrir l'œuvre de ce grand francophile, auteur de romans, poèmes et essais parus pour la plupart dans l'hexagone aux éditions Actes Sud. On pensera notamment à La pomme, à L'amer savoir, et plus récemment à D'autres chemins, qui se présente sous la forme d'un voyage à la fois esthétique et autofictionnel, accordant comme d'habitude une place centrale à l'art, à l'éducation et à la famille.

Appartenant à cette même génération d'écrivains, Nedim Gürsel vit en France depuis de longues années, il est l'auteur d'une vingtaine de livres pour la plupart traduits en français, dont Un long été à Istanbul, Le roman du conquérant, ou encore Les turbans de Venise. Son dernier roman Les filles d'Allah (sortie en France prévue pour le 1er octobre) ayant été jugé blasphématoire, il risque une peine de 6 mois à 1 an de prison.

A la fois romancier et journaliste, également primé par de nombreuses récompenses littéraires, Yachar Kemal s'intéresse tout particulièrement à la question de la démocratisation et des minorités (notons d'ailleurs qu'en tant que Kurde, il a joué un rôle important dans les débats sur la question du sort du peuple auquel il appartient). On lui doit notamment la série des « Memed », dont Memed le mince, et des romans indépendants comme Regarde donc l'Euphrate charrier le sang.

Auteur de poèmes et surtout de nouvelles ayant vécu pendant la première moitié du XXe siècle, Sait Faik Abasiyanik est connu pour ses textes dépeignant la vie de Stambouliotes venant de milieux défavorisés. En France, son oeuvre est publiée par les éditions Bleu Autour. On peut lire par exemple Un serpent à Alemdag ou Un homme inutile, et son dernier recueil de nouvelles sorti en septembre s'intitule Le samovar.

Autre poète relativement connu en Occident, Nâzim Hikmet est l'un des premiers à composer des vers plus ou moins libres. Son engagement politique (il a été membre du Parti communiste turc) a cependant valu à ce lauréat du Prix international de la paix de s'exiler en Pologne. Notons au passage que les agrégatifs de lettres modernes qui ont choisi le programme de poésie auront le loisir de plancher cette année sur ses textes.

Le deuxième livre de Zülfü Livaneli est sorti au début de l'été. Après Délivrance, qui relatait la triste histoire d'une adolescente victime de viol, dont la famille fait tout pour la faire disparaître et ainsi recouvrer son honneur, Une saison de solitude se déroule non plus en Anatolie, mais en Suède. Ce deuxième roman n'est une fois de plus pas exempt d'une certaine violence.

On notera la réédition du premier recueil de nouvelles de Füruzan, initialement paru dans la années 1970 et intitulé Pensionnaire d'Etat, aux éditions Bleu Autour. En tant que femme, cet auteur s'est fait le porte-parole de la lutte pour la reconnaissance du statut de la femme.

Parmi les nouveautés, on soulignera enfin la première traduction d'un roman de Hasan Ali Toptas, intitulé Les Ombres disparues. Parfait représentant du renouveau de la littérature turque, Toptas a reçu le prix Yunus Nadi, le plus convoité en Turquie, avant d'être publié en Allemagne et découvert dans le monde entier.
 
N.B. : Un grand merci à la journaliste Cansu Ekmekcioglu, qui écrit pour les journaux Sabah et Aujourd'hui la Turquie (premier journal francophone du pays) pour son aide précieuse à la réalisation de ce dossier.

Image : Oran Pamuk - Source : Wikimedia Commons / oranpamuk.net
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