L’existentialisme est un humanisme
Après la guerre, le terme d’existentialisme est dans toutes les bouches, parfois pour une critique ou une mauvaise utilisation ; aussi, le 28 octobre 1945, Sartre donne une conférence sur le sujet, afin de répondre aux divers reproches et de redéfinir sa philosophie.
Celle-ci s’inscrit dans la continuité de Descartes en prenant pour point de départ la vérité absolue du “je pense donc je suis”. C’est par ailleurs, selon lui, la seule théorie qui ne fait pas de l’homme un objet mais bien un sujet, car “le destin de l’homme est en lui-même”, c’est-à-dire que son existence repose uniquement sur ses propres décisions et ses actions.
“L’homme est liberté”
Pour les défenseurs de l’existentialisme, terme inventé par le philosophe français Gabriel Marcel, “l’existence précède l’essence” : il n’y a pas de nature humaine a priori, prédéfinie, dont chaque individu serait un exemplaire différent – comme c’est le cas au contraire pour les objets. En effet, les humains existent d’abord, et se définissent ensuite, par leurs agissements.
Chacun est donc la somme de ce qu’il fait, de ce qu’il choisit de faire ; c’est une “doctrine d’action”, selon les mots de Sartre. Il n’y aucun déterminisme pesant sur l’être humain, il est entièrement libre.
Un existentialisme athée
Si certains philosophes ont une vision chrétienne de cette pensée, Sartre, lui, défend une conception athée de l’existentialisme : c’est parce qu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir qu’il ne peut y avoir de nature humaine par essence. Cet athéisme renforce la responsabilité humaine : sans Dieu, il n’y a pas non plus une idée de Bien a priori, et il n’y a pas de plan déterminé, seulement des individus “condamnés à chaque instant” à choisir.
Le choix et la morale
S’il peut en effet choisir les actions qu’il va faire et la manière dont il va mener sa vie, l’être humain est néanmoins dans l’impossibilité de ne pas choisir – c’est pourquoi Sartre utilise l’expression “condamné”.
Pouvoir tout choisir ne veut pas pour autant dire qu’il s’agit d’une philosophie sans morale, au contraire : l’être humain reste responsable de ses choix. Il agit en ayant pour objectif l’humanité tout entière : il agit selon l’idée qu’il se fait du comportement que tous les humains devraient adopter. Il n’existe ainsi pas de principe moral défini a priori, qui serait trop abstrait : l’humain choisit et crée sa morale au fil de ses actions – morale qu’il lui est inévitable de choisir, puisqu’il se trouve dans des situations concrètes qui lui demandent toujours une décision.
La mauvaise foi et l’angoisse
L’existentialisme est une doctrine de la responsabilité – pour chacun et pour tous : l’angoisse survient alors inévitablement dès lors que l’individu prend conscience que ses actions engagent l’humanité toute entière. C’est donc une angoisse saine et garante de sa bonne foi.
En revanche, si l’on ne prend pas conscience de notre responsabilité, voire qu’on la nie, survient alors ce que Sartre nomme la mauvaise foi. Celle-ci consiste à se chercher des excuses, à inventer un déterminisme, plutôt qu’à assumer notre liberté et les devoirs qu’elle entraîne.
L’existentialisme aujourd’hui
Si l’on devait s’interroger sur la postérité de Sartre, il n’y a qu’à regarder du côté des philosophes qui reprennent ses idées dans leurs propres travaux, mais aussi de celui des centaines de lycéens et étudiants qui planchent régulièrement sur ce texte…
Sa philosophie du choix – ne pas choisir est encore choisir – est également souvent convoquée dans les réflexions sur l’action personnelle et politique.
Jean-Paul Sartre
Né en 1905, Jean-Paul Sartre est à la fois philosophe, critique littéraire, dramaturge et romancier. Son œuvre littéraire est indissociable de sa philosophie : ses pièces de théâtre (Huis Clos, Les Mouches) et ses romans (Le Mur, La Nausée) sont un autre moyen de diffuser ses idées, notamment existentialistes, à travers des mises en situation concrètes. Il est par ailleurs très engagé politiquement, lors de la Seconde Guerre mondiale – durant laquelle il a d’abord été mobilisé puis résistant – mais aussi par la suite – guerre d’Algérie, guerre d’Indochine, mai 68, etc. Rejetant toute forme d’honneur, il refuse la Légion d’honneur en 1945 ainsi que le prix Nobel de littérature en 1964.