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Rions un peu avec la nouvelle littérature française !

Publié le 22/04/2002
Non ! les anglais n'ont pas le monopole de l'humour en littérature !

A l'heure où Raymond Devos vient se rappeler à nous avec un roman (mais oui !), un état des lieux sur les humoristes de langue française s'est imposée naturellement. Nous les avons choisi jeunes sauf quand ils ont cessé de l'être. Et puis rire n'est-il pas un ferment de longue vie et de jeunesse ?

La jeune génération d'abord s'est emparée d'un style volontiers humoristique et prouve que le vivier n'est pas prêt de se tarir. Ainsi avons nous reçu le recueil des aventures d'un certain Jean-No à qui l'on doit rendre justice d'avoir susciter cette article. Philippe Nassif le créateur de ce héros-patraque nous renverse de rire avec ce Bienvenue dans un monde inutile qui contribue à déceler (chez les autres bien sûr) cette nouvelle calamité urbaine que l'on dénomme la "fashion victime" (traduisez par victime de la mode et tout ira bien).

Il va être difficile de trouver un lien avec chaque auteur dont nous aimerions vous signaler la compétence en matière d'humour, aussi n'y en aura t-il pas. Néanmoins, le jeune Foenkinos sera certainement heureux d'être citer ici en partie grâce à sa boite de sardines millésimée offerte en cadeau d'anniversaire à sa fiancée dans Inversion de l'idiotie qui est le titre de son livre et qui est également, du même coup, une bonne accroche. De plus, si vous avez vu sa binette sur "Campus" ("Apostrophe" dit-on encore parfois) vous aurez gagné un élément supplémentaire pour vous convaincre que Foenkinos a une tête de farceur.

Martin Page ayant quant à lui choisi Comment je suis devenu stupide pour intriguer son lecteur, nous avons trouvé judicieux de le placer juste après (histoire de contredire l'absence de lien entre les auteurs annoncés plus haut). Notons qu'il faut du cran pour vanter l'intelligence en se faisant passer pour quelqu'un qui a renoncé à celle-ci et qu'il faut de l'ardeur et du coeur à l'outrage pour conseiller -et nous le fîmes beaucoup- cet opus rigolum à nos clients ravis d'apprendre que le jeune Page raille allégrement la bêtise contemporaine, surtout la jeune et peut-être aussi la nôtre.

Jeune, moins jeune, nous n'aurons de cesse de vanter l'humour d'Eric Chevillard qui depuis longtemps (mais il n'a pas quarante ans...) allie son intelligence à une forme de pensée des plus désopilantes qui soit et il semble que "le hérisson" l'ait propulsé plus loin encore dans la dérision en s'en prenant cette fois au spectre de l'autobiographie. Cet animal dont on connaît les rondeurs piquantes phagocyte outrageusement son dernier roman, le vampirise, l'annexe au point de dissoudre l'entreprise ambitieuse de l'auteur que l'on croyait décidé à tout nous dire sur lui Du Hérisson.

Si vous ne connaissez pas Luc Lang, profitez de la parution des Indiens pour voir de quel humour se chauffe ce romancier qui détient une plume incisive, quelque peu vitriolée certes mais irrésistible dès lors qu'il s'agit de dresser quelques portraits générationnels (bonjour les années 70 !). Il aura fallu un un accident de travail pour immobiliser le nommé Lancry et découvrir depuis sa chambre d'hopital les personnages de sa vie qui sont le plus souvent hilarants (il n'y a pas assez de place pour le prouver mais nous prenons les paris !).

Jean-Yves Cendrey est depuis peu le régional de l'étape et nous lui sommes redevables de Parties fines , roman provincial et pornographique, sotie normande et débridée, hommage flaubertien salace, délire verbal et contagieux qui nous conte comment deux vieux garçons attrapent par la queue ou presque le démon de midi et s'en trouvent marris. Les âmes sensibles s'abstiendront, les autres seront aux anges et se tiendront les côtes ou se tireront la cotte.

On ne badine pas avec l'humour (excusez c'est facile) mais nous avons encore quelques spécimens à vous décrire : Jacques Jouet par exemple dont on peut decouvrir en lisant l'un de nos multiples petits mots accrochés aux couvertures des livres qu'il s'agit "d'une incroyable entreprise littéraire doublée d'un désopilant feuilleton" mais oserons-nous vous en donner le titre ? Oui ! La République de Mek-Ouyes , récit exhaustif du combat d'un camionneur pour fonder sur une aire d'autoroute et à l'abri de son 30 tonnes explosif un état libre dont il veut jouir seul.

Qui manque à l'appel ? Ils sont innombrables évidemment ou bien nous les ignorons ou ne les avons pas encore découverts. Ceux-là sont récents, c'est leur plus grand mérite. Et pour finir sans conclure, osons Jean-Luc Bénoziglio qui a le toupet d'être suisse et doué, deux qualités idéales pour passer inaperçu au milieu du torrent romanesque de septembre. Jusqu'à peu son cauchemar en littérature se nommait roman historique, genre odieux qu'il fuyait et qu'il a définitivement anéanti en s'y risquant, piétinant les terres poussiéreuses de l'égyptomanie, se vautrant dans l'anachronisme comme dans du lait de chamelle. Avec La pyramide ronde le difficile exercice d'être un bon pharaon au temps des pharaons (et aujourd'hui encore d'ailleurs) est enfin mis en chantier. On parlerait volontiers de loufoque si ce n'était pas aussi intelligent.

Voilà, c'était histoire de se soulager en remerciant encore Raymond Devos qui n'est pas l'arbre qui cache la forêt.

 

Une bibliographie tout de même (ça ne fait pas de mal)

Raymond Devos (le doyen) : Les 40èmes délirants au Cherche-midi

Philippe Nassif (la victime) : Bienvenue dans un monde inutile chez Denoël

David Foenkinos (l'un des neveux de Kundera) : Inversion de l'idiotie chez Gallimard

Martin Page (l'ingénieux ingénu ou le contraire) : Comment je suis devenu stupide au Dilettante

Eric Chevillard (le naif et globuleux) : Du hérisson chez Minuit

Luc Lang (le miraculé) : Les indiens chez Stock

Jean-Yves Cendrey (l'enervé) : Parties fines aux Milles et une nuits

Jacques Jouet (le potentiel) : La republique de Mek-ouyes au Seuil

Jean-Luc Benoziglio (Don du Nhill ?) : La pyramide ronde au Seuil

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