Un coup de coeur de Hugo T.
Carlo Ginzburg décortique ces archives et tente de saisir la pensée de Menocchio à travers notamment l’évocation de sa bibliothèque personnelle où figurent le Décaméron de Boccace, la Bible en langue vernaculaire ou encore La Légende dorée de Voragine. Ginzburg se demande tout au long de l’ouvrage comment un simple meunier frioulan a-t-il pu construire tout un raisonnement philosophique et théologique sur les grandes questions religieuses et existentielles. Au croisement de l’étude littéraire, de la recherche historique, de l’analyse graphologique et de la réflexion anthropologique, l’historien italien emporte le lecteur dans un cheminement passionnant pour creuser les couches multiséculaires qui nous sépare de ce fascinant personnage qu’est Menocchio.
A partir de ce cas précis, Carlo Ginzburg tente de percer la réalité de la culture paysanne et populaire si peu fournie en source car essentiellement orale. Ainsi l’historien italien « appréhende un phénomène historique d’ampleur à travers un filtre, un terrain contrôlable, de taille limitée mais doté d’une grande valeur heuristique » (Pierre-André Rosenthal, Historiographies I. II., Folio). Paru en 1976, Le Fromage et les vers s’inscrit alors dans la naissance de la microstoria, ou microhistoire en français, mouvement historiographique majeur du XXe siècle.
Ce livre devenu un véritable classique de l’historiographie se lit comme une enquête où on accompagne l’historien dans sa recherche de vérités. On s’interroge à ses côtés en posant des hypothèses et en les vérifiant au fil des pages. On finit par s’attacher à ce menuiser séparé de nous par quatre siècles, ce malheureux Menocchio qui n’a pas voulu suivre les dogmes et a cherché une pleine liberté de conscience au cœur du XVIe siècle marqué par d’importants bouleversements religieux.