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Le bonheur de rentrer

Publié le 17/09/2009
Quelle joie intense après avoir musardé tout l'été de découvrir sur les tables de votre libraire toutes ces nouveautés qui réclameraient plus d'une vie pour être découvertes…
A la recherche des perles rares, les bagages débordant d'épreuves et de services de presse, inquiets du poids, d'en avoir emporté trop ou pas assez, les libraires ont pris des vacances bien chargées : au final, rassurés, ils ramènent pour vous  des idées de lecture, des coups de cœur enthousiastes, bref une petite sélection qui ne demandera qu'à s'allonger…

Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye
Il y a bien longtemps que Marie NDiaye n'avait été présente lors d'une rentrée littéraire et si on ne voit qu'elle dans les magazines et les journaux littéraires, c'est qu'elle impose une fois encore sa voix unique et inquiétante dans ce roman en forme de triptyque qui nous fait suivre les destins chaotiques, entre la Gironde et l'Afrique, de trois personnages qui vont au bout d'eux-mêmes. Un roman marquant moins étrange qu'à son habitude mais pas moins marqué par cette vision de l'étrangeté qui parcourt son œuvre extraordinaire.

Une année étrangère, de Brigitte Giraud
A travers le personnage de Laura, une Française de 17 ans qui décide de passer quelques mois en Allemagne en tant que jeune fille au pair, Brigitte Giraud aborde les thèmes qu'elle traite avec tant de brio, à savoir la séparation et le deuil, demeurant ainsi dans le registre des romans poignants.

Bella Ciao, d'Eric Holder
Intimiste et douloureux, le nouveau roman d'Eric Holder nous ramène dans ce Médoc qu'il arpente, sur les traces d'un écrivain au bout du rouleau qui va devoir reprendre le chemin du travail pour se reconquérir et reconquérir la femme qu'il aime. Souvent bouleversant, et servi par une écriture très blanche qui a des adeptes.

Thriller, de Iegor Gran
Un titre qui rend malgré lui hommage à Michael J. pour un roman comme Gran sait en peaufiner, moqueur et joueur, avec des personnages emportés par leur désir de jouir jusqu'au bout : de leur sexualité déclinante, de leur prestige en berne, de leur mariage en chute libre… Une comédie qui n'est pas sans rappeler l'humour d'un certain Nicholson Baker.

Des hommes, de Laurent Mauvignier
Non, le dernier Mauvignier n'est pas un énième roman sur fond de guerre d'Algérie. S'ouvrant sur une réunion familiale dans laquelle le malaise de Bernard, alias Feu-de-Bois, est plus que perceptible, ce roman dans lequel un passé plein de traumatismes fait irruption quelques quarante ans plus tard, fait partie des livres les plus attendus de la rentrée. Quelle puissance !

La vérité sur Marie, de Jean-Philippe Toussaint
Ils s'aiment, se séparent, se déchirent, pour peut-être se retrouver une nouvelle fois… Jean-Philippe Toussaint continue le cycle initié par Faire l'amour et Fuir, pour notre plus grand bonheur. Le narrateur et Marie nous entraînent dans leurs nouvelles aventures de Paris à l'île d'Elbe, en passant par le Japon (avec une scène d'anthologie sur le tarmac de l'aéroport de Tokyo). Sublime !

Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé
Le nouveau délire de Véronique Ovaldé est d'abord insulaire et nous entraine dans les tristes aventures de générations de femmes qui paieront cher leur désir de liberté : ce qui charme avant tout chez cet inclassable auteur, c'est son tempérament, sa verve excentrique, son goût pour les histoires qui prennent des allures de légende. On regrettera parfois des sursauts de bons sentiments qui atténuent l'acidité et l'inventivité de cette raconteuse effrénée qui nous transportent comme peu de jeunes auteurs y parviennent.

Le retour de l'auteur, de Vincent Ravalec
Suite, longtemps après ses débuts, des aventures vécues d'un jeune auteur qui raconte les vicissitudes hilarantes d'un métier qui réserve plus d'avanies que de grandeurs. Comme souvent avec Ravalec c'est très drôle avant de partir en vrille à la suite d'une imagination sans frein.

Assez parlé d'amour, d'Hervé Le Tellier
Si tous les romans d'amour contemporains avaient l' intelligence d'Assez parlé d'amour, on se convertirait à la littérature sentimentale sans regret mais c'est précisément son acuité rare, sa façon de travailler ses phrases, son regard perçant qui le rendent unique. Quatre destins d'hommes et femmes mûrs qui redécouvrent que l'amour reste la seule aventure de notre temps et vont se plaire, s'aimer, se croiser et jouer leur peau au cœur d'un monde qui demande de choisir.

Je vous raconterai, d'Alain Monnier
Jouer sa vie à la roulette russe quand plus rien ne vous retient de l'aimer, c'est l'expérience extrême que va vivre le protagoniste de ce livre, S.D.F. qui se découvre une chance extrême et trompe la mort semaine après semaine, devenant une vedette et le héros d'une civilisation en plein malaise. Le constat est sans pitié, l'écriture fluide et la réflexion pas dénuée de justesse.

Le tombeau de Tommy, d'Alain Blottière
Ce  récit puissant, oppressant et émouvant, mélange les souvenirs d'Hélène Elek, la mère d'un jeune héros de la Résistance Tommy, du réseau Manoukian, les pensées du réalisateur qui veut lui consacrer un film et de scènes dudit film qui relate aussi bien son histoire qu'il se confronte à l'Histoire. Mais attention, il ne s'agit pas d'un livre sur la Seconde Guerre mondiale, ni même sur la Résistance, comme on en trouve beaucoup ces temps-ci. C'est bien plus que ça : une histoire magnifique qui traite de la guerre sous un angle tout à fait inhabituel et qui rend un bouleversant hommage à Tommy.

Les veilleurs, de Julien Message
Premier roman époustouflant d'un jeune auteur de 26 ans, les Veilleurs nous fait rentrer dans l'univers mi-réel mi-onirique d'un assassin mutique et inquiétant ; un tour de force littéraire, le pavé de la rentrée !

L'autre vie, de Mathieu Térence
Toujours aussi impressionnant de virtuosité, Mathieu Terence qui allie écriture superbe et univers moderne ultra sophistiqué nous offre aujourd'hui le destin d'un jeune homme, surdoué de l'informatique, qui se voit confier la mission de protéger une grande entreprise des attaques. Sa fascination érotique pour des femmes estropiées le conduira à une histoire d'amour sublime. Suspens, vertiges, chutes : Terence confirme qu'il est un de nos tout premiers écrivains et il faudra que cela se sache enfin…

Cadence, de Stéphane Velut
Alors que Hitler s'installe tranquillement au pouvoir et que tout le monde commence à s'agiter, un peintre est chargé de réaliser le portrait d'une ravissante petite fille. Au lieu de s'exécuter, celui-ci va procéder à la déshumanisation méthodique de son sujet, la transformant peu à peu en une sorte de poupée à la mobilité restreinte. Un roman effroyable mais marquant écrit sous la forme du journal laissé par cet être monomaniaque et pervers.

Le voyage d'hiver, d'Amélie Nothomb
« Il n'y a pas d'échec amoureux », et pourtant… Quand Zoïle, un jeune lettré qui travaille dans la branche sociale d'EDF tombe fou amoureux d'Astrolabe, une de ses clientes, il va tout faire pour la conquérir. Que déduire du fait qu'au moment où s'ouvre le roman, celui-ci s'apprête à faire sauter la Tour Eiffel ?...

Les sentinelles, de Bruno Tessarech
Cette immersion dans le monde diplomatique d'avant-guerre a de quoi surprendre, croiser Saint-John Perse en Alexis Léger est tout à fait inattendu, mais il faut bien s'accrocher dans les méandres de ce labyrinthe qu'est la Société Des Nations. Bruno Tessarech, depuis son premier livre, ne cesse de nous surprendre, il s'aventure sur des territoires périlleux qui devraient donner des idées aux romanciers français bien égotistes.

Yanvalou pour Charlie, de Lyonel Trouillot
Ce grand écrivain haïtien qui possède un véritable style, une langue musicale qui chante la dureté d'un pays abandonné, nous confie un roman de la rédemption : jeune avocat sans vergogne Mathurin D. Saint-Fort, qui a changé son nom provincial, voit débarquer le passé qu'il voulait fuir en la personne du jeune Charlie, un petit voyou désespéré qui lui demande de l'aide. Dans les limites étroites et dangereuses d'une société en déréliction, brisant sa dureté pour naître à la compassion, il va assister à l'engrenage qui entraine les vies de gamin sans horizon. Petit roman mais belle polyphonie, ce Yanvalou est un chant qui ne s'oubliera pas de sitôt.

Honecker 21, de Jean-Yves Cendrey
Caustique, moqueur, farceur, perçant, habile, inspiré, hilarant, acide, vindicatif, ou tout simplement doué Jean-Yves Cendrey qui revient sur le territoire honni de l'Allemagne pour narrer les aventures désespérantes de Matthias Honecker, trentenaire nanti d'une compagne dépressive, d'un patron tyrannique, d'une machine à café rebelle et à qui tout résiste.  Mais un jour vient où on se sent le droit de donner un bon coup de pied en espérant que le Destin saura inverser la tendance. Terriblement contemporain, génialement moderne.

Jan Karski, Yannick Haenel
L'histoire de ce messager de la résistance polonaise qui a réussi à rentrer dans un camp de concentration et a passé la guerre à essayer de transmettre aux alliés ce message que nul ne voulait entendre. Un livre terrible qui accuse cette surdité et la taxe de réelle complicité dans le crime. En trois parties qui vont de l'objectif au subjectif, du compte-rendu à l'expression de la souffrance la plus vive, Jan Karski est un livre qui devrait autant déranger que convaincre.

Efina, de Noelle Revaz
Venue de Suisse, Noelle Revaz suit les traces littéraires des plus grands noms en confirmant dans ce deuxième roman la singularité de son style. Faux roman d'amour, course à travers deux vies qui se croisent, se heurtent, se pénètrent sans jamais de repos, Efina met en scène une femme et son correspondant éternel, acteur grandiose qui ne peut se passer de leur relation épistolaire. Je t'aime, je te hais, je te méprise, je te fuis, mais je t'écris. Un livre qui n'est pas sans difficulté mais qui réserve de sacrés moments d'éclat et d'intelligence.

La solitude de la fleur blanche, d'Anne-Lise Roux
Très attendu, ce récit d'Anne-Lise Roux remarquée pour ses romans noirs chez Gallimard, a pour décor le Médoc et pour toile de fond l'amertume et la douleur des déracinés de l'Algérie Française  à qui on a demandé de réinventer une vie sur du sable. C'est avant tout la confession triste d'une enfant qui a senti très tôt que l'écriture seule lui permettrait de témoigner de cette souffrance et d'honorer la mémoire des disparus. Ecriture splendide et travaillée, intelligence des analyses, une recherche d'un temps perdu qui devrait séduire les lecteurs les plus exigeants.

Personne, de Gwenaëlle Aubry
Affronter le souvenir très douloureux d'un père maniaco-dépressif, c'est le dessein de ce texte alphabétique qui, lettre après lettre, essaie de rendre justice à celui que sa maladie, souvent ignorée, a mis au ban d'une société dont il était une personnalité. Avec amour et discernement, tendresse et finesse, Gwenaëlle Aubry ressuscite un être qui fut tellement difficile à aimer.

L'annonce, de Marie-Hélène Lafon
Dans une ferme au fin fond du Cantal, un homme vit avec sa sœur et ses deux vieux oncles jusqu'au jour où il décide de passer une petite annonce qui va bouleverser sa vie. Un roman envoûtant à l'écriture impeccable, une qualité d'âme rare.

La barque silencieuse, de Pascal Quignard
Sixième volet de la grande fresque de Pascal Quignard, Dernier Royaume, commencée avec Les ombres errantes, Goncourt 2002, cet assemblage de courts textes érudits, nouvelles, aphorismes, réflexions esthétiques, souvenirs intimes, vous entraine au fil d'une eau vive, celle de la pensée agile et passionnante d'un écrivain absolument unique, un auteur idéal pour le chevet.

B.W., de Lydie Salvayre
Quand une femme amoureuse est un écrivain de qualité, que l'objet de son amour est un éditeur de qualité, que la conjonction des deux est réunie au cœur d'un livre dont les initiales désignent cet homme, on peut avoir le plaisir de cette découverte. Parce qu'il a perdu la vue, B.W. se retrouve hors d'un monde qu'il a aimé mais proche d'une femme qui va entreprendre de le raconter. Un livre personnel et intense.

Le roman de l'été, de Nicolas Fargues
Une maison au bord de la mer dans un village de Basse Normandie. Un écrivain en manque d'inspiration décide d'y établir ses quartiers. Des voisins grands adeptes des supermarchés, un maire se piquant d'écologie, des adolescentes obnubilées par leur apparence, un groupe de jeunes délinquants en vacances, un couple de Parisiens gauche caviar… Nicolas Fargues a le don de faire parler et se rencontrer tous ses personnages. Son regard est mordant, jeu de massacre sur une époque en mal d'amour.

Démon, de Thierry Hesse
Un roman ambitieux et ample qui mêle destin individuel et destin d'un peuple : parce que son père avant de disparaître lui a confié, enfin, ses origines intimement mêlé au drame des Juifs lors de la dernière guerre, Pierre Rotko va entreprendre une quête mémorielle auprès d'un peuple martyr, les Tchétchènes, victimes d'un monde qui a mille raison de les oublier. Historique, politique, familial sans jamais cesser d'être intime Démon a le don de souffler sur les braises d'un univers qui flirte avec l'Apocalypse.

Les autres, c'est rien que des sales types, de Jacques A.Bertrand
Digne héritier d'Alexandre Vialatte dont il a l'humour humaniste, Jacques A. Bertrand  aime tellement les hommes (et les chiens…) qu'il s'amuse à les classer en types universels : du con au provincial en passant par l'imbécile heureux, le commerçant et le psychorigide, aucun de nous n'échappe à son bistouri trempé dans un bain de haute culture. Compagnon idéal d'un soir de misanthropie, il s'offrira volontiers à vos amis amateurs de poncifs et clichés.

Géométrie d'un rêve, de Hubert Haddad
Entièrement rédigé sous forme de fragments comme autant de poèmes en prose, ce récit se lit comme le journal intime d'un écrivain retiré dans une Bretagne légendaire peuplée des fantômes de femmes jadis aimées (l'énigmatique cantatrice Fedora, l'interdite Amaya ) et imaginaires (Emily Dickinson). Les réminiscences de ces amours absolues composent un rêve éveillé qui n'est pas sans nous rappeler la pure tradition et filiation du roman gothique européen, des contes fantastiques de Poe et de Nerval à l'imaginaire surréaliste (Nadja de Breton, notamment) en y ajoutant l'imaginaire baroque que l'on connaît à son auteur.

Mémoires de Marc-Antoine Muret, de Gérard Oberlé
Sentant sa fin approcher un grand humaniste de la Renaissance qui a su autant profiter des beautés de l'antiquité que des ressources que lui offraient ses sens, se raconte et laisse remonter le flot de ses tumultueux souvenirs. La plume cultivée d'Oberlé trempée dans un sang chaud se plie parfaitement à l'exercice délicat de la fausse autobiographie de cet amateur de Lettres, de vers latins, de bonne chère et de croustillants jeunes gens qui fut le maître de Montaigne (et goûta aux joies du saint-émilion…) avant de connaître gloire et exil à Rome. Enlevé, saillant, c'est une des sensations littéraires de la rentrée dans le genre si corrompu du roman historique

Pour en savoir plus sur les coups de coeur de rentrée des libraires, une seule adresse : Ces mots-là, c'est Mollat, le blog.
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