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Allia émerge en marge, suite et fin.

Publié le 28/07/2006
La fin de notre dossier Allia, qui s'achève par ce l'on pourrait prendre comme une profession de foi.

Un dernier mot sur l'illustration énigmatique (voir ci-après) de deux cavaliers qui orne les pages intérieures de titres de tous les livres publiés par Allia depuis 1995 (c'est-à-dire depuis le lancement justement de la petite collection).

Il s'agit d'une icône russe, appartenant à Gérard Berréby, représentant Boris et Gleb, deux saints de l'église orthodoxe connus pour leur amitié. Autour de cette représentation court une citation de Salluste : “Idem Velle Ac Idem Nolle” (“les mêmes désirs et les mêmes répugnances”) tirée de son Catilina. La suite de cette citation éclaire son lien avec l'icône puisqu'elle se termine sur ces mots : “c'est en somme l'amitié dans toute sa force”. Le lien entre un éditeur et ses auteurs ou celui d'un éditeur avec ses lecteurs. La suite du texte est bien trop belle et éclaire avec force le projet politique d'Allia : “... je sens mon cœur s'enflammer chaque jour davantage, quand je considère ce que sera notre avenir, si nous ne travaillons pas nous-mêmes à conquérir notre liberté. Depuis que la République est devenue la possession, la chose de quelques grands personnages, invariablement c'est à eux que rois et tétrarques ont versé les impôts, que peuples et nations ont payé les tributs ; nous autres, les braves et les énergiques, nobles ou plébéiens, nous sommes la racaille, sans crédit, sans influence, esclaves de gens dont nous nous ferions craindre, si tout marchait bien. Crédit, pouvoir, honneurs, argent, tout est à eux ou à leurs amis ; à nous ils laissent les échecs, les dangers, les condamnations, la misère. (...) Peut-on, si l'on a du cœur, peut-on tolérer ces énormes fortunes, qu'ils gaspillent à bâtir sur la mer, à niveler les montagnes, pendant que nous n'avons pas d'argent même pour le nécessaire ? Peut-on leur laisser édifier deux ou trois maisons à côté l'une de l'autre, tandis que nous n'avons nulle part un foyer bien à nous ? Ils achètent des tableaux, des statues, des objets d'art, font démolir une maison qu'ils viennent de construire pour en bâtir une autre, bref imaginent cent moyens de dissiper et de gaspiller leur argent, sans que, par leurs folies, ils puissent jamais en venir à bout. Et pendant ce temps, c'est chez nous l'indigence, au-dehors les dettes, un présent sinistre, un avenir encore plus sombre ; en un mot, une seule chose nous reste, l'air que nous respirons pour notre malheur. Réveillez-vous donc !

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