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Face à face avec Hervé Le Corre

Publié le 05/10/2011
Entre sang et Garonne : Hervé Le Corre
Hervé Le Corre est un enfant de Bordeaux. Il est né dans le quartier de Bacalan, a fait ses études au collège Blanqui, au lycée Montaigne, à l'Université de Bordeaux. Il a aujourd'hui 47 ans, vit et travaille à Bordeaux. Enseignant, il est aussi écrivain : depuis plus de dix ans, il publie des romans policiers. Petite chronologie à l'appui, voici une présentation de son œuvre, qui s'ouvre entre sang et Garonne...

Son premier livre La Douleur des morts paraît à la Série Noire en 1990. Roman noir, à l'image de son titre inspiré d'un célèbre vers de Baudelaire, où Bordeaux, crépusculaire, sert de toile de fond à une déambulation douloureuse. La scène qui ouvre le livre est celle, terrible, où le personnage principal, Louis Lorenzo, visite en compagnie des policiers l'appartement ensanglanté de sa fille Marianne qui vient d'être assassinée, éventrée. En menant sa propre enquête, le père va mettre à jour la double vie de sa fille et marcher sur les traces de l'assassin... Il pleut dans la vie de Lorenzo, doublement quitté par sa femme, divorcé, puis veuf - la maladie lui a enlevé définitivement Solange - , sa fille avec qui il n'a plus que de vagues relations s'est éloignée de lui, et c'est par-delà la mort qu'il va la retrouver, cherchant la part d'ombre qu'elle lui avait cachée. Ce premier roman donne le cadre et le ton : solitude, errance, désespoir, noire Garonne, l'univers de Le Corre a le goût d'un vin sombre et amer.

Trois ans après, Du sable dans la bouche vient confirmer le talent de son auteur. Le livre s'ouvre en gare de Bordeaux par l'arrivée d'une voyageuse sur le quai : c'est d'abord l'image d'une femme qui boite ("on la remarque parce qu'elle est belle et boiteuse "), puis un prénom, Mathilde, puis sa situation, boiteuse aussi quand on apprend qu'elle sort de prison. La construction en flash back reconstitue son histoire à petites touches, sous forme de bribes, de souvenirs. L'homme aimé, Pierre Calmon. L'attentat d'un commando basque connu sous le nom de commando Rentaria – composé de Mikel, Emilia, Tomas – infiltré en France, recherché en Espagne, coupable de la destruction d'un hôtel en construction à Biarritz qui a coûté la vie à un gendarme. La mission d'un tueur fou chargé d'exécuter les terroristes du dit commando. L'appel d'Emilia en fuite avec un blessé, qui téléphone à Pierre douze ans après qu'ils se sont perdus de vue, et c'est la vie, on pourrait même dire le destin des personnages qui bascule, jusqu'au dénouement, implacable.

En 1996 sort Les Effarés. Les premières chaleurs printanières qui s'abattent sur Bordeaux échauffent les esprits... Au premier rang, les magouilles d'un trio d'individus - Manu, François, Richard - spécialisés dans le vol de matériel vidéo, magnétoscopes, caméras, qui leur a valu auprès des flics le surnom de "Vidéo-Gang". Ensuite, une famille : Dolorès, sa fille l'affriolante Mila, et le beau-père René. Enfin, deux jeunes, Tayeb et Olivier (dit Olive), qui traînent dans la cité - la Cité Lumineuse bien connue des Bordelais - à la recherche de larcins et de leurs premiers émois sensuels. Cette combinaison de personnages se révèle vite explosive ! Le vol d'un camion vire au massacre du chauffeur, la police recherche activement le Vidéo-Gang dans lequel René s'avère aussi impliqué, Mila critallise sur sa jolie personne bien trop de désirs qui dégénèrent, tant sincères ou sexuels, que pervers ou mercantiles, la tension monte, et le lecteur se doute que nul n'en sortira indemne...

Ces trois premiers titres d'Hervé Le Corre, initialement parus à la Série Noire chez Gallimard ont été réédités dans un volume compact au doux prix de 13 euros sous l'intitulé Trois de chute grâce à une coédition Pleine Page / L'Ours polar

Avec Copyright (2001), Hervé Le Corre change de cap et signe une fable sombre et futuriste. L'action se situe dans les années 2050 dans un monde planétaire où l'on peut voyager en navette de la Terre à la Lune. Le début du livre se passe justement sur la Lune, dans un magasin, où un refus d'identification conduit à l'interpellation d'un secrétaire d'État américain à la Défense. L'intervention se termine dans un bain de sang : le secrétaire égorge et éventre deux agents de sécurité avant d'être abattu à son tour. L'enquête détermine que si l'individu avait bel et bien l'apparence du secrétaire d'État, il ne s'agissait pourtant pas de lui, mais d'un double clôné suite à un programme scientifique expérimental des chercheurs de la GENCORP (Genetic Corporation) sur des embryons, copie génétique porteuse d'une biopuce implantée dans le cerveau. Ce n'est là que le prélude à toute une série d'actes qui se multiplient – terroristes pour les uns, de résistance pour les autres - organisés par le MIMO (Mouvement Insurrectionnel Mondial), " considéré par les chefs des services secrets, spéciaux et parallèles du monde entier comme l'ennemi numéro un, dont les dirigeants terroristes devaient être abattus le plus vite possible et par tous les moyens, eux et tous leurs agents infiltrés comme des métastases dans les tissus trop tolérants des démocraties-marchés ". Sous le couvert d'un thriller d'anticipation mêlant science, politique fiction et réflexion, l'auteur interroge les débordements manipulateurs des médias et les excès d'une société ultralibérale où le clonage humain répond à la loi du marché au détriment de la misère. On ne peut s'empêcher de penser (entre autres) aux grands romans américains de référence sur les systèmes totalitaires tels 1984 de Georges Orwell ou Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, anti-utopies où l'être humain n'a pas plus de valeur qu'un pion.

A la rentrée 2004 paraît dans la collection Rivages/Noir le cinquième livre d'Hervé Le Corre : L'homme aux lèvres de saphir, dont l'histoire se passe dans l'inquiétant Paris du XIXème, sous l'ombre tutélaire d'Isidore Ducasse - Comte de Lautréamont…

En 2009 paraissait Les cœurs déchiquetés - à l'occasion duquel votre libraire avait rédigé un gros coup de cœur.

En 2011, Hervé Le Corre revient avec un recueil de nouvelles, Derniers retranchements : « dix nouvelles noires qui sont autant de variations sur un même rythme obsédant, dix chapitres "coups de poing" (...) » selon les mots de votre libraire qui rédigeait un article sur le blog des littératures, suite à la lecture de cette nouvelle production du lauréat du Grand Prix de littérature policière 2009.